La France est-elle dans l’ambulance ?

-- Politique --

Chronique de Breizh Europa
Porte-parole: Ollivro Caroline

Publié le 4/05/20 9:31 -- mis à jour le 04/05/20 20:47

Le confinement a commencé le 17 mars et il semble qu’il y ait suffisamment de recul pour analyser la gestion de cette première phase de l’épidémie de Covid-19, au moins en France et dans les pays voisins européens. Pas question ici de jouer aux apprentis médecins, comme on en a tant vus sur les plateaux de télévision. De vrais médecins ont aussi parfois déclaré tout et son contraire au fur et à mesure que l’épidémie avançait. Des spécialistes se sont même écharpés de Paris à Marseille. Nous avons également assisté au sombrage en direct à l’antenne du dernier colauréat français du prix Nobel de médecine, Luc Montagnier.

Le moins qu’on puisse dire, même s’il est encore trop tôt pour connaître toute l’étendue des dégâts, c’est que la France n’a pas géré cette crise au mieux. Le think tank Deep Knowledge Group a classé les pays qui ont le mieux réagi à l’épidémie et la France n’est pas dans les quarante premiers. Ce classement a été repris et analysé par Der Spiegel en Allemagne, mais très peu dans la presse française.

Mais le système de santé français, dont le mauvais état a été mis en exergue durant cette crise, montre depuis longtemps des signes de fatigue et surtout, il met en avant depuis longtemps l’incompétence de nos dirigeants dans le domaine de la santé, autant que la priorité des intérêts privés sur l’intérêt général. Il met en lumière aussi le manque de transparence globale quant à la gestion hasardeuse des crises sanitaires en France lors de ces dernières décennies. Le traitement des informations est aussi un élément important du problème puisque, comme nous allons le rappeler ici, les responsables politiques incriminés dans ces affaires de santé ne sont que rarement condamnés au final.

Ainsi, un des premiers objectifs de ces responsables a souvent été de gagner la bataille de la communication, imaginant que cela leur permettrait d’éviter les prétoires. Le pire est que cela fonctionne et la désinformation devient alors un sport national dans lequel les media ne font pas leur travail pour beaucoup. Nous allons donc accompagner ce compte-rendu d’une revue de presse, qui permettra de mieux étayer ce propos. Pour commencer rappelons que, dans la crise du Covid-19, Mediapart évoque un mensonge d’état dans un article paru sur le site le 2 avril.

La France abonnée aux scandales sanitaires avec des responsables non coupables

Breizh Europa rappelait dans son projet santé, mis en ligne l’année dernière et mis à jour depuis, que la France était le pays d’Europe qui avait le plus subi de scandales sanitaires au cours des 30 dernières années. La liste est en effet longue, à commencer par le temps de réaction trop long pour éliminer l’amiante ou le chlordécone des circuits commerciaux, quand de nombreux pays avaient interdit ces produits depuis longtemps. L’amiante a été interdite en Allemagne de l’ouest en 1975 par exemple, mais seulement en 1997 en France. Elle a causé des dizaines de milliers de morts dans l’Hexagone et c’est un bilan toujours en cours (cf. parmi d’autres enquêtes l’article de Marianne « l’amiante : un scandale français » par Jean-Claude Jaillette paru en janvier 2014). Martine Aubry a été mise en examen sur ce dossier par la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy en novembre 2012, mais cette mise en examen a finalement été annulée. Martine Aubry est aujourd’hui en passe d’être réélue à la mairie de Lille… Quant au désastre sanitaire et écologique consternant pour le chlordécone aux Antilles, les répercussions aujourd’hui sont encore dramatiques, mais il n’y a pas eu là non plus de condamnation dans le dossier.

La France a également brillé par son retard tragique dans la prise en compte des risques de contamination du sang au début de l’épidémie de SIDA. Dans ce dossier, Edmond Hervé, secrétaire d’État à la santé à l’époque des faits, a été condamné en mars 1999 pour avoir commis dans l'exercice de ses fonctions un délit non intentionnel : « homicide involontaire par imprudence, négligence et manquement à une obligation de sécurité », « atteinte involontaire à l'intégrité des personnes », mais a été dispensé de peine. Tout cela ne l’a pas empêché de finir sa carrière comme sénateur, pendant deux mandats. Laurent Fabius, qui était Premier ministre à l’époque du scandale, est aujourd’hui président du Conseil constitutionnel.

La France a également très mal géré, contrairement à la plupart de ses voisins hors l’Italie, la canicule de 2003, mais le ministre de la santé de l’époque, Jean-François Mattei, dont la légèreté et le manque de réactivité avaient été pointés par de nombreux observateurs, n’a jamais été inquiété. Il a été exonéré par la commission d’enquête parlementaire qui a suivi et Il a ensuite été nommé conseiller d’État en service extraordinaire…

Lors de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, les autorités françaises avaient décrété que le nuage n’avait pas passé la frontière, et cette information fait tout au plus sourire dans les rédactions aujourd’hui. C’était pourtant une manipulation d’État lourde de conséquences là aussi.

Quant au scandale du Mediator, révélé par la pneumologue brestoise Irène Frachon, les rapports étroits entre le laboratoire Servier et le pouvoir empêchent aujourd‘hui la plupart des victimes d’être reconnues et indemnisées. Mais là encore la caste au pouvoir n’a pas froid aux yeux, ainsi l’ancienne sénatrice UMP, Marie-Thérèse Hermange, mise en examen pour trafic d’influence au profit des laboratoires Servier en 2013 dans cette même affaire du Mediator, sera confirmée comme membre du comité d’éthique de l’Académie de médecine en février 2017 (source Le Figaro). Pourquoi se gêner après tout ? Et il y en a qui avaient du mal à comprendre la colère des Gilets Jaunes ?

Agnès Buzyn s’inscrit dans la tradition

Mais revenons-en au Corona : Agnès Buzyn a, elle, abandonné son poste de ministre de la santé et le navire en pleine tempête pour aller tenter de conquérir la mairie de Paris puis, battue, elle s’est épanchée dans Le Monde dans un article publié le 17 mars 2020 où elle dit : « Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Pourtant les élections ont eu lieu. Elle a également annoncé avoir alerté Édouard Philippe le 30 janvier sur la crise sanitaire à venir, et sur l’impossibilité donc que les élections puissent se tenir. Sans effet visiblement.

Quant à la responsable santé de l’Élysée, Marie Fontanel, elle a, elle, aussi quitté son poste au début de l’épidémie, pour aller soutenir son mari qui se présentait à Strasbourg. Y aura-t-il des sanctions pour ces comportements irresponsables comme il y en a pour tout habitant qui ne respecte pas les règles de confinement aujourd’hui, ou continuera-t-on avec le principe du deux poids deux mesures ? Surtout si nous sommes vraiment en état de guerre, comme le prétend le président ? À suivre donc de ce point de vue-là, en tenant compte des nombreuses plaintes déposées par le corps médical, comme celle, entre autres, des médecins du collectif C19 qui saisissent la Cour de Justice de la République contre Olivier Véran. Ils mettent en doute la réalité des commandes des moyens de protection des soignants dans un contexte de Covid-19, exigeant des preuves.

Le meilleur système de santé au monde ?

Mais le plus étonnant, à la vue de ces nombreux scandales anciens et récents, c’est de voir que les Français, et beaucoup de journalistes avec eux, restaient persuadés jusqu’en février de cette année que le système de santé français était le meilleur au monde. Pourtant, tous les soignants, dans tout l’Hexagone, alertaient depuis des années sur l’état de l’hôpital en France. Mais, lors des trois dernières mandatures présidentielles, personne au pouvoir n’a écouté puisque tous ces dirigeants ont fait en chœur des coupes sombres dans les budgets dédiés à la santé. Et le gouvernement socialiste de François Hollande a lui aussi participé à cette destruction de l’outil hospitalier puisque le nombre de lits d’hôpital par habitant a diminué en France de 10 % en dix ans, quand l’Allemagne et la Corée du Sud en ont aujourd’hui plus du double par habitant. On a pourtant entendu, sur les plateaux TV, au début de l’épidémie en Europe, des phrases méprisantes à l’égard des Italiens et des Espagnols, et vu des journalistes et des politiques pointer du doigt leurs systèmes de santé annoncés comme défectueux. Les mêmes rassuraient les spectateurs sur le fait que la même chose ne pourrait pas arriver en France, puisqu’elle avait le meilleur système de santé au monde.

Mais, patatras, fin mars 2020, la France arrive comme un boulet dans le trio de tête des pays européens comptant le plus de morts dus au Covid-19. Notons que chaque soir, lorsque le grand maître de cérémonie Jérôme Salomon (lui-même mis en question dans l’affaire de la pénurie de masques) égrène les chiffres des morts en Europe, il oublie systématiquement l’Allemagne car la France, non contente d’être médiocre dans la gestion de cette crise, est évidemment incapable d’admettre officiellement que son voisin outre-Rhin est moins impacté par l’hécatombe. 


On nous répondra ici et là que ce virus était imprévisible, qu’aucun système de santé au monde n’était prêt. Nous nous permettrons de noter que Taïwan comptait 6 morts pour 23 millions d’habitants au 28 avril et que, selon l’OMS, la Corée du Sud comptait au 30 avril 247 morts pour 52 millions d’habitants. Parlons également de pays comme l’Islande et la Nouvelle-Zélande où l’épidémie n’a quasiment pas eu lieu parce que les fermetures des frontières aériennes ont eu lieu à temps. Plus proches de nous, au 2 mai et toujours selon l’OMS, le Danemark comptait 475 morts pour 5 millions d’habitants et l’Allemagne 6735 morts pour 83 millions d’habitants. La France, à la même date, comptait 24760 morts, rattrapant l’Espagne, l’Italie restant en tête du macabre comptage en Europe avec 28710 morts au 2 mai également, talonnée par la Grande-Bretagne. Il est important de noter ici que des « petits pays » européens sont extrêmement performants face à cette crise, tels la République Tchèque (240 morts au 2 mai -chiffres OMS- pour 10 millions d’habitants), mais le port du masque y a été obligatoire dès le 19 mars ! Même chose pour la Slovaquie (23 morts/ 5 millions d’habitants) ou encore l’Autriche et certains pays des Balkans.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes quant à l’impréparation de certains pays comparativement à d’autres. Mais surtout on réalise que les communautés restreintes mais autonomes-pays comptant une population inférieure à 10 millions d’habitants ou länder allemands-se montrent non seulement plus performantes face au virus mais aussi beaucoup plus solidaires, tout en n’ayant pas recours à des mesures aussi coercitives qu’en France. Il faudra en tirer les leçons !

Une partie seulement des media ose critiquer

Au début de la catastrophe pourtant, seuls quelques journalistes parisiens semblaient remarquer l’écart entre les résultats et les prétentions françaises en matière de santé en dehors de ceux de Mediapart. Ainsi Riss se lâchait dans Charlie Hebdo le 27 mars : «La France vit des heures de désillusion aussi profonde que celles qu’elle avait connues en mai 1940. La France pensait avoir le meilleur système de santé du monde, comme elle était convaincue d’avoir la meilleure armée du monde en 1940. Et puis, sous nos yeux, tout s’est effondré à une vitesse inimaginable. »

Ce qui s’est passé en juin 1940 pour l’armée française, c’est-à-dire la plus grande débandade militaire de l’histoire contemporaine subie par une armée sur son territoire, aurait pourtant dû amener les commentateurs à une certaine prudence quand il s’agissait de manier les superlatifs relativement au système de santé français.

Et puisque le président Macron chevauche lui aussi la métaphore guerrière, Jean-Michel Quatrepoint en rajoute dans le registre dans Le Figaro le 22 avril, donc avec un plus de recul dans le temps :
 « Il y a dans l’espèce d’effondrement de notre armée sanitaire, bien des similitudes avec mai 40. En quelques jours, quelques semaines, l’armée française, supérieure en nombre et en matériels sur le papier à l’armée allemande, s’était littéralement décomposée ».


 Entre-temps, le pouvoir a commencé à allumer des contrefeux, et quelques journalistes bien-pensants essayent de ramener les Français à la raison. Ainsi Yves Calvi trouve que la pleurnicherie hospitalière n’a que trop duré. Quant à Patrick Cohen, il démontre dans « C’est dans l’air » que la comparaison du nombre de lits de réanimation entre la France et l’Allemagne a été faite en trompe-l’œil, parce qu’en réalité la France ne s’en tire pas si mal… Mais les défenseurs les plus zélés du système français viennent souvent de province, ainsi Ouest-France, en date du 29 avril, annonce par la plume de son correspondant à Berlin, Sébastien Vannier, que l’Allemagne est à deux doigts de l’anarchie à cause de son système fédéral (fédéral : un gros mot pour Ouest-France !). Vannier, probablement réfugié à l’ambassade de France, décrit ainsi un pays en proie au « cafouillage », à « l’incertitude » et devenu un véritable « bazar » et même un « capharnaüm » politique. Espérons que Jean-Yves le Drian arrivera à le rapatrier.

Mais pour s’assurer que d’autres media ne continuent pas de faire leur travail librement, voici que le gouvernement crée un site nommé desinfox corona virus, que Libération qualifie le premier mai de nouveau faux pas de com du gouvernement. Lilian Alemania précise dans l’article :

« Cela aurait pu être vu comme la simple recension des différents articles de fact-checking publiés par différents médias sur l’épidémie de Covid-19. Mais en un tweet de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, voilà l’exécutif accusé de rétablir un « ministère de l’Information» et de vouloir «certifier» la «vérité», comme dans 1984 de George Orwell… »

Dans Télérama, au sujet du manque d’objectivité de beaucoup de journalistes et d’éditorialistes Samuel Gontier annonce, le 30 avril : «Pour ne pas déplaire à Édouard Philippe, qui s’agace devant l’Assemblée de la morgue des commentateurs de café du commerce, LCI et BFMTV sélectionnent les experts les plus conciliants. » Et dans l’article, la chaîne France 2 n’est pas non plus épargnée.

Faillite et mauvais choix de gouvernance

Cependant, des media sérieux ont continuellement comparé les systèmes de santé des deux premières économies européennes et cela n’est visiblement pas à l’avantage de la France. Et une des raisons profondes de ce marasme, qui explique en partie pourquoi l’Allemagne et d’autres pays européens s’en sortent mieux, c’est d’abord parce que la France est en faillite. D’ailleurs François Fillon le disait déjà en septembre 2009, lors d’un déplacement en Corse en ces termes : « je suis à la tête d'un état qui est en situation de faillite sur le plan financier, qui est depuis 15 ans en déficit chronique, qui n'a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans, ça ne peut pas durer ... ». Malheureusement cela a duré, et on voit le résultat 11 ans plus tard…

Car ce pays en faillite a décidé de faire des économies non pas sur le train de vie de l’état (élus aux assemblées en nombre pléthorique, budgets de représentation, mille-feuille administratif coûteux en administrations, corps préfectoraux, Sénat à l’utilité douteuse, entretien d’un mini empire colonial renommé DROM COM…) mais dans des domaines régaliens tels que ceux de la santé et de la justice. Rien de moins que ce qui est vital dans une démocratie moderne. La loi HPST du 21 novembre 2009 a été en cela mortifère pour la santé, mais les coupes avaient déjà commencé sous Alain Juppé.

Le résultat, après autant d’années d’incurie est qu’au plus fort de la première vague de l’épidémie de Covid-19, près de 13.000 lits en soins intensifs étaient libres sur 32.000 au total en Allemagne. Ce qui représente 33,9 lits en soins intensifs pour 100.000 habitants contre 8,6 en Italie et 16,3 en France. Par ailleurs, et c’est important, quelques 24 % du budget des hôpitaux allemands sont consacrés à l’administratif, 35 % en France. Ah l’administration ! Les Français doivent aimer ça, et à l’hôpital encore plus depuis cette loi HPST de 2009 qui a amené de nombreux chefs de service, à travers tout l’Hexagone, à démissionner en chœur en 2019.

Le journaliste du Monde David Larousserie soulève alors un autre problème, en expliquant sur France Culture que «plus de 90 milliards d’euros sont actuellement dépensés chaque année dans les domaines de la recherche publique et privée en Allemagne, contre 50 milliards d’euros en France ». Quant à Patrick Cohen, dans « C’est dans l’air », il conforte son explication alambiquée en précisant que le déficit entre les deux pays est plus industriel que sanitaire puisque l’Allemagne a toujours fabriqué des respirateurs correspondant aux attentes du Covid-19. Oui, elle est même le fabricant des deux modèles les plus utilisés en Europe. Ah la désindustrialisation française !

Désindustrialisation

Et c’est là que les media finissent par s’intéresser à cette usine qui produisait, à Plaintel, en Bretagne, des masques ! Elle a fermé en 2018 parce que son nouveau propriétaire, américain, ne comprenait pas que les commandes de l’État français eurent cessé et Marisol Touraine n’était pas étrangère à cette décision. Dans la foulée, fidèle à la gestion très « 7ème Compagnie » de cette crise, l’État a d’abord fermé la porte à une idée de réouverture de l’usine de Plaintel, avant de changer d’avis le 24 avril. Et maintenant, alors que le député de Loudéac Marc Le Fur a déniché un investisseur, cela pourrait à nouveau fonctionner. Comme quoi on devrait normalement compter sur les politiciens locaux, si la Région Bretagne n’était pas autant absente des débats.

Toujours au sujet de la désindustrialisation, Natacha Polony dans Marianne le 9 avril analysait la situation ainsi : «Pendant ce temps, nous avons fermé Luxfer, dernier producteur de bouteilles d’oxygène médical, que le ministère de l’Économie refuse de nationaliser pour relancer la production, et nous avons abandonné l’usine de masques de Plaintel à son repreneur-pilleur américain, faute de commandes de l’Etat. »

On avait entre-temps appris que l’industrie française, prise d’un sursaut patriotique formidable, allait fabriquer 10 000 respirateurs en faisant travailler de concert Air Liquide, PSA, Valeo et Schneider Electric, effaçant ainsi cette désindustrialisation flagrante dans des domaines de pointe, dont certains concernent la santé. Mais voilà qu’une enquête France Inter du 23 avril nous apprend que 80% des respirateurs en question, véritables taxis de la Marne modernes, ne sont en aucun cas adaptés aux besoins des salles de réanimation face au coronavirus, puisqu’ils sont destinés aux ambulances. Jérôme Salomon, jamais à cours d’idée et à qui on pose la question de cette incohérence, répond benoîtement en conférence de presse le 25 avril que ces respirateurs-là manquaient aussi. Question suivante.

Mensonges encore

Après les masques, on constatera la même chose pour les tests. En France on serait capable de tester 150 000 personnes par semaine contre 500 000 en Allemagne où l’on produit justement en masse ces tests. C’est d’ailleurs un Allemand, Olfert Landt qui a mis au point le premier test mondial. Pour le Dr Kierzek, la France manque effectivement d’organisation et de moyens : «Cette crise, c’est la pénurie de masques, de lits en réanimation et de tests». Interviewé par La Croix, le professeur Jean-François Delfraissy, médecin spécialisé dans l’immunologie et président entre autres du Conseil Scientifique Covid -19 depuis le 11 mars 2020, le confirme : «Des produits nécessaires pour faire des tests n’arrivent plus en nombre suffisant de Chine ou des États-Unis». 90% du matériel nécessaire proviendrait ainsi de l’étranger.

En Allemagne, pour ce qui est des tests, tous les laboratoires y compris les laboratoires vétérinaires ont été réquisitionnés, mais en France, il a fallu pour cela attendre des autorisations administratives qui ont faire perdre plus d’un mois…

Comme nous l’évoquions en introduction, et c’est un aspect important dans cette crise, les autorités françaises, au-delà d’avoir eu des priorités budgétaires incohérentes et d’avoir géré cette crise sanitaire de manière déplorable, ont aussi menti continuellement. Heureusement certains media ont effectué un véritable travail d’investigation sur le sujet, tel Mediapart, dont l’interview du directeur Edwy Plenel sur Brut, le 15 avril, fait froid dans le dos. On y apprend les dessous de la pénurie de masques et les mensonges récurrents tentant de couvrir l’ineptie des mesures prises à ce niveau depuis des années. Dans un entretien à Mediapart encore, l’historien Johann Chapoutot éclaire les failles de la gestion française de la pandémie à la lumière de l’exemple allemand lui aussi. Alors qu’Angela Merkel s’adresse à la raison de ses citoyens, juge-t-il, «en France, on nous ment «.

Et dans la série mensonge d’État, pour faire bonne mesure, comme le révèle Challenges ce jeudi 23 avril, on apprend que le ministère avait été averti dès 2018 du nombre insuffisant de masques stockés en prévision d’une pandémie comme le Covid-19. Le journaliste confirme : »L’agence Santé publique France avait fait remonter l'information il y a deux ans au gouvernement dans une note adressée au directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. «

Déconfiture centraliste et déconfinement

Pendant ce temps-là, les journaux des chaînes d’État relayent les informations sur le travail acharné des soignants, sur la débrouille devenue emblématique d’un système D auquel on finit par trouver des vertus résistantes. Et voilà la République transformée en Mater Dolorosa qui s’en remettra sûrement, tant les Français sont débrouillards. Et puis ces personnes aux fenêtres tous les soirs, si solidaires quand elles applaudissent ou jouent des casseroles ! N’est-ce pas merveilleux ? On se pince en devinant en filigrane le discours de Renan de 1882 : la nation va sûrement s’en sortir renforcée, tant ceux-là ont souffert ensemble ! On voit aussi des scènes de contrôle par la police, on oublie de dire que très peu de pays européens ont eu besoin de ces mesures coercitives pour faire appliquer le confinement.

Une partie des media officiels nous traite donc, à longueur de journal, comme des enfants. Ils essayent, avec le pouvoir central, de sauver ce qui peut encore l’être. Mais les seuls dont l’Histoire devrait retenir le nom sont bien les personnels soignants, dont certains ont payé de leur vie leur abnégation et l’impréparation du système de santé. Auront-ils de meilleures conditions de travail dans le monde d’après ? C’est la seule question qui compte.

Ici et là on pointe le centralisme français comme le problème majeur de cette gabegie. Mais les media « provinciaux », comme on l’a vu, ne reprennent pas cette antienne, car ils sont encore plus inféodés au pouvoir central et plus soumis… que certains journalistes parisiens qui eux, tout de même, se souviennent de Voltaire ou Montesquieu.

Et voilà le déconfinement qui s’annonce pour le 11 mai, mais on n’est pas sortis de l’auberge, car au-delà du manque annoncé de tests, il y a d’autres problèmes, comme le rappelle Olivier Berger le 28 avril dans la Voix du Nord, qui rappelle que l’application sensée signaler les citoyens français atteints n’est pas du tout au point :

»Édouard Philippe avoue que les ingénieurs du public (INRIA, SPF, ANSSI ) et du privé (Orange, Capgemini, Dassault Systèmes…), qui planchent activement sur le sujet, ne sont pas au point : « Compte tenu des incertitudes sur cette application, je serais bien en peine de vous dire comment elle fonctionne, et comment elle fonctionnera précisément. Les ingénieurs travaillent d’arrache-pied pour faire fonctionner ce projet, mais tant que ce n’est pas le cas, le débat est prématuré. «

Mais on ne s’arrête pas là dans l’impréparation dudit déconfinement puisque la carte qui paraît pour décider quels départements sont rouges, verts ou orange, comporte de nombreuses erreurs lors de sa parution, et ce malgré les centaines de personnes employées par les agences régionales de santé… Ainsi France Inter rappelle, le premier mai, par la voix du journaliste Julien Baldancchino, que : » Certains aspects de la carte du déconfinement ont surpris les habitants du Lot, du Cher et de la Haute-Corse, qui ont découvert leur département classé rouge. Pour au moins deux d'entre eux, il s'agit d'une erreur liée aux méthodes de comptage. «

Décidément la 7ème compagnie n’a pas fini de sévir…

Conclusion à plusieurs voix

Pour conclure cet édito en forme de revue de presse, et en attendant un déconfinement que l’on espère le moins meurtrier possible, voici un pot-pourri d’éditos écrits par des plumes alertes d’un bord à l’autre de l’échiquier politique :

Voici la vision de cette crise par Hastable sur le site Atlantico :

»Grâce au travail imputrescible et indispensable de ces tâcherons du décret et de la procédure administrative, la France n’est plus qu’un immense marécage putride d’interdictions, d’autorisations distribuées au compte-goutte, minutieusement millimétrées, dans lequel les habitants sont maintenant sous la coupe d’un Occupant intérieur qui ne se cache même plus de vouloir les pister jour et nuit. Et apparemment, les Français en sont contents. Ce pays est foutu.«

Jean-Michel Quatrepoint résume dans le Figaro :

»En quelques semaines, un virus a mis notre pays à l'arrêt, révélant ainsi l’ampleur du déclin économique français. «

Boris Grésillon, dans une tribune dans Libération, pose une autre question dont la réponse sera lourde de conséquences :

»Mais que se passerait-il si, une fois la pandémie passée, rien ne changeait ? Si les grands perdants politiques de la crise, les Donald Trump, Boris Johnson ou Emmanuel Macron, qui ont notoirement failli, ne devenaient pas les gagnants de l’après-crise ? Forts de leur victoire finale dans la « guerre» contre «l’ennemi invisible», se présentant comme les sauveurs de la nation, qui nous dit qu’ils ne seront pas réélus ? L’histoire est riche de ce genre de rebondissements inattendus. «

Pour Riss dans Charlie Hebdo :

»Le besoin de justice est le sentiment qui structure une société. Quand il est bafoué, ce n’est pas seulement le système de santé français qui s’effondre, mais la totalité de l’édifice. "

Eh oui, la France semble bien être dans l’ambulance car cette crise démontre que les valeurs cardinales de ce pays sont depuis longtemps : incompétence, suffisance et complaisance. Sans oublier les récompenses pour ceux qui pensent droit et ne font pas de vagues. C’est ainsi que les responsables lors des grandes crises sanitaires des dernières années peuvent finir au Sénat, au Conseil constitutionnel ou dans des commissions d’éthique... Gageons que pour le Sénat, Agnès Buzyn a maintenant toutes ses chances ! Mais y aura-t-il encore assez d’argent pour entretenir des sénateurs dans la patrie des droits de l’homme dans les années à venir ? Ce sera, on l’espère, au peuple d’en décider.

Vincent Fraval, Secrétaire Général de Breizh Europa

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