Les Bretons et le concept de « Nation » au Moyen Âge

Publié le 16/03/17 10:26, dans par Mickael Gendry pour GENDRY Mickael

Pierre de Caen gravée de la fin du XIIIe siècle, probablement à l'origine du sceau de l'abbaye de Beauport. Elle représente deux personnages de l'Eglise dans une embarcation : un archevêque coiffé d'une mitre, tenant une croix, un second, l'abbé tenant la crosse abbatiale. Habituellement identifiés à saint Maudez et saint Rion, alors que Maudez n'a jamais pu prétendre à un tel titre, ils désignent plus vraisemblablement un archevêque de Dol accompagné d'un abbé sous son autorité. Ce thème iconographique est comparable à celui de la grande verrière de la cathédrale de Dol, contemporain.Pierre de Caen gravée de la fin du XIIIe siècle, probablement à l'origine du sceau de l'abbaye de Beauport. Elle représente deux personnages de l'Eglise dans une embarcation : un archevêque coiffé d'une mitre, tenant une croix, un second, l'abbé tenant la crosse abbatiale. Habituellement identifiés à saint Maudez et saint Rion, alors que Maudez n'a jamais pu prétendre à un tel titre, ils désignent plus vraisemblablement un archevêque de Dol accompagné d'un abbé sous son autorité. Ce thème iconographique est comparable à celui de la grande verrière de la cathédrale de Dol, contemporain.Au haut Moyen Âge, les termes de "Bretagne" et "Bretons" sont fréquemment utilisés dans les textes pour désigner les peuples originaires du pays de Galles et de Cornouailles ("Cornwall") venus s'installer dans la péninsule armoricaine. Le concept de "Nation bretonne" est en revanche plus tardif dans les sources puisqu'il apparaît seulement à la fin du Moyen Âge.

Le concept de Nation n'a pas le même sens dans l'Antiquité qu'au XIXe siècle. Chez Cicéron ; le terme " natio " est utilisé aussi pour désigner une " peuplade ", un " peuple " ou une " partie d'un peuple ", cristallisés autour d'un sentiment d'appartenance (1).
Au Moyen Âge, il en conserve le sens et s'applique aussi à toutes sortes de groupements, les associations entre maître et élèves dans le cadre de l'université en particulier.
Depuis le XIXe siècle, le concept de Nation s'applique à un État organisé. C'est au XIXe siècle en effet que se posent les questions des nationalités et que se constituent des États comme l'Allemagne ou l'Italie.
La comparaison du territoire " des Gaules " et de la " Bretagne " (la Bretagne insulaire) dans l'Antiquité est riche d'enseignements (2). L'idée d'une " Gaule " unifiée n'a pas de sens, même au moment de la conquête du territoire " des Gaules " au Ier siècle avant J.-C. Les seul moments où auraient pu exister un semblant de sentiment d'appartenance est la bataille d'Alésia en 52 avant J.-C. mais il faut tenir compte également des défections de certains peuples gaulois et des renforts tardifs apportés lors de cette bataille. Jules César lui-même parle de la " Guerre des Gaules " et non " de la Gaule ". L'appellation de " Gaulois " relève aussi des catégories mentales des Romains.

De la même façon la " Bretagne " de l'Antiquité est d'abord un territoire de l'administration romaine, une province romaine qui désigne la Bretagne insulaire (la Grande-Bretagne actuelle à l'exclusion de l'Écosse, soit le territoire au sud du mur d'Hadrien). Les troupes qui sont passées en Armorique étaient des troupes régulières qui pouvaient être d'origines ethniques très différentes et pas forcément d'origine insulaire. Les troupes de Maxime par exemple sont passées sur le continent mais il n'est nullement avéré qu'elles soient passées par la péninsule armoricaine (3). La recherche récente sur le Tractus Armoricanus souligne qu'il n'est plus possible de démontrer avec certitude la présence de troupes romaines au point que Patrick Galliou, – qui avait été pourtant initialement un ardent défenseur de cette vague de migration – la relègue désormais au rang "mythe" historiographique (4).

L'enseignement de l'historiographie des peuples barbares (5) enfin, enseigne que ces peuples n'ont pas pu se constituer avant le démantèlement de l'empire, soit avec ou en opposition de la civilisation romaine. Les peuples de Bretagne insulaire, de Cornouailles et du Pays de Galles qui ont débarqué en Armorique à la fin de l'Antiquité partageaient la même origine géographique. Le sentiment d'appartenance de ces peuples valait probablement d'abord pour les clans auxquels ils appartenaient en Bretagne insulaire (ceux du Pays de Galles actuels ou de Cornouailles/Cornwall : les "Damnonii" et les "Cornovii") à l'image des différents peuples gaulois qui de l'Antiquité (les Osismes, les Coriosolites, les Vénètes, pour reprendre les peuples gaulois qui étaient situés à l'extrémité occidentale de la péninsule …). Il se renforce ensuite progressivement après l'installation de ces communautés exogène sur le continent, soit après le démantèlement et tout au long du haut Moyen Âge en lien avec la constitution des royaumes francs. Les recherches sur la langue bretonne soulignent désormais une différenciation tardive au sein des langues d'origine brittonique (6). L'Histoire commune des Bretons a été souvent réécrite a posteriori, avec des historiens comme Geoffroy de Monmouth au XIIe siècle. C'est le cas de Conan Mériadec rapporté à l'Histoire de Bretagne très tardivement (7). Pour le haut Moyen Âge, il est préférable alors de parler de " Bretons " dans la mesure où se développent progressivement un sentiment d'appartenance commune, de " Bretagne " pour désigner le territoire où vivent les Bretons (8). Grégoire de Tours, évêque de Tours († 595) est parmi les premiers à désigner la Bretagne ("Brittania") comme entité territoriale à part entière dans ses Dix livres d'histoires (ou Histoire des Francs), composés dans le dernier tiers du VIe siècle. Le cadre géographique qu'il décrit était réduit aux seules marches orientales de la péninsule, celles que Frédégaire décrit comme les marches bretonnes ("Brittanorum limes") autour de la Vilaine et de l'Oust, vers 600. La Bretagne était, pour lui, un territoire étranger qui échappait à son autorité de métropolitain ou chef religieux, à la tête de sa circonscription religieuse. Il donnait à voir le territoire de la Bretagne en négatif, composé des royaumes de Domnonée, Cornouaille et Broërec ou Bro Waroch dans le Vannetais, de formation récente (vers 577). L'historien byzantin Procope de Césarée, au milieu du VIe siècle, en fait un territoire correspondant aux littoraux des cités des Coriosolites et des Osismes, bordier de la Manche et de l'océan Atlantique, en lien étroit avec les migrations insulaires. Il ne nomme pas cet espace mais précise qu'il est en face de l'île de "Brittia" [la Bretagne insulaire]. À la même époque, le poète Venance Fortunat († 600) et le chroniqueur Marius d'Avenches († 593) appellent "Brittani" (Britones), les Bretons, les migrants qui se sont installé des communautés de peuplement d'origine bretonne, le long du littoral armoricain. La Cosmographie de Ravennate, compilation en latin du IXe siècle, donne " la Bretagne des marais ", " près de la Gaule Belgique ", par opposition à " la Bretagne qui est une île dans l'Océan ". Les annales de Saint-Bertin vers 884 introduisent la notion de Britannia minor ou " petite Bretagne ". La terminologie de la vie de Samson d'époque carolingienne, opposant " Bretons " et " Romains ", reprend, quant à elle, la définition ancienne de la colonisation légale de l'Armorique par les Bretons.

L'idée de Nation, au sens d'institutions centrales et unifiées est-elle dès lors applicable à la Bretagne ? Oui, si on ne l'envisage pas forcément sous les traits d'une Nation jacobine.
Le terme de " Nation bretonne " pour désigner " désigner le duché de Bretagne et son peuple " (9) apparaît dans les sources historiques aux XIVe et XVe siècles, sous la forme "nation de Bretaigne". Cela ne veut pas dire qu'elle n'existait pas avant, on l'a vu. La Chronique de Bertrand Duguesclin, à la fin du XIVe siècle débute ainsi "Ici commence le roman a Bertrand Duguesclin jadis connétable et né de la nation de Bretaigne" . À la fin du XVe siècle, la duchesse Anne de Bretagne commande à Pierre Le Baud de rédiger un texte " pour exalter toute la nation de Bretaigne " pour une nouvelle édition de l'Histoire de Bretagne. La duchesse enfin, emblématique de l'Histoire de Bretagne en deviendra rapidement un symbole, non une allégorie.

Notes

(1) " Il disait souvent que ce qui faisait la supériorité du gouvernement de Rome sur celui des autres nations, c'est que celles-ci n'avaient reçu pour la plupart leurs institutions et leurs lois ", Cicéron, Traité de la République, Livre second, I. Plus largement, dans le monde gréco-romain, le terme de " nations " désignent des peuplades barbares ou païennes puis judéo-chrétiennes (nationes, ethnê), extérieures au monde gréco-romain puis judéo-chrétien, soit une opposition entre " nations " et " cités-État " gréco-romaines.

(2) Bruneaux, Jean-Louis, " Nos ancêtres les gaulois… ", L'Histoire,‎ décembre 2007 (lire en ligne).

(3) " Il est exact que Maxime est passé en 383 de Grande-Bretagne sur le continent avec des troupes venues de l'île pour provoquer puis renverser l'empereur Gratien. Il n'a probablement pas débarqué dans la péninsule ", p. 32, Tourault, Jean-Louis, Les rois de Bretagne IVe-Xe siècles, éd. Perrin,Paris, 2005, p. 32.

(4) Galliou Patrick, Simon Jean-Michel, Le castellum de Brest et la défense de la péninsule armoricaine au cours de l'Antiquité tardive, dans Archéologie et Culture, PUR, Rennes, 2015, 224 p. ; " l'installation, dans l'Ouest de la Gaule, des soldats de Maxime (...) relève (...) du pur récit mythique. De façon générale, rien en permet donc aujourd'hui de prouver l'arrivée des Bretons dans l'Ouest de la Gaule avant la fin du Ve siècle". ; p. 63 ; idem " l'existence d'une première migration [militaire] bretonne qu'il faut désormais classer au rang des mythes" p. 186. Se reporter aussi aux pages 162-169 où est posée la question de la présence de groupes allogènes dans la péninsule aux regard des dernières données de l'archéologie. J-Y Eveillard interroge aussi l'origine et les noms des différents corps de troupes qui stationnaient dans le "Tractus Armoricanus" (la ligne de défense militaire littorale de la péninsule armoricaine, liée à un système transmanche de défense) : aucun corps n'était originaire de Bretagne insulaire ", EVEILLARD, Jean-Yves, L'Armorique romaine, Aremorica Antiqua, éd. Skol Vreizh, 2013, Morlaix, "La Notice des Dignités", texte 17, p.104/110. "Le plus ancien témoignage écrit sur ces apports de population d'outre-Manche date des environ de 511 [texte n°27 : Lettre des évêques Licinius, Melanius et Eustochius aux prêtres Lovocatus et Catihernus] (...) ", id., p.157.

(5) Les Bretons n'étaient pas des "barbares" (le terme de "barbare" s'appliquait à ceux qui n'appartenaient pas à la sphère culturelle gréco-romaine) puisqu'ils relevaient de l'Empire romain. Les Bretons étaient déjà christianisés avant leur arrivée sur le continent. La langue des Bretons était d'origine brittonique. Les élites religieuses parlaient "latin". La migration de peuplement des Bretons en Armorique de la fin de l'Antiquité est plutôt une migration de peuplement interne de l'empire romain, étroitement liée aux migrations externes des mouvements de population dits "barbares". Cette migration s'est étalée progressivement tout au long du haut Moyen Âge dans la péninsule. Le renouvellement de l'historiographie sur la genèse des peuples barbares peut ainsi mieux aider à comprendre la migration des Bretons en Armorique à la même époque.

(6) Comme l'a relevé M. Coumert, l'apparition des dialectes au sein de la langue brittonique s'opère à partir du IXe siècle – Cf. " Tableau 2 : L'histoire des langues brittoniques selon les données récentes ; vieux breton : IXe siècle ", Coumert Magali, " Des lois bretonnes du haut Moyen Âge ? Les Extraits des livres des Romains et des Francs ", dans Britannia Monastica, n° 17, p. 113.

(7) La famille des Rohan prétendait par exemple descendre de Conan Mériadec, cela justifiait " une lignée royale bretonne antérieure à celle des Mérovingiens, des Carolingiens et, à plus forte raison, des Capétiens ", Tourault, Jean-Louis, Les rois de Bretagne IVe-Xe siècles, éd. Perrin, Paris, 2005, p. 27.

(8) Une argumentation plus fine est précisée dans la première partie de l'ouvrage : Gendry, Mickael, De l'Armorique à la Bretagne. Les Bretons et l'Armorique au haut Moyen Âge, Paris, 2016, 410 p. ; (voir le site)

(9) " On parlait déjà de nation bretonne 400 ans avant la Révolution ", enquête par Philippe Argouarch (Agence Bretagne Presse), 2 oct. 2014 (voir ABP 35280).

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Auteur de l'article :

GENDRY Mickael

Auteur Mickael Gendry est professeur d’histoire de l’enseignement secondaire, spécialisé dans l’étude du fait religieux : de l’architecture (L’Eglise, un héritage de Rome. Méthode et principes de l’architecture chrétienne, Harmattan, 2009), des minihis et évêchés bretons au haut Moyen Age (des publications universitaires sur les origines de l’évêché d’Alet/Saint-Malo, les minihis et les troménies, un essai historique : De l’Armorique à la Bretagne, 2016). Sa passion de l'histoire de Bretagne est liée aux travaux de recherche réalisés sous la direction d'André Chedeville et Bernard Merdrignac, grands spécialistes de la Bretagne au Moyen Age qui ont marqué l'historiographie sur le sujet. Il est aussi auteur d’un ouvrage sur le patrimoine de Quintin, une des 22 cités de caractère de Bretagne (Quintin, genèse et développement d’un bourg castral, 2012). Bibliographie - L’Eglise, un héritage de Rome, Essai sur les principes et méthodes de l’architecture chrétienne, Religions et Spiritualité, collection : Beaux-Arts, Architecture, Religion, Editions Harmattan 2009, 267 p. - « Les minihis en Bretagne, des territoires monastiques sacralisés ? », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Presses Universitaires de Rennes, tome 117, juin 2010, numéro 2, p. 25-55. Publication dans le cadre d’un Master 2 Recherche, Rennes 2, 2009. - L’immunité du « monastère de Saint-Méen et de l’île de Malo », à l’origine de la création de l’évêché d’Alet, Dossiers du Centre de Recherche et d’Archéologie d’Alet, volume 38-2010, p. 63-86. - Quintin. Genèse et développement d'un bourg castral, éd. Edilivre, 2012, 185 p. - De l’Armorique à la Bretagne. Les Bretons et l’Armorique au haut Moyen Age, 2016, 410 p.

Vos commentaires :

spered dieub
Jeudi 16 mars 2017

Pourtant un des spécialistes de l'époque ,sur les traces de Fleuriot, à savoir Jean Claude Even accorde une place primordiale à la première migration militaire de part l'installation sur l'actuel Tregor de légions appartenant aux troupes de Maxime qui lui aurait débarqué en baie de Somme .Bref je ne sais plus trop quoi penser .

jorj-tg
Jeudi 16 mars 2017

Concernant la première migration Bretonne, la migration militaire, il faut lire 'La naissance des nations brittoniques' et 'l'origine géographique des Bretons Armoricains' de A J Raude.

Pour résumer : les légions brito-romaines constituées de cornovi et dumnoni de la région de Brittia entre le mur d’Hadrien et d'Antonin (sud de l’Écosse actuel) botte le cul aux scots et pictes vers l'an 400 et ce jusqu'en Armorique, d’où dumnoni et cornovi en Armorique, d’où Breizh évolution étymologique de Brittia.

Mickael Gendry
Jeudi 16 mars 2017

Les données de l'archéologie récente mettent en cause l'idée d'une migration militaire.

Depuis L. Fleuriot, le modèle, faisant de l’appel à des contingents barbares, dont bretons, l’essentiel des troupes qui assuraient la ligne de défense, était largement accepté. Il a été invalidé par la recherche récente, à la fois par M. Coumert, qui revient sur l’idée de constitution des Bretons comme groupe ethnique spécifique barbare avant la fin de l’Antiquité, et par P. Galliou, au sujet du castellum de Brest, dont les conclusions inclinent désormais à penser que l’installation de nouvelles garnisons à la fin du IVe siècle, peut-être complétée par celle de « communautés militarisées » (11), n’était pas le fait de Bretons mais de groupes autochtones. C’était aussi le cas du Yaudet et d’Alet, sur la même ligne de défense (12).

(11) « Les ponctions qu’opérèrent ces différents usurpateurs sur les troupes de campagne et des frontières firent peser sur ces forteresses exposées une charge nouvelle, partiellement compensée à la fin du IVe siècle, par l’installation de nouvelles garnisons, et, comme on l’a longtemps cru, par un réseau intermédiaire de communautés militarisées, que l’on a voulu identifier aux premiers migrants », id. Le castellum de Brest, p. 9.

(12) GENDRY Mickael, De l'Armorique à la Bretagne, cf. première partie sur le questionnement de la présence bretonne dans la péninsule armoricaine à la fin de l'Antiquité, également analyses sur Nennius, Geoffroy de Monmouth

jorj-tg
Jeudi 16 mars 2017

Que les Armoricains se soient organisés cela me semble évident, ils n’étaient pas plus bêtes que les autres, maintenant je voudrai que l'on me prouve qu'il n'y a pas eut de légions de Brittia en Armorique vers l'an 400, si l'on trouve un bout de casque romain comment prouver qu'il provient d'Armorique ou de Britania puisque les deux utilisaient j'imagine grosso-modo le même armement ainsi que les mêmes symboles etc.

Les légions Britto-romaines ont très bien pu prêter main forte aux armoricains puisque de même culture langue religion, si les romains déplaçaient des légions et des populations entière pourquoi pas ici?

Je vais des demain me procurer ce livre de P Galliou.

Jacques
Vendredi 17 mars 2017

De même, je suis mal à l'aise avec votre présentation de la nation et par vos démonstrations.

Il est un fait, nos historiens Bretons ont un problème a évoquer l'histoire de la Bretagne et souvent vont couper les cheveux en 4 pour en tirer des conclusions à chaque fois "radicales" là où pour toutes les autres nations l'histoire est présentée de manière plus posée.

Je viens d'assister une conférence où tous simplement, la Chrétienté celtique et les Saints-bretons étaient mis en doute (comme ayant jamais existé), par l'usage de documents écris (souvent d'origine franque), comme si tout un pan de notre héritage était une "invention"... à une époque où l'humanité s'émerveille de la transmission orale des Aborigènes sur une période au moins 20 fois plus longue.

Pour avoir posé la question de mon étonnement, la personne m'a répondu que les historiens bretons du 19ème siècle avaient prétendu que la Bretagne et les Bretons avaient "tout inventé et étaient les meilleurs" (je n'ai pas bien compris ce à quoi ferait référence cette personne) et qu'on reviendrait "enfin" à une "normale".... affirmation surprenante pour ne pas y voir une démarche plus idéologique qu'historique.

Pour revenir à la "nation" ne devriez vous pas déjà commencer par donner clairement les 2 définitions actuelles qui s'opposent :

La NATION HISTORIQUE, que l'on appelle aussi "charnelle", résultante d'une identification d'un groupe humain autour d'une identité mais AUSSI de l’identification de ce groupe humain dans cette même définition par LES AUTRES groupes humains.

La NATION ISSU d'un L'ETAT-NATION, donc issu d'un ETAT (organisation administrative) et IMPOSEE aux peuples souvent pour s'OPPOSER (généralement militairement) aux autres groupes humains.

Donc, deux approches totalement opposées pour un même mot : L'Europe et le monde est favorable à la première, la France et la République défendant la deuxième...!

Il est une évidence que la majorité des nations européennes qui aujourd'hui ne suscitent nullement de procès en légitimité n'existaient pas à l'époque romaine. Mais Gaulois (aujourd'hui disparu) et Bretons étaient parfaitement identifié, non seulement par eux-même mais encore plus par les autres nations et peuples de l'époque...!

Vous remarquerez qu'au niveau de l'Europe, les noms des différentes populations bretonnes, dont vous prétendez qu'ils n'avaient pas de "sentiment d'appartenance", n'ont pas survécu alors le terme "breton" (Britain, Bretagne, Great-Britain, Brittany, Briton, British... tous issu de la même identification d'un même groupe humain) a largement survécu...! On parle aujourd'hui de "Brexit"...!

Phénomène inverse des "germaniques", ou le nom global n'a jamais peu être déterminé et ou les noms des différents groupes ont survécus souvent pour qualifier maladroitement des nations modernes.

Étrangement, un reportage Européen "ARTE" ou "RMC" évoquait que la Gaule et la Bretagne (l'île) furent envahis car disposant d'une civilisation avancée qui disposait de villes et de routes qui ont permis les mouvements des légions romains, alors que la "Germanie" ne fut pas envahie faute de ces infrastructures.

A rapprocher certainement du débat sur le "sentiments d'appartenance" entre les peuples de ces 2 exemples?

Je remarque que vous évoquez "Alésia"... sauf que pour les Bretons que nous sommes il faudrait plutôt évoquer la "Révolte de la reine Boudicca" (année 60-61) qui souleva l'ensemble des Bretons dans une révolte d'une violence telle face un Empire Romain au sommet de sa puissance qu'aujourd'hui cela impressionne encore...!

Et on est en droit de s'étonner qu'une population en ligne direct est ignorante d'un personnage historique connu partout ailleurs en Europe... surtout quand on sait que cette population est l'une des très rares dont les enfants ne reçoivent aucun enseignent de leur histoire!

Tout comme on apprend la partition de l'Empire Romain entre Rome et Constantinople, et que nous ignorons collectivement l’existence de l'Empire Romain Breton de Trêve (4 ème siècle)... Ce qui a du surprendre les Bretons qui ont regarder samedi "L'histoire de l'Europe" sur ARTE en découvrant une carte présentant clairement ce fait. Tout comme les Bretons ont pu être surpris de voir durant 4 heures d'émission des cartes d'Europe s’étalant sur plus de 1000 ans où la Bretagne continentale était clairement présentée comme indépendante de l'Empire Franc puis de la France...!

Sans même évoquer l'affirmation dans cette émission de la part majeure de l'identité celte et germanique comme un apport majeur à l'Europe moderne en plus de la culture grecque et romaine (les Bretons étant là aussi largement évoqué par les images présentées).

Si nous continuons ainsi, nous arriverons à 2 histoires de Bretagne et des Bretons : Celle vu par les Bretons continentaux et celle vue par les Européens...!

Les Bretons continentaux se voyant comme des "non existants" quand les Européens nous verrons comme un élément majeur dans l'histoire de l'Europe.

Et pour conclure le débat de "nation"....!

Si je vous dis les "Viking" :

Est-ce une nation?

Avaient-ils un sentiment d'appartenance?

Il y a 2 choses de sûres :

il y a plusieurs nations modernes qui établissent clairement leur origine chez ces populations!

Et peu importe comment les Vikings se voyaient entre eux, l'immense majorité des Européens savent parfaitement associer une identité claire et similaire quand à l'évocation du mot "Viking" et rapprocher leur identité de ces pays modernes!

Je me dis parfois, qu'il n'est pas loin le temps ou les Bretons continentaux expliquerons aux Européens que les Bretons n'ont jamais existé....!

PS : un "Barbare" n'est en rien une personne ne parlant pas latin, mais une personne n'étant pas citoyen romain... Dans l'empire, tous les citoyens romains ne parlaient pas latin même si c'était la langue d'échange comme l'anglais aujourd'hui! A la fin de l'Empire, les Bretons qui parlaient majoritairement Breton (brittonique) étaient clairement citoyens romains!

Désolé pour la remarque, mais c'est fondamental!

Jean-Claude EVEN
Vendredi 17 mars 2017

La découverte du lieu de débarquement de Maxime remonte déjà à plus de vingt ans : Saint-Valery sur Somme / Leuconos.

Himbaldus : Château Hubault, Vieux-Rouen sur Bresle.

cf : Jean-Claude EVEN : Genèse de la Bretagne armoricaine. 1999. Copyright. Disponible sur Internet.

Reun Allain
Vendredi 17 mars 2017

@Mickael Gendry. Surprenante révision de l'idée de migration d'origine militaire. Sur quelle base archéologique peut-on la nier ? Ce peut être un hypothèse contre une autre mais de là à affirmer que ce serait une vérité historique désormais définitive ...

Heureusement que la disparition de Léon Fleuriot n'a pas mis fin aux recherches sur cette fin de l'empire romain mais le Tractus Armoricanus n'est quand même pas un mythe et attribuer la seule défense des côtes continentales de l'embouchure du Rhin à la Gironde aux seuls autochtones (c'est à dire sans l'aide des Bretons insulaires d'origine) est assez osé.

Léon Fleuriot consacre dans les pages 100 à 109 de "Les origines de la Bretagne" une étude des toponymes marquant les traces des présences bretonnes hors péninsule. Je suppose qu'il s'agit bien de marques d'implantations légions britto-romaines.

Reun Allain
Samedi 18 mars 2017

@Mickael Gendry. Je repose ma question différemment, de quelles données archéologiques dispose t-on pour remettre en question une migration de type militaire ? La toponymie selon les études de Léon Fleuriot semblant établir ces implantation hors péninsule (actuelle Normandie jusqu'à l'embouchure du Rhin) , il faudrait expliquer pourquoi les côtes de la péninsule, devenue Britannia minor ultérieurement n'auraient pas été défendues aussi par des légions britto-romaines et seulement pas les autochtones.

GENDRY Mickael
Lundi 20 mars 2017

Le sujet passionne. J'ai ouvert les commentaires alors qu'il était possible d'en restreindre l'accès. Je ne pourrai répondre à toutes les questions dans le cadre de cet article . Voici quelques éléments de réponse :

- Sur l'archéologie et la migration militaire :

Des publications récentes d’archéologues ont été réalisées sur les principales fortifications de la ligne de défense du Tractus Armoricanus à la fin de l’Antiquité. Les auteurs sont ceux qui ont réalisé les fouilles.

Brest : l’ouvrage sur le Castellum de Brest offre un nouveau regard sur la ligne de défense

- Le Yaudet en Ploulec'h : les fouilles archéologiques du Yaudet en Ploulec'h (Côtes-d'Armor), menées de 1991 à 2002 :Le Yaudet en Ploulec’h, Côtes-d’Armor, Archéologie d’une agglomération (IIe siècle av. J.-C.-XXe siècle apr. J.-C.), PUR, Rennes, 2015, 232 p.

- Alet : Cf. l’ensemble des travaux de Loïc Langouët, publications des Dossiers du Centre régional archéologique d’Alet.

Enfin , signalons à nouveau que dans la Notice des Dignités, un document de l'administration romaine, aucune référence à la présence de contingent d'origine insulaire est signalé.

- Sur la notion de "barbare. "La définition ne se réduit pas à la possession de la citoyenneté romaine. Cf. point 5.

- Sur la migration de peuplement. Cf. "De l'Armorique à la Bretagne. Les Bretons et l'Armorique au haut Moyen Age"

GENDRY Mickael
Lundi 20 mars 2017

J-Y Eveillard sur l’origine et les noms des différents corps de troupes stationnés à la fin de l'Antiquité dans la péninsule armoricaine précise : « Les Mauri stationnés chez les Venètes et chez les Osismes seraient d’anciens limitanei, c’est-à-dire des soldats maures recrutés pour la défense du limes d’Afrique transférés ensuite en Armorique. Louis Pape suggère que le nom de l’ethnique qui leur est accolé s’expliquerait par un recrutement devenu local, ce qui pourrait confirmer la forme gauloise en -acum (Osismiaci). Le parcours des Martenses est mieux connu : ils sont issus de la division en 368-369 de la légion pseudocomitatensis des Martenses, l’autre partie de cette unité occupant le fort d’Altrip (Alta Ripa), entre Mannheim et Spire sur le Rhin. (…). Les Superuentores Iuniores de Mannatias-Nantes venaient vraisemblablement de la partie orientale de l’Empire, consécutivement à la restructuration de l’armée en 364. Il faut ajouter à tous les Lètes francs stationnés chez les Redonnes à Rennes », EVEILLARD, Jean-Yves, L'Armorique romaine, Aremorica Antiqua, éd. Skol Vreizh, 2013, Morlaix, "La Notice des Dignités", texte 17, p.110.

Jacques
Lundi 20 mars 2017

L'objet de l'article est la "nation"!

J'ai l'impression qu'on s'éloigne comme si l'objet officiel était second.

Aligner des références à l'infini sans autre commentaire est très éloigné d'un débat correspondant à un article pour ABP et n'apporte rien (on ne va pas lire 10 livres pour se faire une idée de l'objectivité d'un interlocuteur).

En cela c'est le travail des universités, dont le travail en Bretagne est plus que discutable en comparaison avec la pratique des autres universités en Europe et dans le monde.

Le fait de bien connaître l'histoire de Bretagne n'exclue en rien une analyse orienté. Malheureusement, les exemples de ce genre chez les historiens Bretons sont courantes, à l'exemple de Cornette dont la connaissance n'a d'égale que sa fascination pour le vainqueur.

On peut également évoquer l'incapacité des historiens bretons d'évoquer l'histoire des institutions bretonnes.

Une chose est sûre, les gens passionnées non orientés sont souvent pédagogues et n'évoquent pas la possibilité de refuser un débat ou d'interdire des commentaires. Surtout en matière d'histoire où personne ne peut se prétendre détenir une vérité et où la modestie doit être une valeur première.

Alors essayons de revenir au sujet : la nation!

Qu'elle est donc la conclusion ou les axes de réflexion?

Comment expliquez-vous que la partie occidentale de l'Armorique porte le nom de "Bretagne" dès le 5/6ème siècle (ce qu'elle n'avait pas avant, bien que les Britanniques semblent rattacher la population de l'époque plus aux Bretons qu'aux Gaulois) alors que dans cette même période les Bretons insulaires ont perdus l’appellation pour le terme de "Gallois" (même si le terme "Briton / Breton", reste aujourd'hui d'actualité quand ils veulent se référer spécifiquement à l'origine nationale) et qu'à l'inverse ce terme "Breton" est resté premier chez les populations continentales ayant résisté aux invasions et conservées leur indépendance.

Étrange, mais je ne connais pas beaucoup de peuples qui change de nom pour celui d'un autre...! (Surtout si cet autre est dépourvu de sentiment d'appartenance)

Imagine -t-on les Espagnols se qualifier d'Italiens où les Suédois se qualifier d'Allemands?

Et l'appellation d'un peuple et d'un pays reste la dimension première d'un sentiment d'appartenance, que ce soit directement chez la population concernée ou chez les populations exogènes pour la décrire! (La démarche des exogènes possiblement la plus pertinent des deux, contrairement aux idées reçues).

Une chose est sûre cela devient lassant de voir nos historiens très affirmatifs, surtout dans l'axe qui peut être perçu comme minimisant l'histoire des Bretons, alors qu'en parallèle nos enfants sont les seuls en Europe à n'avoir pas accès à leur histoire (ce qui suscite peu de débat en Bretagne et pas plus chez nos historiens) et qu'il est aisé de faire le constat que les documentaires historiques réalisés par les Européens ou les Américains présentent notre histoire de manière souvent bien plus valorisante que ce que l'on peut avoir directement en Bretagne.

Il serait grave que les Bretons continentaux en soient réduit à se retourner vers les autres nations pour avoir une vision objective de leur histoire ou tout simplement pour avoir la connaissance de leur histoire.

GENDRY Mickael
Mercredi 22 mars 2017

Monsieur,

Je souligne seulement deux choses dans l'article . Les mots " Bretons " et " Bretagne " apparaissent dans les sources au VIe siècle. Le mot "Nation bretonne " apparaît de son côté plus tardivement dans les sources (je le précise bien à nouveau) . Si vous lisez plus attentivement vous verrez que je ne dis pas que l'idée de Nation est apparue à la fin du Moyen Age.

Mes salutations.

GENDRY Mickael
Mercredi 22 mars 2017

Monsieur,

Je souligne seulement deux choses importantes dans l'article . Les mots " Bretons " et " Bretagne " apparaissent au VIe siècle dans les sources continentales pour désigner l’espace et les habitants de la péninsule qui s’y rattachent. Le mot "Nation bretonne " apparaît tardivement dans les sources historiques (et je le précise bien à nouveau je fais référence ici aux sources dont on dispose) . Si vous lisez plus attentivement vous verrez que je ne dis pas que l'idée de « Nation » est apparue à la fin du Moyen Age.

Enseignant enfin , je tiens autant à cœur que vous de parler de l’Histoire de Bretagne, dans le respect et avec du recul.

Mes salutations.

spered dieub
Mercredi 22 mars 2017

A mon avis Cornette est un bon généraliste de l'histoire de Bretagne ,pas un spécialiste d'une période particulière .Je trouve qu'il est objectif ,mais on sent qu'il ne veut pas se fâcher avec personne sur un sujet souvent à l'épreuve des passions plus que de la raison,histoire et politique ne faisant pas bon ménage .Et ce n'est pas d'aujourd'hui ,pour preuve également d'un point de vue français qui n'est pas objectif non plus consultez le traité de mouvance de la Bretagne .

Revenons au sujet cette histoire de migration militaire mériterait un grand débat ,par exemple entre vous Gendry et Jean Claude Even ,dans le cas contraire beaucoup de passionnés comme moi ne vont plus voir que du brouillard sur cette période .

yanneutch
Jeudi 23 mars 2017

Juste en passant, Liber Landavensis :

"Et propter aliam causam eo quod ipse Guidnerth et Brittones & archiepiscopus illius terræ essent unius linguæ et unius nationis quamuis diuiderentur spatio terrarum. & tanto melius poterat renuntiare scelus suum. & indulgentiam requirere cognito suo sermone."

unius linguae et unius nationis = Guidnerth le "Gallois" est envoyé à Dol faire pénitence "de même langue et de même nation"

Gendry Mickael
Jeudi 23 mars 2017

Cette source va dans le sens de ce que j'indique dans l'article, l'idée d'une Nation bretonne en construction dans la péninsule au moment du démantèlement de l'empire romain, à la fin de l'Antiquité. Guidnerth serait un prince gallois du IXe siècle mentionné dans le « livre de Llandaf » du XIIe siècle (« Guidnerth lui-même et les Bretons et l’archevêque de cette terre étaient de la même langue et de la même nation, bien qu’ils fussent séparés par la distance »). L'idée de Nation comme sentiment d'appartenance et de même origine s'est construit progressivement de la fin de l'Antiquité à l'An Mil. La référence à "la Nation bretonne" des XIV e et XVe siècles est celle associée au duché (Cf. voir (voir ABP 35280)).

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