Mission impossible ou les chiffres abracadabrantesques de l'INSEE "Bretagne" (administrative).

-- La réunification --

Dépêche de OMEB
Porte-parole: Gilles Delahaye

Publié le 22/01/12 11:25 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Les deux quotidiens Ouest France et le Télégramme ont rendu compte de la sortie en Janvier 2012 du N°28 des cahiers Octant Analyse de l'INSEE «Bretagne» (administrative). Une rumeur avait circulé que des statistiques propres à la Loire-Atlantique allaient pouvoir être sorties de l'ensemble « Pays de Loire » pour permettre des regroupements de chiffres avec les quatre départements de la circonscription administrative afin de permettre des publications relative à la Bretagne. On aurait aimé que pour la revue Octant, ce soit autre chose qu'une rumeur car il y a des sujets quand ils sont sur la seule Bretagne administrative, qui sont à la limite de la mission impossible pour peu que l'objectif soit de donner du sens aux statistiques.

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On peut quand même féliciter les rédacteurs de presse d'avoir fait l'effort de donner un peu de sens aux chiffres.

L'image du Breton retraité revenant au pays est un cliché.

Les natifs de Bretagne sont plus nombreux dans la tranche 19-27 ans à sortir qu'à revenir mais plus nombreux à revenir dans la tranche 35-40 ans et au dessus de 60 ans.

La tendance de l'implantation en « Bretagne » (administrative) des jeunes est renforcée par des non natifs de la circonscription. Contrairement à certains clichés, les individus venant s'y installer sont majoritairement actifs ou jeunes étudiants. Les retraités sont fortement minoritaires. Selon Michel Guillemet, directeur de l'Insee «Bretagne» (administrative), sur les 260 000 arrivants les cinq dernières années, seuls 29% seraient retraités.

Les choses se corsent avec le triturage des chiffres.....

Là où les choses commencent à se corser, c'est dans la définition des termes. Ainsi un étudiant venant de Redon et allant faire des études à la fac à Nantes sera compté comme un jeune Breton émigrant alors qu'à l'inverse un retraité de l'Anjou qui viendrait s'installer dans la presqu'ile de Guérande sera compté par l'INSEE de sa circonscription comme quelqu'un qui ne change pas de région. Interrogeons n'importe quel Angevin où il a le sentiment d'arriver quand il vient à Guérande ou à la Baule ? Il est bien clair pour lui qu'il change de milieu humain et géographique quand il vient dans cette zone maritime et s'affirmant bretonne de surcroit par sa réalité. Inversement un habitant finistérien a bien le sentiment de rester en Bretagne même s'il vient étudier à Nantes ou travailler Saint Nazaire. Cela tout autant, sinon plus que s'il va à Rennes.

Là où les choses se brouillent considérablement, c'est précisément quand on veut préciser la géographie des migrations. En faisant un classement des régions de destination, on trouve dans l'ordre selon l'article du Télégramme : 30,3% vers l'Ile-de-France, 22,2% vers les Pays-de-la-Loire, 6,4% vers PACA, 5,1% vers la Basse-Normandie. Rien d'étonnant à tout ceci même vers PACA avec Toulon qui a une incidence non négligeable du fait de la « Royale » et Marseille pour la marine de commerce. Pour les Pays de Loire, peut-on affirmer que ces 22,2% quittent la Bretagne ? Il est bien évident que l'essentiel des installations se fait sur Nantes et Saint Nazaire et non pas vers Angers, Le Mans ou quelque part ailleurs en Vendée, Pour un Morbihannais, un Finistérien, un Costarmoricain, ce sentiment de « quitter sa Bretagne » en allant à Nantes, n'est pas plus fort que s'il va à Rennes.

Que conclure de tout ceci ?

A la lumière de ce qui précède, nous voyons qu'il existe un hiatus entre certaines statistiques et leur champ d'application. Que cherche t-on à faire ressortir dans des statistiques sur des données humaines dans des circonscriptions définies arbitrairement par une administration ? C'est en tout cas la question qu'aurait pu poser Serge Antoine (l'homme qui dessina les régions dans les années 50…. et qui croyait aux « grandes régions de taille européennes ») lorsqu'il fut interrogé par l'Express en 2004 sur le pourquoi de tels découpages régionaux :

Vous commettez un anachronisme. Dans les années 1950, personne ne demandait cela. Il s'agissait simplement de permettre à l'Etat de réussir sa planification territoriale. Ma seule erreur a été de croire que je mettais en place un système évolutif. J'étais convaincu, naïvement, que l'on assisterait peu à peu à des fusions de régions. Hélas, j'attends encore. . (1)

On a bien compris que ce découpage que nous connaissons aujourd'hui avait un objectif technocratique. La vision de l'énarque qu'il est, est purement administrative comme elle l'aurait été de toutes façons si on lui avait demandé de tracer des régions plus grandes. Si les chiffres que nous exploitons dans les statistiques n'ont que pour seul but de conforter des choix technocratiques d'une autre époque alors l'INSEE fait son travail mais on n'en tire rien et c'est du temps perdu à compter des données s'il n'y pas d'autre perspectives.

Pour conclure sur ce constat, on pourrait reprendre ce qu'indique très justement Jen-Laurent Bras dans son article d'Ouest-France sur les villes où vivent le plus grand nombre de natifs de Bretagne (B4 sous entendu):

Paris est la troisième ville française abritant le plus de natifs bretons, derrière Rennes et Brest. Nantes n'occupe que la neuvième position mais, l'Insee ne comptabilise pas les Nantais qui se sentent Bretons...

En effet : ne seraient comptés par l'INSEE comme Bretons vivant en Loire-Atlantique que des individus nés dans les quatre départements de la circonscription administrative dénommée «Bretagne». Question : de quelle région étaient alors les natifs de Loire Atlantique nés avant le décret de 1941 ou ces autres nés avant la création des Pays de Loire ? Existe-t-il une possibilité qu'on puisse naître Breton puis perdre cette qualité sans changer de lieu de vie et mourir « Ligérien » pour la postérité ?

Voir l'article de Ouest-France On quitte la Bretagne... pour mieux y revenir (voir le site)

Voir l'article du Télégramme Migrations. Les Bretons champions du retour au pays (voir le site)

(1) Certains aménageurs proposent la création d'une région Grand-Ouest qui regrouperait B4, PdL et Basse-Normandie. Puisque qu'un territoire historique en république de France perd la qualité de son origine historique dès l'instant où a posteriori on lui change son nom, est ce que terme « débarquement en Normandie » ne serait plus le terme officiel ? Une émissions de Radio-France Mayenne avaient voulu aussi nous parler des « Pays de Loire » dans la guerre. Il y a aussi la « Bretagne de la préhistoire » et à quatre départements s'il vous plaît . Il n'y pas de missions impossibles pour l'administration française. Même les plus ridicules..

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