Entre Hexagone et Outre-Mer Alors que se tourne la page de la pandémie Covid-19 en Europe, du moi

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Communiqué de presse de Le blog de François Alfonsi
Porte-parole:

Publié le 18/06/20 7:33 -- mis à jour le 18/06/20 15:07

Alors que se tourne la page de la pandémie Covid-19 en Europe, du moins nous l’espérons tous fortement tout en surveillant avec inquiétude la contagion du virus qui rebondit en Chine et qui galope encore dans l’autre hémisphère de la planète, en Amérique du Sud, l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron, ce lundi 15 juin 2020, a été pour l’essentiel à contre-emploi. Son discours était tout au plus le discours d’un ministre faisant l’annonce de l’évolution des mesures sanitaires sur l’ouverture des écoles ou celle des cafés-restaurants. Avec en prime une tonalité électoraliste qui lui a fait flatter les citoyens tout en s’auto-attribuant le mérite personnel de la démarche collective. Mais, en écoutant mieux, ce discours pourrait en dire long sur le projet qu’il porte pour la France, et sur la place de la Corse dans ce projet global.

Une expression n’a pas manqué de déranger nos oreilles corses : « dans l’Hexagone et Outre-Mer ». Depuis François Mitterrand et le premier statut particulier de la Corse, l’usage est de mentionner la Corse entre Hexagone et Outre-Mer. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande l’ont fait régulièrement après lui. Ou alors d’opposer Métropole et Outre-mer. L’expression « dans l’Hexagone et Outre-Mer » a été choisie avec soin et a toute sa signification : celle du maintien de la Corse dans le droit commun de la République une et indivisible.

De même, une « nouvelle page de la décentralisation » est évoquée plus loin pour « donner davantage de responsabilités à ceux qui agissent au plus près de nos vies », citant « les maires, les hôpitaux et les universités ». Et pas les régions.

Gilles Simeoni le souligne dans une interview donnée à CorseNet Infos au lendemain du discours de Macron : « En quatre mois de crise du COVID, le président n’a pas prononcé une seule fois le mot : région. Cela montre bien que c’est un échelon d’organisation politique, administrative et institutionnelle dont il se méfie et dont il ne veut pas. »

Ce discours implicite sur la Corse trouve de nombreuses illustrations sur le terrain. Par exemple dans le refus obstiné de tout dialogue sur la proposition de la Collectivité de Corse d’instaurer un « green pass sanitaire » au moment de relancer la fréquentation touristique sur l’île, alors même qu’il est acté pour les départements d’outre-mer. La logique de cette proposition est dans les deux cas liée au fait insulaire qui en permet l’application dans les ports et aéroports, alors qu’elle est impossible là où les déplacements entre régions se font majoritairement par route ou autoroute.

Mais le fait que la Corse soit une île dérange manifestement l’uniformité de « l’Hexagone » ! Et qu’en plus le peuple corse manifeste politiquement, à travers l’élection d’un Président du Conseil Exécutif par une majorité absolue nationaliste, sa volonté d’autonomie par rapport à « l’Hexagone », voilà qui dérange encore davantage, au point de compromettre un dialogue pourtant indispensable. Dans la même interview, Gilles Simeoni le déplore : « Il n’y a pas la moindre avancée politique sur la définition d’un cadre de dialogue, y compris dans le secteur touristique où a pourtant, été acté, il y a plus d’un mois, le principe d’un volet spécifique pour la Corse dans le plan de relance national. »

L’autre passage significatif du discours d’Emmanuel Macron a été son envolée lyrique sur les « statues qu’on ne déboulonnera pas ». Le propos vise les grands ordonnateurs de la politique coloniale de la France à laquelle l’idéologie raciste est indissolublement liée : comment aurait-on pu massacrer des populations à tout va, s’approprier leurs pays par la force, et développer sur plusieurs siècles la traite des esclaves au fond des cales de bateaux affrétés depuis Bordeaux, Nantes, Liverpool ou Londres, sans le soutien d’une idéologie raciste ?

Les sociétés modernes sont encore hantées par ce pan de leur Histoire. Colbert, qui promulgua le « code noir » légalisant l’esclavage, pas plus que Jules Ferry qui fit faire l’apologie de l’esclavage dans les écoles, ne verront leurs statues déboulonnées.

Par voie de conséquence, les Corses ont bien compris que le Comte Marbeuf et ses contemporains ne le seront pas non plus sous l’ère d’Emmanuel Macron, quels qu’aient été leurs crimes lors de la colonisation de la Corse. Ce communiqué est paru sur Le blog de François Alfonsi

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