-- Nécrologie --

Maurice Chauvet, ancien du commando Kieffer, au paradis des guerriers celtes

Interview de CREDIB (porte parole Hubert Chémereau) publié le 24/05/10 23:31

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Le Breton Maurice Chauvet vient de rejoindre le paradis des guerriers celtes, qui furent si nombreux à lutter pour la liberté contre le monstre nazi. Il était né en 1918 dans la petite commune bretonne du Gâvre, dans le nord du pays nantais. Par respect pour sa mémoire, il est important de souligner son attachement viscéral à la Bretagne.

En souvenir de ce grand Breton, nous reproduisons des extraits de l'interview qu'il avait accordée en 2004 à Hubert Chémereau. Cet entretien a été publié en janvier 2005 dans le mensuel Le Peuple Breton et repris dans le livre de Jean-Jacques Monnier Résistance et Conscience bretonne 1940-1945 Ed. Yoran Embanner, 2007. Nous conseillons aussi la lecture du livre d'un des camarades de combat de Maurice Chauvet, le Breton Gwenn-Aël Bolloré dit Bollinger Nous étions 117, préface de Lord Lovat, éd France-Empire, 1964. [Voir la note ABP à la fin].


L'aventure des Free Breton Commandos aux côtés de leurs frères d'armes britanniques

Maurice Chauvet, l'un des derniers survivants du célèbre commando Kieffer qui participa au Jour J, avait tenu malgré son grand âge à être présent au premier « Festival du livre en Bretagne », organisé à Guérande en novembre 2004 par l'association Gourenez. Il se prêta pendant deux jours avec une grande gentillesse aux séances de dédicaces (1) et parla avec beaucoup de chaleur et de vivacité d'esprit de ses aventures au sein des commandos britanniques. C'est à lui que l'on doit le célèbre badge métallique du commando Kieffer. En terre bretonne il l'arborait fièrement, comme le fameux béret vert, ses nombreuses décorations et son pantalon tartan. L'ensemble donnait au personnage un coté légende vivante qui ne manqua pas d'impressionner les enfants présents.

En 1943 il rejoint l'Écosse pour suivre une formation commando épuisante : « Au camp d'Achnacarry près de Fort William, dans le commando Kieffer, il y avait environ 50 % de Bretons et 40 % de Français ; pour compéter le groupe il y avait aussi d'autres nationalités, en particulier des Espagnols et quelques Américains, sans parler que dans les gars venus du Havre, beaucoup étaient d'origine bretonne. Il faut dire que de Gaulle n'a pas été correct avec les Bretons après la guerre, alors qu'une grande partie des “Forces Françaises Libres” étaient composées de Bretons ! » Dans ce camp d'entraînement des Highlands passèrent des milliers de volontaires venus de toute l'Europe occupée et de bien au delà. Une cinquantaine d'entre eux y laisseront leur vie dans les exercices menés à balles réelles avec force grenades et explosifs en tout genre. Le cimetière factice situé à l'entrée du camp annonçait clairement la couleur aux nouvelles recrues.

Pour illustrer l'internationalisme du recrutement, Maurice Chauvet rapporte qu'à côté de son supérieur, l'Alsacien Philippe Kieffer, son chef était le capitaine Charles Trepel, né à Odessa dont la famille fuyant la Révolution russe, s'était installée en Allemagne. Un brin provocateur pour les gaullistes, Maurice Chauvet aimait déclarer : « mon chef, c'était Trepel et mon patron, le roi d'Angleterre ». Les Français Libres avaient ainsi un côté « Brigades Internationales » né de l'occupation de l'Europe où de multiples nationalités se côtoyaient pour continuer le combat pour la liberté.

Maurice Chauvet se souvient aussi de ces Bretons à l'esprit libre qui refusèrent le système gaulliste : « Il y avait des Bretons dans la Royal Navy au début de la guerre avant la création des FNFL. Ceux qui refusèrent par la suite de se mettre sous les ordres de de Gaulle furent cantonnés jusqu'à la fin de la guerre sans combattre malgré leur volonté de lutter. Des marins de l'Île de Sein restèrent durant toute la guerre à Portsmouth. Ils n'avaient pas le droit de pêcher. Ils suivaient le dimanche la messe en breton. Il y avait une majorité de Bretons dans les bases des FNFL de Greenock en Écosse et de Saint-Ives en Cornouailles ».

L'histoire officielle passe souvent sous silence les Bretons engagés dés l'été 1940 dans la Royal Navy, encore plus ces marins bretons embarqués sur des navires britanniques, tués en septembre 1940 par la marine vichyste devant Dakar au cours de l'opération « Menace ». Comme nombre de marins bretons, le frère de Maurice Chauvet, Michel, se trouvait en face, bien malgré lui, dans cette Marine aux ordres de Vichy. Il allait par la suite rejoindre, la 2ème DB, qui comptait également un grand nombre de volontaires de toutes nationalités, en particulier un fort contingent de Républicains espagnols, eux aussi vite oubliés par le pouvoir français une fois la guerre terminée. Le marin Maurice Chauvet n'a pas de mots assez durs contre la Royale qui s'est déshonorée avec Vichy. Même après guerre elle n'a jamais accepté l'insubordination de ses marins qui pourtant lavèrent le déshonneur de la capitulation en combattant aux côtés des alliés. Dans les années 1960 la reine Elizabeth II rappela dans des discours officiels la valeur de la marine bretonne du temps de l'indépendance et des traditions maritimes partagées avec « la vaillante Bretagne » dont les fils luttèrent aux côtés de la Grande-Bretagne dès juin 1940 quand tout semblait perdu. On ne peut oublier cette « Internationale Bretonne de la Résistance » née dans la grande famille des marins avec tous ces jeunes Bretons qui, de l'Afrique de l'Ouest au Pacifique, allaient rejoindre les Alliés pour embarquer sur les pétroliers et les cargos ravitaillant, au prix de lourdes pertes, la Grande-Bretagne et l'Union Soviétique ou s'illustrer sur les navires de combat.

Quand Maurice Chauvet me dédicaça son étonnante bande dessinée à l'esthétique rétro « Fusilier marin commando de la France Libre » c'est tout naturellement un « sincerely » bien britannique qui glissa sous sa plume.

A l'épreuve des questions on ne sait plus d'ailleurs si on a affaire à un Breton de Grande-Bretagne ou à un Britannique de Bretagne…


Hubert Chémereau

(1) Il présentait ses deux derniers livres : It's a long way to Normandy, éd.Picollec, 2004, et Fusilier marin commando de la France Libre, la libération en B.D., éd. Italiques, 2004.



Note ABP (Maryvonne Cadiou)

Avec l'accord du CREDIB, ABP donne ici quelques informations supplémentaires sur Maurice Chauvet, né le 12 juin 1918 au Gâvre et mort le 21 mai 2010 à Paris.

Dans le livre de Gwenn-Aël Bolloré, dit “Bollinger” Nous étions 177, éd. France Empire, 1964, préface de Lord Lovat, sur le Commando Kieffer, réédité en 1983 sous le titre : Commando de la France Libre, 6 juin 1944, Maurice Chauvet est abondamment cité, aux pages 9, 130, 135, 147, 169, 227, 238, 245, 246, 267 (éd. 1964).

Il a de plus largement contribué à cette édition ; mention p. [6] : «La couverture, les cartes, les dessins, les planches et leurs commentaires sont de Maurice CHAUVET». La création de l'insigne est relatée. Bolloré, breton comme lui, était du même commando, N° 4.

L'insigne du N° 4 Commando, annexe V, illustration 5

– P. 245 : C'est en février 1944 que Maurice Chauvet créa 1'insigne de l'Unité. Voici comment il décrit son œuvre :

Sur un écu de bronze, qui est de France, portant au centre le brick de l'Aventure supporté par des vagues, surchargé d'un poignard Commando, dirigé du canton senestre du chef au canton dextre de la pointe, et décoré d'une Croix de Lorraine dans le canton dextre du chef. L'écu repose sur un ruban portant l'inscription 1(er) B(llon) F.M. COMMANDO ses deux extrémités repliées montrent deux petites ancres rappelant l'origine Marine de l'Unité.

– P. 246 : Cet insigne a été repris fidèlement par les Commandos Marine ; le libellé du ruban porte l'inscription « Commandos Marine ». Cet insigne, fabriqué par Arthus Bertrand à Paris, porte au dos la mention « M. Chauvet - 1944 » et le nom du fabricant.

Suit une courte biographie :

Maurice Chauvet avait fui la France par l'Espagne. Il paya cet exploit de deux ans d'internement dans le trop célèbre camp de Miranda. Son périple de 882 jours l'amena symboliquement à Londres le 6 juin 1943.

Avant le débarquement, il participa, en janvier 1944, à un raid de sondage sur la côte belge (Middeikerke).

Chauvet était très apprécié de ses camarades, d'abord pour sa gentillesse, mais surtout parce qu'il se nourrissait exclusivement d'une sorte de corned beef nommé « spam » que nous soupçonnions être du pâté de serpent. Nous pouvions ainsi, en échange de cette mixture, profiter de ses rations de chocolat, de fruits, etc. A part quelques très rares verres de whisky sec, je ne l'ai jamais vu boire une seule goutte de liquide : thé, café et eau compris. Il est aujourd'hui peintre de l'Armée.

En annexe I un récit «Forces françaises et débarquement» sur 4,5 pages est signé “M. Chauvet, N° 4 Commando”.


(voir le site) de dday-overlord.com pour sa biographie détaillée, en français et (voir le site) pour ses livres avec résumé, photos 3 et 4.

Voir aussi :

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Vos commentaires :

Yannig BICHON
Mardi 31 août 2010

La seule fois où je l'ai rencontré, au 1er Festival du Livre en Bretagne, à Guérande en 2004, suite à ma question de savoir ce qu'il pensait de l'amputation de la Bretagne, Maurice Chauvet m'avait répondu: "Je me demande encore pourquoi je me suis risqué à me faire trouer la peau si c'est pour que la France entretienne le souvenir des traîtres français, et par extension, ceux qu'ils servaient..." Respect...

Hubert Chémereau
Mardi 31 août 2010

Lors de notre rencontre en novembre 2004 à Gwenrann j'avais ressenti ses profonds sentiments bretons jusque dans des détails comme avec cette petite anecdote : Il m'avait dis que lors de la création de l'insigne du commando il avait pensé au chapeau breton avec les deux rubans : " j'ai mis une ancre de chaque coté dans cet esprit rappelant le chapeau breton" Dans la description officielle on peut lire : L'écu repose sur un ruban portant l'inscription "1er Bataillon F.M. Commando". Ses deux extrémités repliées montrent deux petites ancres rappelant l'origine marine de l'Unité. »

Rouxel Jean-Christophe
Mardi 31 août 2010

portrait complet de Maurice Chauvet sur le site web officiel du musée des fusilers marins et Commandos de Lorient : (voir le site)

thierry jolivet
Mardi 31 août 2010

Espérons qu'une rue à son nom sera donnée, dans sa commune natale, avec pourquoi pas un signe breton comme il se doit...le drapeau breton est à associer aux cérémonies à l'instar de certaines communes et amicales d'anciens combattants...déjà de nombreux monuments arborent des hermines (maquis, 14 18,...). A quand également une rue ou plaque pour le groupe de résistants Liberté, dans ses communes d'implantation ? Le mois de juin verra de nombreuses commémorations, contre l'oubli, et la fête au musée de St Marcel.

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