Michael D. Higgins, un président irlandais en visite au Festival interceltique de Lorient, impressions diverses et subjectives...

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Chronique de JYLT
Porte-parole: Jacques-Yves Le Touze

Publié le 6/08/14 17:01 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Pour la première fois dans l'histoire du Festival interceltique de Lorient, un président de la république irlandaise en exercice a fait le déplacement et séjourné durant 3 jours dans la ville aux 5 ports, l'Irlande étant l'invité d'honneur de cette édition 2014.

Il est vrai que Michael D. Higgins connaît bien Lorient pour avoir été maire de Galway (jumelée avec Lorient) et que son amitié pour Jean-Yves Le Drian, ancien maire de Lorient, est bien connue. Alors qu'il était ministre de la culture et en charge du gaélique, Michael D Higgins était déjà venu en 1996 au Festival interceltique dans le cadre de l'Année de l'Imaginaire irlandais et j'avais eu le grand plaisir de l'accueillir à l'université d'été du festival pour la conférence inaugurale, une intervention brillante et remarquable.

Que dire de cette visite en 2014 ?

Deux moments sont à noter : d'une part, la soirée au Grand Théâtre de Lorient pour un hommage au grand poète irlandais très récemment décédé, Seamus Heaney, avec le quartet de Liam O Flynn et Micheal O Suileabhan, d'autre part la rencontre avec les équipes de football gaélique de Bretagne.

Ce samedi soir avec « The Glanmore Concert » restera un grand moment de culture et de poésie. Alors que la première partie uniquement musicale fut finalement assez décevante, les quatre musiciens sur scène ayant quelque mal à donner corps à des morceaux pourtant bien connus, la seconde partie alternant musique et lectures de poèmes de Seamus Heaney fut brillante et tout à fait prenante. Le président Higgins y participa en lisant l'un des poèmes. Remarquable.

A côté de cela, une fois de plus, l'organisation du FIL a fait l'impasse sur la dimension linguistique, pas un mot en gaélique, pas un mot en breton, un comble quand on connaît l'engagement de Michael D. Higgins pour la promotion du gaélique…. Sans parler de l'entrée du président au Grand Théâtre en-dessous de tout comme si l'on accueillait une personne lambda ….

Autre moment très chaleureux, la rencontre le dimanche entre le président irlandais et les représentants des clubs de football gaélique de Bretagne, rencontre organisée à la demande de l'ambassade d'Irlande. Il faut noter que les Irlandais sont surpris et enthousiasmés par le développement du football gaélique en Bretagne (11 clubs) et que le GAA (l'organe central qui gère les sports irlandais) prend désormais la Bretagne pour exemple concernant le développement du football gaélique hors-Irlande. Cette rencontre organisée au Galway Inn, le pub irlandais bien connu de Lorient tenu par Padraig Larkin (de Galway) fut un vrai moment de convivialité et d'amitié entre Irlandais et Bretons. Un vrai succès qui, de plus, donne une meilleure visibilité au football gaélique en Bretagne.

A côté de ces deux moments intenses, le programme du président Higgins alternait visites comme celle du Musée de la Compagnie des Indes et réceptions comme celle sur la corvette irlandaise présente à Lorient durant ces mêmes journées, le Niamh.

Entre neutralité absolue et silences coupables…..

Et comme l'on pouvait s'y attendre, cette visite n'a donné lieu à aucune déclaration particulièrement notable ni du côté irlandais, ni du côté breton.

Côté irlandais, même si la Bretagne a une place particulière pour eux , les officiels de tout rang se gardent bien de prononcer quelque parole que ce soit qui pourrait être mal interprétée par Paris. Ce n'est pas surprenant en fait ; juste une anecdote, alors que j'offrais différents ouvrages sur la Bretagne au président Higgins, celui-ci me dit qu' « il était au courant de la situation ». Nous nous contenterons de cela…..

Côté breton, et bien, là, c'est plutôt catastrophique. Alors que les élus et officiels bretons de tout genre n'arrêtent pas de vanter « l'interceltisme », aucun n'aura dit ou souligné que la Bretagne est désormais complètement dépassée au niveau culturel, linguistique ou audiovisuel par les autres pays ou régions présents à Lorient durant ces dix journées. Silence total ! Pour ma part, je trouve ça particulièrement lamentable. Les grands festivals en Ecosse, Pays de Galles ou Irlande sont souvent le lieu pour des interventions politiques majeures ou des annonces d'importance. Ici, rien, netra, nada ….On dirait qu'ils attendent que ça se passe en espérant que l'on parle rapidement d'autre chose ….. Ça oscille entre hypocrisie et intérêt folklorique….

Il ne manque plus grand-chose…..

Au bout de trois jours, c'est la réflexion que je me suis faite : il ne manque plus grand-chose pour que la Bretagne et le festival interceltique entrent dans la cour des « grands », tout est là, la matière est là, les relations sont là, les amitiés interceltiques sont là mais…. Nous restons enfermés dans le conformisme et le système politique hexagonal qui nous étouffe. Tous les autres pays celtiques nous attendent, seraient heureux de travailler avec nous, de nous parler d'égal à égal …. Sauf qu'une sorte de barrière invisible, une autocensure généralisée, un manque de courage de nos responsables politiques et culturels nous …. plombent !

La visite de Michael D. Higgins a été une vraie bouffée d'air. Dommage qu'aussi peu de monde l'ait remarqué.

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Démocrate, Lorientais, Breton, Européen, curieux du monde, de ses cultures, engagé pour la démocratie , la construction d'une Europe fédérale, l'émancipation de la Bretagne pour lui redonner toute sa place au sein des nations européennes..... Voilà, n'hésitez pas à commenter, à critiquer, à applaudir, à suggérer ! Voir aussi mon blog (voir le site)

Vos commentaires :

Yannig Baron
Mercredi 6 août 2014

Pour ma petite part,je suis heureux de l'avoir croisé, par le plus grand des hasard sur le Thonnier " Le Biche" qu'il venait visiter. J'y étais aussi pour d'autres raisons...Cela devait être samedi matin je crois...

Pour le reste, le président d'un Pays voisin et ami, qui passe trois jours à Lorient, avec si peu de contact officiels, montre bien la goujaterie institutionnelle de la France et de ses représentants en Bretagne.

Yannig Baron

SPERED DIEUB
Mercredi 6 août 2014

L'inter celtisme officiel est né paradoxalement dans la foulée de la révolution de 1789 ,il y a eu des précurseurs auparavant tel l'abbé Pezron

Sans dénigrer ces ponts, quelque peu artificiels construits ,entre les pays ayant conservés les traditions celtes ,je me demande si ce concept a vraiment servi la Bretagne ,il faudrait faire un bilan ??? Concernant l'Irlande jusqu'à 1900 environ la France était sa principale allié face à l'Angleterre alors Jacques, ceci explique aussi cela... ,bien que les bretons (catholiques ) ont également dans ce cadre joués le jeu en accueillant un nombre important de fugitifs notamment suite à la bataille de la Boyle

Bien après la perte de son indépendance la Bretagne a eu des relations commerciales avec la grande ile c'est une logique pragmatique datant de l'antiquité (route de l'étain ) les vénètes implantés également outre Manche dominaient le commerce maritime ,ce qui explique l'acharnement de César à anéantir cette puissance rivale de l'époque

Et en fait c'était dans ce cadre britto anglais que les bretons ont continués à avoir des relations naturelles avec les gallois et surtout les kerne veur Ayant conversé récemment avec des anglais implantés ici j'ai été très surpris de leur connaissance de la culture celtique et leur intérêt pour la langue bretonne ,c'est sans doute douloureux de le dire mais je ne pense pas retrouver l'équivalent chez les irlandais pourtant en général plus sympathiques que leurs voisins

Compte tenu de tous ces éléments et vu la nouvelle configuration géopolitique de l'Europe, de l'arc atlantique ,de l'évolution climato écologique qui obligera à des trajets plus courts ,ne serait t-il pas plus que temps Jacques d'inviter officiellement l'Angleterre au festival ??? ,d'autant que bien que culture germanique on découvre que ce pays a gardé davantage de racines celtiques qu'on le pensait jusqu'à présent

cathal guiomard
Jeudi 7 août 2014

MDH, "un" président irlandais. Combine d'eux y en a-t-il?

Alwenn
Jeudi 7 août 2014

Mais la Bretagne n'existe pas politiquement. "Nos" politiques sont les valets de la france. Et il faut dire qu'il n'y a que les "grandes" puissances, ou celles qui se prennent pour telles, qui ont un "droit" de parole.

L'Irlande n'a pas un grand pouvoir géopolitique. Et elle reste quand même liée à son ancien colonisateur. Par la langue, d'abord.

V. le Nys
Jeudi 7 août 2014

Spered Dieub, votre commentaire me va droit au c½ur : "inviter l'Angleterre au festival"... Je constate avec plaisir que je ne suis pas le seul à penser que l'Angleterre n'est pas l'ennemi héréditaire de la Bretagne, comme beaucoup semblent encore le considérer, mais au contraire l'un de nos alliés les plus naturels. L'Angleterre (et je dis bien "Angleterre, pas "Grande-Bretagne), si elle n'est, culturellement, pas aussi proche de nous que peuvent l'être les nations celtiques, l'est cependant beaucoup plus que la France, notamment dans son approche de la démocratie et du pouvoir étatique. J'irai plus loin : la prospérité de la Bretagne au Moyen-Âge venait de ses échanges avec l'Angleterre (et l'Espagne, d'ailleurs, autre grande nation maritime), pas la France ; le jour où nous retrouverons notre indépendance, il faudra que ces échanges reprennent, car c'est vers la Manche, la Mer du Nord et l'Atlantique que doivent se porter nos horizons, pas vers le continent. La bonne santé économique de la Bretagne dépend en bonne partie de son commerce maritime, et, à ce titre, l'Angleterre constitue un partenaire très précieux.

Yvon Bordiec
Jeudi 7 août 2014

Pourquoi les bretons s'attendent'ils toujours à ce que les autres pays celtiques les aident. Eux ils se sont tous pris en main eux-mêmes pas les bretons. Tant que les bretons ne se prendront pas en main eux-mêmes il ne se passera rien. La Bretagne restera une région française et considérée comme telle par nos cousins d'outre manche. Nous aurons leur considération seulement lorsque nous seront majeurs et non sous tutelle. Mais beaucoup de bretons même après les trahisons récentes de leurs élus continueront encore à voter pour eux. Certains diront "bon voter socialiste c'est enore mieux que voter à droite". Jamais ils n'envisagent un vote pour un parti breton comme si c'étaient des pestiférés ou alors des gens pas crédibles. D'autres vous diront "la politique locale ne m'intéresse pas" cela montre tout le mépris pour leur région et sa culture.

PY Pétillon
Vendredi 8 août 2014

Dommage que les formations politiques bretonnes n'aient pas demandé à avoir une entrevue avec ce monsieur... Une délégation des BR aurait pû aussi le demander...

Par contre vu l'attachement des irlandais, comme indiqué plus haut, à leur "grande soeur révolutionnaire française", pas sûr qu'il aurait accepté de les recevoir...

Les sujets à aborder avec nos cousins irlandais ne manquaient pas !

Mais pour ne pas froiser nos voisins et néanmoins amis français, il est plus facile de parler de la couleur du Gwenn ha Du, que d'aborder certains sujets... Critique valable pour la délégation irlandaise autant que pour les représentants bretons.

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