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Lycée Seaska à Bayonne : deux filières professionnelles en basque en seconde, une Terminale technologique

Chronique de Kerne Multimédia (porte parole Fanny Chauffin) publié le 26/09/17 12:26

Seaska regroupe les Ikastolas du Pays basque nord, qui scolarise en filière associative immersive (le basque est la langue d'enseignement et le français est introduit après l'apprentissage de la lecture en basque, comme pour les écoles Diwan qui ont suivi leur exemple en 1977, Seaska date de 1979) 10% de la population scolaire. En bilingue total (privé, public, immersif : cela fait 48% de la moitié du département). 54% des établissements scolaires proposent une offre d'enseignement dans la langue régionale ou sont entièrement en basque.

Le tout nouveau lycée vient d'ouvrir, regroupant les deux filières, générale et professionnelle (30 élèves), 299 au total. Il pourra accueillir 400 élèves au maximum, dont 76 en internat (le choix de placer le lycée dans une ville à forte densité humaine permet à beaucoup d'élèves de rentrer chez eux, contrairement au choix breton de Carhaix qui scolarise environ 360 internes sur 380 élèves).

Le budget du lycée s'élève à 11 millions d'euros (un million de l'agglomération de Bayonne pour le terrain, 7 millions 200 000 du du Conseil Régional, un million de TVA et un million provenant de Seaska). Seaska poursuit sa campagne d'appels à dons de façon singulière, depuis l'automne passé, par l'invitation faite à acquérir un pommier, moyennant un don de 30, 50 ou 100 euros. Un arbre qui pourra être planté chez soi ou confié au «verger de l'euskara». Personne ne s'étonnera qu'à l'heure de fêter l'événement le jus de pomme et le cidre basque aient été de la partie le jour de l'inauguration...

Le budget du lycée Diwan était de quatre millions. Les filières professionnelles comptent deux sections SVTL (social et vie locale) et commerce (analyse marketing global et application au local). Une troisième est en préparation, sur les métiers de l'audiovisuel, qui pour l'instant est refusée. Dès la troisième, les élèves peuvent être en prépa pro, qui est installée au lycée aussi. Ils peuvent ainsi explorer les différentes filières pour leur orientation en lycée. Une filière technologique existe aussi, autour de la gestion, et les premiers bacheliers vont passer leurs épreuves cette année.

L'ancien bâtiment de Bayonne accueille désormais le 4e collège de Seaska (Diwan en compte six). Au Pays basque, le breton à la fac, c'est possible... au Sud, en Espagne, car la situation est la même qu'en Bretagne. En France, on peut étudier en basque... pour devenir prof de basque, et c'est à peu près tout. Au Pays basque sud, on peut faire médecine en basque et un très grand nombre de filières. Dans la loi, tous les élèves, même s'ils ont un enseignement en espagnol, peuvent rédiger leurs examens en langue basque.

Pourquoi ne pas créer une filière gastronomie ou cuisine ? «Pour nous, le principal, c'est de vivre en basque dans le quotidien : dans les crèches, dans les maisons de retraite, faire vivre la langue dans les villages, les villes, la rue, sur les écrans...»

Et la grande nouveauté aussi cette année, c'est BERTAKO (local, du coin, en basque). Grâce au soutien d'une coopérative de Mandragon (les ouvriers sont actionnaires, et ce, depuis plus de quarante ans), ils ont créé à Bayonne une cuisine centrale qui alimente 2 200 écoliers, collégiens, lycéens, avec 100% de produits locaux, souvent bios (le Pays basque ets tà 45% en biologique que ce soit pour la culture ou l'élevage). Dix emplois ont été créés, des voitures sur un rayon peu important ravitaillent les établissements scolaires en liaison froide et chaude. Il a fallu 700 000 euros d'investissement, les locaux ont été livrés le 20 août et les repas ... dix jours plus tard !

Quand on demande à Paxkal Indho son avis sur ce qui se passe en Catalogne, il dit que l'ensemble des partis basques soutient la Catalogne dans sa volonté d'indépendance. Pour lui, les Catalans «n'ont jamais été dans une culture de la violence», mais la présence de chars à Barcelone n'inaugure rien de bon. Il ne faudrait pas que des groupuscules cachent la volonté de démocratie, de non violence d'un pays qui demande pacifiquement à être le nouvel Etat d'Europe.

Voici un extrait du discours du Président de la Région Aquitaine lors de l'inauguration : «La région a fait un effort considérable - apport de 7,2 millions d'euros - et il a fallu travailler dans l'urgence. Il y a trois ans ce n'était pas si facilement imaginable de pouvoir aboutir à la réalisation qui accueille maintenant ces 300 élèves - 400 pourront être scolarisés - qui disposent de conditions d'études idéales dans un lycée neuf et bien équipé.»

Voir aussi :
©agence bretagne presse

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Docteure en Breton-Celtique à l'Université de Rennes 2 et au groupe Ermine-CRBC, enseignante au lycée Diwan. Autres sites : Tv bro Kemperle et Tvlise Diwan Karaez. Contributrice à l'ABP depuis 2005 : des centaines d'articles, des centaines de vidéos en français, comme en breton.

Vos commentaires :

Jacques
Mercredi 27 septembre 2017

@ Fanny,

Très bien votre article, mais beaucoup trop de notions en un unique article...

On ne peut pas compenser des dizaines d'années de non communication sur Diwan en envoyant tout d'un coup...

De plus, ce trop rapide comparatif ne permet pas une bonne compréhension.... par exemple : on a l'impression que les différentes écoles en Occitanie ou au pays basque semblent collaborer ensemble... sauf qu'en Bretagne Div-yezh et Dihun n'expriment aucune solidarité avec Diwan, et qu'il n'a jamais été question dans le mouvement breton d'évoquer une politique de reconquête linguistique permettant de parvenir à un usage réel du breton dans la vie privée, culturelle ou économique de la Bretagne....

Ce manque de solidarité et ce manque d'ambition ne pose aucun problème au mouvement breton actuel...

Vous évoquez les filières du lycée Diwan (120 élèves en terminale) dans les domaines de la vie sociale, marketing/gestion et audiovisuel.... mais qui à part les lycéens et leurs parents ont entendu parler de cela...? faite un rapide micro-trottoir dans les 49 écoles.... Déja qu'une écrasante majorité des parents ne savent pas que l'anglais est langue d'enseignement dès le collège (preuve d'un niveau certain et d'une capacité d'intégration au monde d'aujourd'hui). Alors si déjà les parents Diwan ne connaissent pas, imaginez les autres parents en Bretagne....

Par contre pour l'urbanisation du lycée, si le projet de Vannes arrive à bon port, ce sera l'occasion d'une analyse des 2 versions...

Un dernier point en digression (mais comme vous digressez dans l'article), vous dites : "Pour lui, les Catalans "n'ont jamais été dans une culture de la violence", mais la présence de chars à Barcelone n'inaugure rien de bon. Il ne faudrait pas que des groupuscules cachent la volonté de démocratie, de non violence d'un pays qui demande pacifiquement à être le nouvel Etat d'Europe."

Franchement, il est temps d'arrêter avec ce genre d'arguments....

A part l'exemple du Groenland et des ïles Féroé, avez-vous déjà vu une nation souhaitant exercer son droit à l'autodétermination (indépendance) qui ne soit pas accusée par son colonisateur d'être terroriste, violent, etc...? (Même nous en Bretagne nous nous auto accusons de cela... En Bretagne, l'autre militant c'est toujours lui l’extrémiste/le facho...)

Tout mouvement d'autodétermination est légitime, qu'il soit violant ou pas, c'est la colonisation qui elle n'est pas légitime...

Affirmer que autodétermination serait légitime car le mouvement serait pacifique, c'est s'écarter lourdement des textes internationaux...

En général, si un mouvement en vient à la violence, c'est parce que le colonisateur ne laisse pas le choix.

(Le meilleur exemple étant les Kurdes, qui bien que leur mouvement soit là aussi pacifique ne les empêche pas de disposer d'une armée qui malheureusement leur est bien utile ces dernières années).

Si demain, la Catalogne et l'Espagne s'affrontent violemment (vos évoquez des chars), cela ne remet en rien en cause la légitimité des Catalans.

Mais cette éventualité violente est à mon sens plus un fantasme breton issu d'une glorification de la lutte antifa destinée à masquer une démarche d'autodétermination par procuration : On n'est pas capable de nous mobiliser pour nous même (on n'est pas communautariste, ni nationaliste, ni indépendantiste...) alors on se mobilise pour les autres (qui sont communautariste, nationaliste et indépendantiste...) .... Pour illustrer, je cite toujours l'exemple de Diwan s'interdisant d'enseigner l'histoire de Bretagne (la France ne l'interdit pas), alors que les Catalans que nous prétendons soutenir enseignent l'histoire de la Catalogne à leurs élèves... Le meilleur moyen de les soutenir serait de suivre leur exemple....

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