Berligou, Celticae : les racines de l'Histoire et de la géographie nourrissent la réussite des vins bretons

-- ABP --

Reportage
Par Didier Lefebvre

Publié le 29/05/16 18:08 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Quand l'Histoire et la géographie servent l'économie et la culture bretonnes, il faut soutenir les initiatives. Ce samedi, nous nous sommes transportés au coeur du Vignoble nantais, entre Château-Thébaud et Le Pallet, afin de rencontrer les producteurs de Berligou et et de Celticae.

Le Berligou a failli être rayé de notre terre à deux reprises

Offert à François II en 1460 par Charles le Téméraire, son cousin, ce cépage fut planté dans le lieu-dit Berligou, en Couéron, où François II avait un château. Ce vin accompagna au quotidien les repas du duc. La duchesse Anne soi-même, devenue reine, exigea que ce vin coulât à flot à sa table de monarque.

Henri IV, présent en Bretagne pour la signature du fameux édit de Nantes en avril 1598 aurait dit, selon Jean-Michel Poiron-Dabin « Fichtre que c'est bon, les gens de Bretagne n'étoient pas de petits compagnons, Ventre-saint-gris ». Bon, nous laissons la véracité historique de cette phrase à la seule responsabilité de son auteur, Jean-Michel, le principal est qu'il y croie, et que le public, médusé devant lui, joue le jeu (voir plus loin).

Le cépage, aïeul de l'actuel pinot noir, fameux cépage du bourgogne, tomba ensuite en ruine, et ce n'est qu'en 1930 que certains plants, plus à l'état de lianes, furent re-découverts par Joseph Picot, de Saint-Fiacre, sur le domaine du château de la Chabossière en Couéron. Ils furent replantés à Monnières parmi des cépages de melon, mais en 1940, ils faillirent être anéantis, des ceps de vin rouge parmi le cépage de Muscadet, avaient eu l'heur de déplaire au nouveau propriétaire, un Autrichien.

Une production axée sur la qualité et non sur la quantité

Nous voici rendus plus près de nous, en 1993, où le petit-fils Picot, Joseph, ami des Poiron-Dabon, retrouve cinq pieds. C'est reparti pour le Berligou. Jean-Michel précise encore qu'en 2003, les études ampélographiques (analyse des particularités vairiétales) assurent que le Berligou est « un cépage rare et introuvable ailleurs. Ce serait vraisemblablement le descendant d’un Pinot noir historique ». Le cépage retrouvé est alors replanté en 2011 à la Chabossière en Couéron. Puis en 2013 sur le domaine des Poiron-Dabin, à Chantegrolles en Château-Thébaud. Les porte-greffe choisis, le Riparia gloire, d'origine australienne, sont neutres, bien entendu, mais réputés pour être pompe à sève de petite importance. Ils sont peu prolifiques, les grappes sont ainsi en moindre nombre, mais de meilleure qualité pour la vinification. Les vignerons pratiquent par ailleurs la vendange verte (coupe d'une grappe sur deux vers la fin mai), ce qui amoindrit encore la production, mais permet une qualité décuplée. Les grappes ôtées servent d'engrais naturel.

Berligou : un vin rouge noble

C'est ce vin vinifié en rouge et en rosé qui a été proposé à la dégustation lors d'une journée festive très réussie sur le domaine. Le vin rouge, cueilli en 2014, a fermenté durant 1 an dans des fûts de chêne breton de la forêt du Gâvre « Vous ne croyez quand même pas que François II allait chercher son chêne à Bordeaux, chez son ennemi viscéral Louis XI, alors qu'il avait à quelques lieues cette magique forêt, dont les bois étaient la base de la construction de ses navires ». Jean Michel est un bon viticulteur, mais aussi un bon narrateur qui connaît son histoire et sa géographie ! Il est ensuite mis en cuve nantaise verrée durant six mois (le vin), avant sa mise en bouteille. Il a des notes chocolatées, de fruits confits et de confiture de prunes et fraises. Il est noble, fruité et est épicé. Il peut se boire avec du chocolat, qui nous est d'ailleurs proposé lors de la dégustation, mais il peut vraisemblablement très bien se marier avec des charcuteries de caractère, ou une solide côte de boeuf grillée.

La petite Brette, un vin rosé tout en nuances

Le rosé, quant à lui, a des arômes d'épices et de fruits rouges. Son tempérament, liant fraîcheur et noblesse, s'exprime tout en nuances. Sur l'étiquette, vous découvrirez que le nom de ce vin est « La petite Brette» comme surnommait affectueusement Louis XII sa ducale épouse et reine Anne. Nous ne sommes toutefois pas d'accord avec les propriétaires du domaine, quand Jean-Michel avance «Nous aurions dû l'appeler Ma petite Brette, et non La petite Brette ». Allons-allons, Messieurs Poiron-Dabin, Anne est notre petite Brette à tous, surtout ici, en pays Nantais, à 20 km du château qui l'a vu naître. Ne devenez pas possessifs !

Un mot sur cette étiquette : nous la trouvons magnifique !

Les cousins Charles (le Téméraire), François (II de Bretagne) et Anne de Bretagne nous accueillent, sous l'emblème de la libellule

Dans une ambiance très décontractée, nous fûmes donc accueillis dans ce domaine pour une dégustation, où se mêlaient aussi rappels historiques et géographiques. François II, d'abord, et sans peine nous reconnaissons Jean-Michel. Sans arrêt, petits groupes par petits groupes, il rappelle l'histoire du Berligou à travers les siècles, jouant d'effets scéniques et de bons mots, alliant une partie théâtrale, une autre professorale. On sent aussi le connaisseur et le viticulteur de talent. Plus loin, dans la cave, religieusement, Charles le Téméraire – c'est Laurent, le frère et associé de l'EARL – officie. Il nous présente toute la gamme des vins proposés et s'attarde sur la signification de l'emblème du domaine, la libellule. Il s'agit d'un animal indicateur de la bonne santé bioécologique des milieux, elle est donc tout à son aise sur le domaine des Poiron-Dabin, où, entre autres, le Berligou ne subit pas les excès de produits chimiques. Les « CMR », redoutables produits chimiques, sont utilisés avec la plus grande parcimonie. Laurent nous explique d'une part qu'elle est très présente, grâce à des points d'eau à différents endroits du domaine, ensuite qu' « elle est tout à l'image de nos vins : alliant finesse, équilibre et couleurs délicates ».

Entre François II Charles et Charles le Téméraire, la duchesse Anne et sa dame de compagnie (respectivement la fille et l'épouse de Jean-Michel) nous font grâce de tous leurs sourires, accueillent et accompagnent les visiteurs.

Le comité Anne de Bretagne et l'Institut culturel de Bretagne toujours présents

Sur le col de la bouteille de rosé, vous remarquerez la petite pastille du comité Anne de Bretagne. Celui-ci soutient en effet le domaine Poiron-Dabin dans leur initiative de relancer le Berligou. D'ailleurs, nous remarquons la présence de Jacques-Yves le Touze et Dider ar Gov, fondateur et membre du Comité Anne de Bretagne. On se souvient notamment du lancement de l'année Anne de Bretagne en décembre 2013, au château des ducs de Bretagne, en présence de Berligou, produit, mais sans but lucratif, par l'association « Le Berligou ». La veille au soir, une fête au Château de la Groulais à Blain, organisée d'ailleurs par l'association en accord avec Jacky Flippot, réunissait les protagonistes : voir la page du Comité Anne de Bretagne (voir le site) et celle de l'association Le Berligou : (voir le site) . L'Institut culturel de Bretagne avait également mis à disposition ses panneaux, sur l'histoire de notre duchesse.

Fin de journée chez Pierre-Yves Lusseaud, et son désormais célèbre Celticae

Notre virée en Vignoble nantais aurait été incomplète si nous n'avions pas fait un saut chez Pierre-Yves Lusseaud, producteur à La Galissonnière sur la commune de Le Pallet. Encore une future réussite économique, grâce à un vin pétillant de très grande qualité, le Celticae. 30 % de Chardonnay pour les arômes, 70 % de melon pour la fraîcheur. Le melon est ce cépage du Muscadet qui sait prouver que, par sa fraîcheur et son goût iodé, nous sommes bien en Bretagne.

Nous remercions ici Pierre-Yves Lusseaud qui nous a accueillis en dehors des heures d'ouverture, avec une chaleur toute bretonne. Nous ne pouvions pas manquer son domaine, au centre duquel est visible le drapeau du Vignoble nantais (voir le site) . Pierre-Yves est de ces militants qui savent allier économie et culture. La mise sur le marché de son nouveau produit phare s'était faite toute en musique (voir notre article) (voir notre article) et (voir notre article), il sera présent et partenaire officiel lors du prochain festival de Cornouaille. Son vin pétillant est de très grande facture, tout comme son muscadet vendu sous la même marque, et son jus de raisin frais et pétillant. Il croit fermement à sa réussite, tant l'engouement pour la chose celte est fort. Il rappelle toutefois qu'il faut se méfier des contrefaçons « seule Celticae est la bonne référence », certains n'hésitant à essayer de copier sa marque, mais hélas pas son savoir-faire.

Une nouvelle légende celte est née

La réglementation étant ce qu'elle est, les mots « Bulles d'Armorique » devraient disparaître de l'étiquette, se désole Pierre-Yves. Il les remplacera par « Bulles celtes » . Qu'importe, répondons-nous, la localisation géographique étant très réglementée, mettons les mots « Bulles celtes » D'ailleurs, le mot » Celte « nous fait honneur. Et qui d'autre en France affiche si fièrement ses origines celtes ? Quelle autre région met autant en avant ses légendes celtes qui en sont le ciment ? » Une nouvelle légende celte est née " Ce sont les mots que l'on trouve sur le compte FB de Pierre-Yves Lusseaud : (voir le site)

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Didier Lefebvre est correspondant ABP pour la Loire-Atlantique.

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