On parlait déjà de nation bretonne 400 ans avant la Révolution

L'histoire de Bretaigne, des roys, ducs, comtes et princes d'Icelle, depuis . (1588)  Numérisé par google.
L'histoire de Bretaigne, des roys, ducs, comtes et princes d'Icelle, depuis . (1588) Numérisé par google.
Contrairement à ce qu'affirment nos historiens, au service de la République, qui déclarent que le concept de nation n'existait pas avant la Révolution, c'est-à-dire qu'il n'existait pas de nations avant la Révolution française, il y a de nombreuses traces de l'utilisation du mot "nation" pour désigner le duché de Bretagne et son peuple et ceci des siècles avant ladite révolution (1).

La Chronique de Bertrand Duguesclin, écrite probablement par le trouvère Cuvellier, en 1380, débute par "Ici commence le roman a Bertrand Duguesclin jadis connétable de France et né de la nation de Bretaigne" (voir le site) . (Cy commence le rommant a Bertrand du Guesclin jadis connestable de France, et nez de la nation de Bretaigne, et nombré ou nombre des preux.) On est 409 années avant le révolution.

Le Journal du siège d'Orléans, publié en 1576, mais basé sur un parchemin de 1428, année du siège, parle d' "un vaillant gentilhomme dès lors bien renommé, appellé Thudual de Carmoisen , dit le Bourgoys, de la nation de Bretaigne"

Quand la duchesse Anne commande une nouvelle édition de l'Histoire de Bretagne à Pierre Le Baud, elle lui demande d'écrire un texte "pour exalter toute la nation de Bretaigne". La phrase se retrouve dans la chronique de Le Baud mais a certainement été prononcée par la duchesse. On est en 1498, 300 ans avant le révolution. La phrase est citée dans Nantes en Bretagne de Dominique Le Page qui vient de paraitre aux éditions Skol Vreizh.

Un autre historien breton, Bertrand d'Argentré, écrit en 1580, dans l'introduction de son Histoire de Bretagne qui sera interdite par Henry III, "la nation de Bretaigne n'a reçu aucune alteration de seigneurie" et plus loin "il s'ensuit qu'étant la même nation et la même langue" (2) et encore plus loin au livre VIII: "en 1388, parmi les autres de la nation de Bretaigne qui faisoient la guerre en Guyenne".

(1) Le terme de "nation" vient du latin nacio (naissance). Il a toujours défini un groupe humain particulier même si il y a eu quelques autres sens plus ou moins imagés comme dans les universités à la fin du Moyen Âge. La preuve ? Pour Cicéron, le mot nacio veut dire peuple ou peuplade. (voir wikipédia). Aujourd'hui le mot nation a pris une connotation politique car le sens a glissé de "peuple" vers "état" , sous l'influence des abus sémantiques de la révolution française que nous avons déjà dénoncés sur ABP (voir la confusion voulue en français entre nationalité et citoyenneté). Sous l'influence des jacobins la nation devient l'ensemble des citoyens administrés. C 'est une nation politique. A un certain moment les Italiens du nord et les Allemands du Palatinat faisaient partie de la nation Française. Sans doute aussi, sous l'influence de la création des "Nations Unies" en 1945 (et avant elle la Société des Nations), une organisation qui ne pouvait pas s'intituler "Etats-Unis", ce qu'elle est vraiment, puisque le nom était déjà pris. Il reste que tout le monde politique reconnait qu'il y a des "nations sans État", ce qui veut aussi dire que le sens premier du terme n'a pas disparu puisqu'une nation peut exister sans être constitué en état.

(2) In Bertrand d'argentré, (voir le site) du livre premier, version numérisée par google

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Auteur de l'article :

Philippe Argouarch

Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003

Vos commentaires :

Lucien Le Mahre
Jeudi 2 octobre 2014

Les Bretons étaient même connus collectivement sous l'appellation explicite de "Nation réputée étrangère" jusqu'à 1789, la Révolution, l'abolition des "provinces" et pour les 13 qui en possédaient (dont la Bretagne bien sûr) : de leur Parlement...

Mikael
Jeudi 2 octobre 2014

Je crois que les Grecs de l'antiquité parlaient déjà de "nation"

C'est dire si la révolution n'a rien inventé là ! La révolution est une monstruosité idéologique.

Au demeurant, construit-on quelque chose de beau sur des bases pourries (les massacres génocidaires de Vendée, de Nantes, de Lyon, les "septembriseurs", la Terreur, etc, etc...) ?

Quant la vérité historique ressortira, il aura bonne mine Michelet.

Yann LeBleiz
Jeudi 2 octobre 2014

Intéressant!

Preuve une fois de plus de l'hypocrisie française, ou de moins de l'Etat français.

C'est comme l'emploi du terme "Nationale" jugé inacceptable, sauf par le besoin particulier de l'Etat : Police Nationale, Marine Nationale, Assemblée Nationale, Gendarmerie Nationale, etc.

Comme si la répétition excessive de ce mots avait surtout pour objectif de convaincre d'une supercherie.

Hier encore, j'écoutais un journaliste radio qui confondait allégrement le mot citoyenneté et nationalité... Bac moins combien un journaliste français, ou plus sûrement diplôme à bac + combien en hypocrisie?

Le mot "nation" et "nationalité" doit retrouver ses lettres de noblesse!

Pour terminer, un jour le représentant d'un gouvernement européen avec lequel je souhaitais m'entretenir m'a demander fermement de définir le terme "nationaliste" que j'utilisais pour me qualifier, me précisant qu'en Europe ce mot n'avait pas le même sens qu'en France.

Après mon explication, il m'a fait un large sourire et nous avons parler plus d'une heure... sur l'avenir de nos nations respectives et combien amies!

La nation bretonne est l'une des plus anciennes nations d'Europe, car l'une des rares connus avant l'Empire romain (les Britons de l'île de Bretagne) et ayant survécu jusqu'à ce jour. Il n'y a là aucun élément de supériorité, juste une richesse du patrimoine de l'histoire des hommes! Richesse dont nous avons l'héritage et la responsabilité de son avenir!

P. Argouarch
Vendredi 3 octobre 2014

Pour la définition du mot 'nation' qui a suscité des commentaires, non publiés car ne faisant que colporter la théorie officielle, mais fausse, que le sens du mot a complètement changé, voir la note de bas de page que j'ai rajoutée.

Yann Gwern
Vendredi 3 octobre 2014

Il serait bon de préciser ce que l'on entend par "nation": soit le sens traditionnel usité sous la monarchie, soit le sens détourné et totalitaire fabriqué par la révolution. Et malheureusement c'est souvent à ce modèle de nation la que se réfèrent les nationalistes bretons. Il est urgent de se débarasser des concepts imposés par l'occupant, et de. penser autrement la nation bretonne, "la nôtre et la plus ancienne"(Glenmor)

P. Argouarch
Vendredi 3 octobre 2014

@ Louis le Bars : Dans un commentaire non publié vous vous plaignez de la censure sur ABP. Le but de l'ABP n' a jamais été de donner la parole à tous. Tout simplement parce que nous nous battons pas pour la liberté d'expression. Elle existe déjà ! et même bien avant l'internet. N'importe qui peut créer un blog ou un compte Facebook en 5 minutes, alors arrêtez de nous casser les couilles avec la liberté d'expression. ABP est comme une émission de radio ou un JT, ou même un quotidien : on de donne pas la parole à tous, ce sont des choix éditoriaux et en ce qui concerne les commentaires, aussi des choix des rédacteurs qui passent ou ne passent pas les commentaires selon leur propre critères et nos recommandations. Le but le l'ABP a été, et ceci depuis le début en 2003, de donner la parole aux Bretons en tant que communauté distincte. La parole à la société civile, pas forcement a des particuliers. On voulait un média breton qui parle de sujets spécifiquement bretons, et ça en 2003 ça n'existait pas sauf pour l'hebdo Bretagne hebdo et les mensuels ARMOR et le Peuple Breton. Sur internet il n'y avait rien.

Ar Vran
Vendredi 3 octobre 2014

Félicitations pour avoir déterrer cette évidence.

et à priori cela a été possible grâce à internet.

Ce qui n'était pas possible il y a quelques années où nos opposants jacobins affirmaient d'un ton péremptoire que la Bretagne n'était qu'une création virtuelle pensée par des utopistes, qu'en aucun cas ce pays a pu être indépendant, avoir des rois, avoir des langues et des cultures spécifiques, etc... est maintenant possible.

et cela grâce à internet où via la puissance des réseaux, il est devenu facile de vérifier ce que dit tel ou tel personnage politique et donc ensuite de diffuser clairement ses mensonges.

Cela nos élites jacobines ne l'ont pas intégrées, trop scotchées à leur privilège du passé et leur "histoire" remodelée. Elles en sont réduites à faire les sourds, et pousser des cris d'offraie quand on ose réveler leur mensonge.

Il est même trop tard pour elles car maintenant les Bretons ont de plus en plus accès à leur histoire et s'aperçoivent que la France leur ment et que cette république n'est qu'une supercherie

Et ce n'est pas fini; tant mieux!

Ker itron al lann
Vendredi 3 octobre 2014

Excellente mise au point P. Argouarch!!!

Pour ma part, je ne découvre rien, mais c'est mieux quand c'est dit!

Merci ABP, même si je ne partage pas toujours votre orientation.

On aimerait parfois plus de diversité, et de confrontation fraternelle…

mais vous faites un très bon boulot!

Memes tra! Il est étonnant que certains qui monopolisent allègrement les commentaires, et s'estiment "maître ici" se plaignent la bouche encore bien pleine!

Des grands démocrates!!!

Yann Pennbrennig
Mercredi 8 octobre 2014

Cela ne fait que quelques semaines que j'ai découvert ABP, conseillée par des amis. Votre son de cloche, dissonant par rapport au discours unique issu lui même d'une pensée unique fruit d'un lavage de cerveau assuré autant pas l'école que par les médias, me semble très enrichissant. Cependant, le débat contradictoire, source d'avancée de la pensée manque cruellement sur votre site. Je regrette très fortement qu'aucune place ne soit laissée aux contradicteurs. Je trouve regrettable que vous suiviez le modèle des médias officiels et "reconnus" que vous dénoncez pour ne pas diffuser votre point de vue. Je ne trouve pas cela bien courageux. Je conçois tout à fait que votre modérateur filtre et refuse de diffuser les "trolls" et les commentaires à caractère injurieux ou "racistes" ou encore intolérants et insultants. Mais tout le monde y gagnerait à voir se confronter des points de vue de sensibilité différente pourvus qu'ils soient argumentés et intelligemment présentés. En tous cas, moi, pour le moment,je n'y trouve pas mon compte et je ne pense pas que je vais rester bien longtemps à consulter votre site tant qu'il restera fermé au débat. Dommage.

P. Argouarch
Jeudi 9 octobre 2014

@yann @ JL Gassée Le probleme n'est pas là. On encourage le débat. Le problème est avec les commentaires miroirs de la théorie officielle républicaine sur la nation ou la non indépendance du duché . Si on passe ces commentaires , on rentre alors dans le jeu de la propagande officielle qui, elle, a déjà les médias et l'éducation nationale, et là, on devient vraiment comme les autres, complice du système...

frédéric morvan
Jeudi 9 octobre 2014

Sans flatterie, excellent article de Philippe Argouarc'h. En effet, le terme de nation est très utilisée pour désigner le peuple de Bretagne. Dans mes recherches, j'ai découvert plusieurs documents d'archives (lettres de rémission) mentionnant un tel, de la nation de Bretaigne. Voir le dernier tome de ma thèse publié sous le titre la chevalerie de Bretagne au temps de Du Guesclin, édité par l'Institut Culturel de Bretagne et diffusé par Coop Breizh. Pour la politisation de la nation française, il faut se référer aux travaux de Colette Beaune, historienne médiéviste de renom. En effet, cette politisation remonte au Moyen Age et à la guerre de Cent ans. Elle apparaît réellement avec Jeanne d'Arc (voir les superbes pages sur la questions de Jeanne d'Arc de Georges Minois dans son Charles VII).

SPERED DIEUB
Vendredi 10 octobre 2014

une pierre supplémentaire au sujet peut être ?

(voir le site)

Ronan Badouel IB
Jeudi 16 octobre 2014

Voir les yeux éberlués, parmi tant d'autres, de cette parisienne qui s'esbaudissait de la "région" Bretagne à qui j'ai dit que nous étions d'abord une nation et un peuple!! Stupéfaite, je lui ai suggéré amicalement de lire l'Histoire des historiens sérieux et indépendants.

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