Rozenn Milin : Comment et pourquoi être Breton ?
Reportage de Philippe Argouarch

Publié le 9/11/15 18:41 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
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Rozenn Milin est une professionnelle de l'audiovisuel, née dans le Léon au sein d'une famille de paysans bretonnants. 

Elle a suivi des études d’histoire à Brest et Paris, où elle obtient un DEA à la prestigieuse Ecole Pratique des Hautes Etudes à la Sorbonne. Par ailleurs diplômée d’Etudes Celtiques, elle parle cinq langues et est engagée dans la sauvegarde de la diversité culturelle et particulièrement linguistique.

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Elle démarre sa carrière à la radio durant ses études à Brest, et alterne ensuite pendant des années les séjours à l’étranger (Pays de Galles, Amérique du Nord et Centrale, etc.) et les postes en radio (Radio France Bretagne Ouest) et en télévision (FR3 Bretagne Pays de Loire), où elle officie en tant que présentatrice et productrice de programmes, en breton et en français.

De la télévision galloise à une tentative de télévision bretonne

En 1986 elle s’installe à New York où elle étudie le théâtre et le chant, et joue off Broadway. Forte de cette expérience, elle revient en Europe, joue dans divers téléfilms en France et au Pays de Galles, puis redevient journaliste et présentatrice, notamment pour les chaînes de télévision galloises HTV et S4C.

En 1998, Patrick Le Lay, PDG de TF1, l’associe au projet TV Breizh dont elle devient la directrice générale. Elle s'investit corps et âme durant cinq ans pour mettre sur pied et déployer la première chaîne de télévision régionale de l’hexagone, et ce faisant pour développer la production en Bretagne et mettre sur pied une activité de doublage professionnelle en langue bretonne.

Sauver les langues du monde

En 2004, elle  devient attachée audiovisuel auprès de l’ambassade de France de Pékin, en charge du cinéma, de la télévision, de la radio et des industries musicales. En 2006, elle élabore un projet de sauvegarde des langues en voie de disparition sur les cinq continents, qui sera repris et financé par la fondation Chirac. Elle dirige ce programme intitulé Sorosoro depuis sa création, tout en poursuivant ses activités télévisuelles, dont la réalisation d’une série sur les langues en danger d’Afrique pour Arte en 2013.

Identité : essence et substance

Rozenn Milin vient de sortir un livre aux éditions Bo Travail et distribué par Coop Breizh dont le titre est : Questions d'identité - Pourquoi et comment être Breton ?

Le livre, très bien composé et formaté, comprend des entretiens avec 19 personnalités bretonnes, jeunes, vieux, hommes et femmes, scientifiques, artistes. Une série de témoignages et d'analyses pertinentes, sans tabous, sur une problématique complexe et avant tout subjective. Rozenn Milin est allée à l'essence et à l'essentiel pour faire un livre extraordinairement dense.

Une linguiste sans langue de bois

Lors de cette interview pleine de fraîcheur, de spontanéité et de petites histoires croustillantes, Rozenn Milin présente la synthèse de son livre d'une façon naturelle et décomplexée. Un point de vue féminin qui a retenu l'essentiel des témoignages pour une perspective nouvelle. Une bretonnitude aux multiples facettes qui se veut tourner vers le futur. Elle y parle de son travail d'enquête : deux ans d'enregistrements sur son téléphone portable. Elle assène quelques vérités-- nous n'en citerons que quelques-unes extraites de la vidéo "Le nationalisme le plus effrayant est le nationalisme français"." L'identité n'est pas un gros mot". "La communauté est un très beau mot". "C 'est fatigant de devoir toujours se justifier". "Qu'on arrête de nous taxer de repli identitaire..." "Ces procès d'intentions sont intolérables" et finalement : "Nos politiques ne sont pas assez solides, pas assez revendicatifs".

On ne le dira jamais assez.

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 4 commentaires
  Yannig Baron
  le Mardi 10 novembre 2015 16:35
On s'y retrouve parfaitement, y compris avec la dernière phrase... Bravo Yannig Baron
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  Maryvonne Cadiou
  le Jeudi 12 novembre 2015 22:15
Magnifique. J'apprends, par un communiqué à venir sur ABP, qu'elle sera au prochain Salon du livre en Bretagne de Guérande (21-22 novembre), au stand de la librairie Gweladenn. Je leur souhaite beaucoup de lecteurs...
Voir aussi sa page, édifiante, sur Wikipédia.
Merci.
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  konan Lasceau
  le Jeudi 19 novembre 2015 20:21
Au Cameroun la langue banôho était interdite "Les blancs te battaient à l'école souvent si tu parlais dans ta langue ils te mettaient du piment dans les yeux" (infos Charles Lyanga )
Encore une joyeuseté de la fameuse république dite indivisible et des non-droits de l'homme.
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  Jean Luc M.
  le Dimanche 22 novembre 2015 16:08
Après Michel Treguer - Espèce d'Homme- puis Jean Michel Le Boulanger - être breton ? - Rozenn Milin apporte sa pierre avec "Questions d'identité". Ce sont tous des ouvrages de référence que tout personnage politique de Bretagne devrait lire et méditer. Je n'ose imaginer que les politiques "parisiens" prennent le temps de les feuilleter ! J'attends avec impatience un ouvrage qui traite de l'economie et de la prospective sur notre Bretagne historique.
Jean Pierre Le Mat a ici même tracé quelques pistes et proposé quelques hypothèses. Ses billets sont généralement d'une grande lucidité, pourquoi pas une oeuvre d'ampleur pour completer le tableau commencé les les grands auteurs cités plus haut ?
Merci à tous.
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