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Savez-vous qui a écrit les paroles de la chanson la plus célèbre chantée par des chanteurs gallois à la réputation internationale tels que Bryn Terfel, Tom Jones, Cerys Matthews et Shirley Bassey ? Il n'est guère connu pour ses autres oeuvres. En effet seuls quelques rares poèmes de ce poète prolifique ont été publiés de son vivant et même plusieurs décennies après sa mort.

Le mercredi 14 octobre, la vie d'Evan James, auteur des paroles de l'hymne national gallois, [Hen Wlad Fy Nhadau], fera l'objet d'un portrait musical commenté au Club de rugby de Caerffily. (Caerphilly en anglais).

Des airs du XIXe siècle dont les paroles ont été écrites par Evan James pour certains Eisteddfodau seront joués à cette occasion au profit de Urdd y Gwir Iforiad (Ordre des fidèles Ivorites), une organisation réunissant des défenseurs de la langue galloise, qui prend son nom de Ifor Hael, protecteur du grand poète médiéval Dafydd ap Gwilym.

La première de ce spectacle organisé par la troupe de théâtre locale Cwmni Cwn Ni, aura donc lieu le jour-même du 200e anniversaire de la naissance de Evan James, près de son lieu de naissance, au centre de Caerffili, ville jumelée avec Lannion.

En 2006, il y a donc trois ans, le 150e anniversaire de l'hymne national gallois dont la musique a été composée par le fils d'Evan James, James James, fut célébré à Pontypridd en présence de personnalités venues de Bretagne et de Cornouaille britannique (deux pays qui ont adopté cet hymne) lors de la semaine de festivités au cours de laquelle un ensemble de cent harpistes a joué cet hymne.

En 2009, Evan James se voit donc honoré à son tour. Bien qu'il ait vécu avec sa famille à Pontypridd, il est en fait né a Caerffili.


La traduction de l'hymne national gallois en breton est bien documentée. W. Jenkyn Jones, missionnaire protestant travaillant à Quimper, en a publié une première traduction dans un recueil de cantiques, Telen ar C'Hristen (La harpe des Chrétiens).

Traduction de W. Jenkyn Jones, premier couplet et refrain :

Doue ha va Bro

Peb Breizad tomm-galon a gâr, sûr, he vro,
Bro Arvor 'zo brudet dre'r bed tro-var-dro;
Er brezel calonnec, hon tadou ervad,
A skuliaz evit-hi ho gwad.

O va mamm-bro! Cared a ran va bro,
Keit ma vo'r môr 'vel mur en dro,
Ra vezo libr atao va bro.

Les deux premiers couplets sont une traduction relativement fidèle de Hen Wlad Fy Nhadau, les suivants ont un aspect plus religieux. Le troisième couplet parle des dangers de l'abus d'alcool et le quatrième enjoint les Bretons à se libérer de leur prison, ce qui fait référence, je suppose, à l'Église catholique.


Peu après, le jeune poète breton Taldir (Fañch Jaffrennoù) publia sa propre traduction. Les deux premiers couplets diffèrent peu, mais la suite reste beaucoup plus proche des paroles originales et de l'esprit des paroles composées par Evan James. En tant que négociant en vins, il était plus tolérant envers la consommation d'alcool. Evan James avait été lui-même tour à tour aubergiste et tisserand.

Traduction de Fañch Jaffrennoù-Taldir, premier couplet et refrain :

Bro goz ma zadou

Ni Breiziz a galon, karomp hon gwir Vro !
Brudet eo an Arvor dre ar bed tro-dro.
Dispont kreiz ar brezel, hon tadoù ken mad
A skuilhaz eviti o gwad.

O Breiz ! Ma bro, me gar ma bro
Tra ma vo mor 'vel mur 'n he zro
Ra vezo digabestr ma bro !


L'air d' Evan James et les paroles de Taldir furent adoptés comme hymne national breton en 1902 et le centenaire du Bro Gozh fut célébré à Lesneven en 2003. Les paroles ont également été traduites dans toutes les langues celtiques mais aussi dans la langue Khasi du nord-est de l'Inde, traduction effectuée par un missionaire gallois, John Roberts.


Dans une lettre publiée en novembre 1973 dans une revue galloise, Country Quest, une certaine Mme Vera K. Lowe mentionne sa participation à Suscinio à un fest-noz où tout le monde termina la soirée en chantant Le pays de mon père. Bien qu'elle n'indique pas clairement si celui-ci fut chanté en français ou en breton, il semblerait que ce fût en français.


En 1895 un long compte-rendu enthousiaste de l'Eisteddfod National de Llanelli fut publié dans Le Menestrel par M. O. Berg-gruen (?) intitulé Bardes et Druides gallois. Celui-ci se termine par la traduction française de Hen Wlad Fy Nhadau, que Berg-gruen présente comme “la Marseillaise galloise”. Cette traduction n'est pas rimée, mais pourrait probablement être chantée.

Traduction donnée par M. O. Berg-gruen

O pays de mes pères, O pays des hommes libres
Que tes poètes et ménestrels sont doux.
Tes guerriers courageux, obéissant à la Liberté,
Sont tombés dans le combat pour leur vieux pays

Refrain : Galles, Galles ! Je t'aime,
O mon vieux pays La mer est un rempart autour de son sol,
Si longtemps que la vieille langue subsiste.

O chers rochers des Cambriens, pays des bardes
Chaque vallée, chaque montagne est chère à mon coeur
Le bruit des rivières qui coulent vers la mer
Est une mélodie chantée par des langues d'or.

Refrain : Malgré les ennemis qui nous ont enchaînés
Notre belle vieille langue existe toujours
Le barde ne s'est pas tu sur l'ordre du tyran
Ni la douce harpe natale.


J'ai également trouvé deux traductions en français du Bro Goz Ma Zadoù de Taldir. J'en indique ci-dessous le premier couplet et le refrain. La première traduction, qui, je présume, est de la main de Taldir lui-même, fut publiée par Henry Lemoine, Paris, en 1936, dans Ugent Kanaouen :

— Nous, Bretons courageux, aimons la Patrie,
Cette Armor qui partout est au premier rang,
Pour elle nos aïeux ont versé leur sang
Pour repousser la barbarie !

Pays Breton, j'aime l'Armor
Un mur de mer te garde encor
Libre sous le grand soleil d'or !

La première publication de la deuxième version date de 1933. Elle a été publiée dans 20 Chansons Bretonnes chez le même éditeur et a pour titre Vieille Terre de Mes Pères.

— Bretons, coeurs fidèles, tous à pleine voix
Chantons la Bretagne, ses coteaux, ses bois
Et ses beaux rivages, ceinturés d'argent
Par les flots des deux Océans.

Arvor, Arvor nous t'aimerons
Tant que les mers t'entoureront
Sois libre au sein des nations.


J'ignore si ces versions ont jamais été chantées. Il y a eu plusieurs tentatives de traduction de Hen Wlad Fy Nhadau en anglais, dont certaines faites par des poètes de renom, mais aucune n'a jamais connu de succès. Espérons que cela dure !

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À l'occasion du 200e anniversaire de la naissance d'Evan James, Gwyn Griffiths va, dans les semaines à venir, publier un recueil complet de ses poèmes, avec traduction en anglais.

(voir ABP 16132) pour le texte original en anglais. Traduction Jacqueline Gibson.

Voir aussi :

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