Vent de fronde et de refus contre les organismes qui gèrent la pêche en Bretagne et la détruisent

-- Economie --

Compte rendu
Par Christian Rogel

Publié le 15/04/14 10:05 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le 21 mars 2014, les Bonnets rouges de Concarneau renforcés par les comités voisins, avaient organisé, à Trévignon en Trégunc, une première réunion de mise à plat des problèmes de la pêche en Bretagne (voir notre article). Les incohérences des législations européennes et françaises avaient été soulignées, car les organismes centraux officiels sont souvent ignorants des contraintes particulières au métier et aux entreprises de la pêche.

Pour être plus près des professionnels concernés, une table ronde, sous l'égide des comités locaux des Bonnets rouges de Cornouaille Ouest (Pays bigouden, Quimper, Concarneau, Fouesnant, Pays de l'Aven + Auray), a eu lieu au Guilvinec, dans le cadre exceptionnel du manoir de Kergoz qui est une salle de réunion municipale. La réunion était présidée par Valérie Bescond, animatrice du groupe Pêche des Bonnets rouges, et conjointe collaboratrice d'une entreprise de pêche à Plouescat.

Le but, qui a été atteint, était de faire le tour des graves problèmes de la pêche sans qu'il soit question de mettre en accusation quiconque en particulier.

Au Guilvinec, ceux-ci étaient peu nombreux, mais avaient beaucoup de choses à dire, même si l'unique membre présent du comité de pêche du Finistère est resté un peu sur la réserve.

Comités de pêche bancaux

La réforme qui a institué les comités de pêche départementaux et non plus par port suscite une grande inquiétude :

- éloignement des ports et donc des vrais intéressés avec un effectif pléthorique de 49 personnes où l'avis des « ayatollahs verts » (expression employée par un marin-pêcheur) ou des scientifiques sous contrôle de l'État peut prévaloir sur les vrais connaisseurs du milieu marin.

- financement sous la forme d'une taxe qui porte le nom ubuesque de « contribution volontaire obligatoire » fixée à 15 euros par salarié. Cette taxe vient d'être exigée avec menace de sanction (retrait de la licence de pêche) dans les petits ports comme Camaret, mais, le Pays bigouden la refuse, alors que le gros des salariés s'y trouve. Une action en justice pourrait, sans doute, la faire annuler, comme dans l'agriculture

- Trop grande part du budget pour des campagnes de communication sur le thème opaque du « Pavillon France » (23 millions d'euros !), alors que des équipements plus vitaux pour la pêche font défaut

Le Parc marin d'Iroise sous la coupe des écologistes

Contrairement aux promesses faites aux pêcheurs, ceux-ci voient leur circulation entravée dans l'archipel de Molène sous des prétextes plus ou moins fumeux (phoques, dauphins, etc.). D'une manière générale, l'Ifremer y prend le pouvoir par l'entremise des élus qui prétendent pourtant prendre les décisions.

Les organisations de producteurs (OP)

Les licences de pêche sont données, soit par les OP, soit par les comités de pêche départementaux. Elles participent aux évaluations menées par l'Ifremer sur les volumes et les tailles des captures. Elles organisent les zones de repos biologiques permettant aux stocks de se reconstituer. Il est noté que, s'il n'y a plus d'invendus « officiels » , les quantités retirées discrètement du marché par les OP font l'objet d'une taxation par les Chambres de commerce, au détriment des pêcheurs.

L'Ifremer

L'Ifremer, basé maintenant entièrement à Brest-Plouzané, a été la cible de quelques remarques acerbes, dont l'une portait sur sa propension à déclarer en danger certaines espèces encore abondantes. L'un des marins-pêcheurs a avancé qu'il fallait, désormais, refuser d'embarquer les biologistes.

Yves Le Gal, biologiste concarnois à la retraite, a rappelé que la raie pocheteau avait longtemps été vue comme une seule espèce, ce qui a amené, en suivant les avis des biologistes, à détruire l'une des deux variétés. Il propose, comme il l'avait déjà fait à Trévignon, que les armateurs de pêche se dotent de leur propre cellule scientifique indépendante de l'État, afin de pouvoir faire cesser la prédominance des avis de celui-ci. C'est comme cela que les agriculteurs ont réussi à faire valoir leur expérience concrète. Il s'agit donc d'arrêter de râler dans le vide et de construire un contre-pouvoir, face à l'État.

Les algues vertes

Les algues vertes non nitratées pourraient être une ressource, car, elles se vendent cher (190 euros/tonne). Elles pourraient aussi être une source de gaz méthane, si l'on parvenait à supprimer les mauvaises odeurs, lors du stockage.

Les inerties et les absurdités législatives et réglementaires

Une des causes de l'abaissement de la rentabilité des entreprises est le poids des réglementations qui font des pêcheurs des auxiliaires administratifs passant de plus en plus de temps à remplir des formulaires. Les bateaux sont suivis par satellite et on parle d'installer des caméras de surveillance à leur bord !

Le comble est atteint par les récents codes de la pêche qui assimilent les bateaux de pêche à des navires marchands. Par exemple, des réglementations prévoyant les loisirs des matelots ou l'apprentissage sont recopiées sans aucune connaissance des contraintes du métier. Le moindre manquement, même minime, est passible de sanctions pénales. Le résultat est que l'apprentissage va devenir impraticable. Les marins-pêcheurs regrettent qu'on continue à les faire dépendre des transport et non pas de l'agriculture, puisque le but est le même : travailler la ressource vivante pour l'alimentation.

Le maintien, même après rétrogradation, du ministre Frédéric Cuvillier dans ses responsabilités antérieures leur semble négatif.

Le pillage de la bande côtière et le rachat des bateaux par les sociétés franco-espagnoles

Les pêcheurs bretons sont devenus minoritaires dans la bande côtière et ceux qui pratiquent la pêche au grand large peuvent être amenés à y renoncer, si l'obligation de rapporter les déchets au port est maintenue. Ces déchets sont d'ailleurs utiles pour nourrir les autres poissons. Il n'est plus possible d'acheter des bateaux, car ceux-ci doivent avoir entre 5 et 30 ans ; or, les sorties de flotte ont été trop nombreuses, alors que les Espagnols en immatriculant des épaves ont pu profiter de la situation.

Le plus grave est que les bateaux rachetés par les Espagnols emportent avec eux les quotas et donc réduisent la part des pêches françaises et bretonnes. Cerise sur le gâteau, les banques refusent de financer les entreprises de pêche.

Beaucoup d'autres idées ont été émises dans des échanges très riches qui tracent un sombre avenir pour la pêche bretonne. Il a été proposé de casser la liaison écologie et politique, qui a, aussi, nui aux chasseurs. L'action négative des syndicats de marins qui ont exercé des pressions pour limiter leur présence parmi les Bonnets rouges a été évoquée. Il est clair que la marmite bout et que la fronde n'est pas loin, malgré toutes les mesures de surveillance prises depuis la révolte de 1994.

Une autre idée forte a été que la Région Bretagne puisse avoir la compétence pêche et puisse accéder directement à Bruxelles.

Plus généralement, la démarche des Bonnets rouges est de susciter le débat et de donner de l'espace à une mobilisation pro-active qui empêche l'État de traiter les citoyens et les acteurs économiques comme des enfants. Premier résultat : les marins-pêcheurs ont convenu de prendre en charge, eux-mêmes, une nouvelle table ronde au Guilvinec.

Christian Rogel

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