La R.E.M. et l’unité bretonne

-- La réunification --

Communiqué de presse de Bretagne Prospective
Porte-parole: Michel Bouvier

Publié le 15/07/20 20:46 -- mis à jour le 15/07/20 20:46

Magnifique unanimité, le 10 juillet 2020, sur la « réunification » et « l’unité bretonne » au Conseil régional de Bretagne ! Même si l’on constate que depuis 5 ans il ne s’est rien passé (1) . Et voilà, à l’unisson, toutes les formations politiques pour « un » … référendum. Lequel ? A quelle(s) échelle(s) ? Avec quelle(s) question(s) ? On rappellera qu’on n’a jamais demandé aux Bretons leurs avis, de 1789 au fabuleux « big-bang » (sic) territorial de 2015, sans même parler du décret du 30 juin 1941 qui joue un rôle, même si l’affaire est plus complexe (2). Sans grande crainte du résultat, on rappellera donc que tout référendum s’apparente à un jeu de roulette russe où le clic n’offre pas toujours le résultat escompté (celui de De Gaulle du 27 avril 1969). Que l’unité de la Normandie fut actée par une simple décision. Personne ne la regrette et quelqu’un parlant aujourd’hui de la « Basse-Normandie » semblerait sortir d’un placard du XIXe siècle.

Mais, dans ces débats que l’on peut désormais écouter grâce à l’Agence Bretagne Presse -ce qui est un immense progrès- le plus spectaculaire fut l’intervention de la formation R.E.M (3) . Ou comment dire qu’on est « pour B5 » … tout en donnant tous les arguments pour être contre. Dès le début, tous les acquis sont mis en cause. Avec un ton en profond décalage avec les appels du pied récent de Nantes, les propos constructifs et de qualité des uns et des autres. Ecoutez, cela dure 4 minutes 17 secondes. Les sondages ? Comme les statistiques. « La première science inexacte ». Et puis, si Hind Saoud « perçoit » que des habitants de la Loire-Atlantique veulent « intégrer » la Bretagne, elle s’interroge bien plus sur l’avis des habitants de la Vendée, de la Sarthe et, pensant peut-être à quelques élites de son groupe, du Finistère. En somme, elle fit une intervention sur tout ce qui peut bloquer, rien pour débloquer. Elle trouve même le temps d’évoquer que les initiatives B4 qui aident à la Bretagne en Loire-Atlantique coûtent « cher » (« c’est plus que de l’amour »). Avec un propos parsemé d’âneries où l’on fait remonter le découpage des régions à … Clémentel ! Ce qui lui permet de dire « qu’on n’efface pas une région qui a 101 ans d’histoire comme ça » (sic). On se permettra de lui rappeler que le découpage de Clémentel est le premier à évoquer le terme de région, avec une portée économique bâtie notamment avec les CCI. Mais qu’il n’est nullement associé à la Bretagne dont à l’époque on ne parle pas, encore moins du ou des « Pays de la Loire ». Ce toponyme ne sort du chapeau qu’en 1956. Ce n’est pas 1919 et être élu(e) n’empêche pas de lire. Mais, finalement, on retrouve peut-être dans ce discours dissonant et à entendre l’ambition de cette République « en Marche ». Le candidat ne saluait-il pas à Quimper lors de son discours de campagne du 16 janvier 2017 la Loire-Atlantique comme étant bretonne ? (4) Avant 17 mois plus tard, le 21 juin 2018, d’évoquer le sujet de « cette région contrastée que certains voudraient prolonger jusqu’à l’estuaire de la Loire » … comme une « question dépassée » (5). Aimable. On nous traiterait de hurons (A.Young) ou de demeurés cherchant l’embouchure d’un fleuve ou ne connaissant rien à leur histoire, ce ne serait pas mieux. Sauf que précisément on sait un peu ce qu’est la Bretagne. On sait, comme l’ont bien évoqué les autres élus de Bretagne, l’importance décisive du sujet. En tout cas un peu moins mal que certain(e)s.

Jean Ollivro

1- Sauf bien sûr ce débat présentant les 13 préconisations issues du groupe de travail mené par Jean-Michel Le Boulanger et Isabelle Le Bal. Préconisations concernant les coopérations entre la Loire-Atlantique et la Bretagne administrative dans la perspective d’une réunification, Rapport au Président du Conseil régional de Bretagne, Région Bretagne, novembre 2019, 20 p.

2- Rappelons que c’est la loi du 19 avril 1941 et surtout le ministère de l’Intérieur qui crée les préfets régionaux, alors que le Conseil National (de mai à août) et qu’une décision de Pétain du 23 août recrée les Provinces où ici on voit apparaître les mots « Bretagne » (à cinq), Normandie et « Val de Loire ». L’idée est que « des gouverneurs soient placés à la tête des grandes provinces françaises et qu’ainsi l’administration soit concentrée et décentralisée » (J. Isorni, J. Bancal, etc.). Toutefois, cette décision est en amont court-circuitée par le ministère de l’Intérieur et dans les faits, avec la situation et le régime vichyste et de répression que l’on connaît, ces enveloppes préfectorales vont l’emporter. Avec, dans le décret du 21 juillet 1941 signé « Ph. Pétain », les mots suivants : « « Région de Rennes - Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan » et « Région d’Angers – Maine-et-Loire, Loire-Inférieure, Mayenne, Sarthe, Indre-et-Loire (partie occupée) »

3- Voir l’intervention de 54’05 et 58’22

4- « Bonjour Quimper ! Bonjour le Finistère ! L’Ille-et-Vilaine ! Les Côtes d’Armor ! Le Morbihan ! La Loire-Atlantique ! Bonjour la Bretagne ». Emmanuel Macron, Discours de Quimper, 16 janvier 2017.

5- Emmanuel Macron, discours de Quimper, 18 juin 2018.

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Vos 9 commentaires
Gilbert Josse
Jeudi 16 juillet 2020

Hind Saoud : (voir le site)

Killian Le Tréguer
Jeudi 16 juillet 2020

Précision récurrente, la région Pays-de-la-Loire sous ce nom et sous le périmètre actuel apparait pour la première fois par décret du 28 septembre 1938, relatif à l’organisation des Régions économiques.
Je m'étonne que cela soit systématiquement occulté alors que c'est un fait tangible, irréfutable et clair comme de l'eau de roche (contrairement à l'analogie avec les regroupements de CCI de Clémentel ou la Préfecture d'Angers de 1941)

jean ollivro
Jeudi 16 juillet 2020

C'est tout à fait exact et qu'un découpage de CCI, en aucun cas un nouveau découpage administratif. A noter qu'en 1937 la notion de Pays de Loire (et notamment depuis le XIXe) est d'ailleurs associée à Saint-Etienne, comme le montre un article qu'on trouve en ligne d'André Cholley. Saint-Etienne et les pays de la Loire . L'information géographique, volume 2, n°3, 1937. pp. 108-110.
(voir le site)

Kristof Bourdelier
Vendredi 17 juillet 2020

@jean ollivro: Chaq vot boujou Mont mat a ra Bonjour Jean Ollivro :') Oui vous avez raison - J'ai ici un livre d'histoire de 1942 qui a appartenu a un de mes oncles et dans ce manuel il est question de la division geographique des "pays de la loire" et ce nom est attribue a la section moyenne de la Loire (des pays Occitans [exclus] jusqu'a la Bretagne [exclue]) - Dans ce manuel, la Bretagne est entiere - Par contre, les auteurs lui associent 'la Vendee" ("La Bretagne et la Vendee" est le titre d'une des parties du livre) - Sans doute en raison du Massif Armoricain - Sachant que "le Poitou" est range dans la region du "Bassin de Paris" - Par contre, concernant 1938, il semblerait qu'il existait deja une entite "Pays de la Loire" avec ce nom exact et les memes contours que la region technocrate d'aujourd'hui ( (voir le site) - Cela signifierait donc, comme le dit Kilian Le Treguer, que la region des "Pays de la Loire" ne date pas de 1955 (ou 1956) mais bel et bien de 1938 ??? Par consequent, est-ce que ce decoupage a ete annule entre 1946 et 1955 /1956 ... ou pas ??? Merci a vous ! :') Et merci pour tout ce que vous faites pour la Bretagne :')

jo charruau
Vendredi 17 juillet 2020

Et le nom "Ligériens" a été attribué officiellement aux habitants du département de la Loire chef-lieu Saint Etienne. N'oublions pas de le signaler aux politiques et aux journaleux notamment ceux d'Ouest-france.

Kristof Bourdelier
Vendredi 17 juillet 2020

@jo charruau: #ligeriens - Ah oui ? Ce que j'entends surtout quand je rentre au pays (Pays Nantais) c'est "Ah non non non moi je suis pas Breton - Je suis Nantais" Bref ...

Fulup Grandaday
Vendredi 17 juillet 2020

Franchement les "ligériens", cela correspond tellement à rien (c'est le cas de la dire) que ce n'est même pas une menace.
En revanche, comme le souligne Kristof Bourdelier, afficher une identité nantaise - un peu comme les angevins s'affichent angevins - comme motif de fierté et de distinction par rapport à l'identité bretonne chez certains nantais est beaucoup plus fréquent.
Nul doute que ce style d'opposition serait encore plus ravivé au sein d'une région grand-ouest, avec une opposition de fait très rapide à mon avis entre les "bretons" (sous entendus les 22-29 et les zones encore pas trop colonisées du 56) , les rennais, nantais (avec possible fusion/assimilation avec la Vendée), angevins et manceaux . Le seul ciment serait le bénitier, une population moins "métissée" que le reste de l'hexagone, les mythes sur la contre-révolution.

penn kalet
Samedi 18 juillet 2020

Fulup
les mythes sur la contre-révolution. que voulez vous dire par là ?

Anne Merrien
Samedi 18 juillet 2020

Du temps de leur splendeur, les Malouins aussi snobaient la Bretagne. La roue a tourné et maintenant, St-Malo n'est plus qu'une sous-préfecture...

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