La presse française ou les privilégiés de la République

-- Media et Internet --

Editorial de Philippe Argouarch

Publié le 24/02/12 17:31 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Agence Bretagne Presse a déjà dénoncé plusieurs fois l'exception française qui consiste a subventionner certaines industries culturelles comme le cinéma et surtout la presse. La Grande-Bretagne comme l'Allemagne ne subventionnent plus la presse. La France si, pour un total des aides directes et indirectes qui s'élèvent à 900 millions d'euros par an. Alors que la TVA vient d'être augmentée pour les taux intermédiaires et que l'on parle de TVA sociale, la presse française bénéficie d'un taux de TVA de 2,1 %. Les subventions s’élèveraient à 15 % du chiffre d'affaire de certains titres mais chacun se garde bien d'en dévoiler le montant exact.

Faire payer l'internet pour s'en défendre

Non contents de ces privilèges exorbitants, les patrons de presse français – on vient de l'apprendre – vont proposer une taxe sur les fournisseurs d'accès à l'internet, les fabricants de tablettes et de smartphones ! Les recettes seraient alors reversées à la presse officielle (celle bénéficiant du statut paritaire et des autres aides). On croit rêver mais non, d'après Le Monde, l'idée a été lancée pour la première fois par l'ancienne coprésidente de Libération, Nathalie Collin, aujourd'hui au groupe Nouvel Observateur. On pourrait aussi revenir à La Pravda et à l'ORTF en plus du franc pendant qu'on y est !

Marchands de canons et d'opinions

Les patrons de presse français, déjà bien engraissés en tant que marchands de canons (l'industrie de la presse française est en grande partie aux mains des fabricants d'armes comme Dassault etc.) seraient séduits par cette idée de faire financer ce qu'ils considèrent un "service public" par la technologie qui remet en cause leurs privilèges et leur pouvoir. ABP considère que ce service, dit public, contient un pourcentage variable de propagande de l'État au bénéfice de sa domination culturelle et politique. Cette presse pour la plupart parisienne, ou abreuvée à la source parisienne de l'AFP, consolide jour après jour la domination de l'Île de France sur le reste du territoire — Elle ne dénonce jamais le jacobinisme de gauche comme de droite, c'est-à-dire le jacobinisme institutionnel de la République et son projet de domination. "Do not bite the hand that feeds you" (Ne mordez pas la main qui vous nourrit) disent les Américains. L'État français a besoin de cette presse docile. Alors même que l'État doit emprunter 700 millions d'euros par jour pour continuer à fonctionner, la presse est épargnée, voire cajolée.

Les citoyens français accepteront-ils cette nouvelle couleuvre ? Quand on touche au portefeuille et à l'internet, on est en droit d'en douter.

On remet ça

En 2007 les patrons de presse avaient fait promettre un Grenelle de la presse sans doute en échange de leur soutien à Nicolas Sarkozy. Le Grenelle eut lieu en 2008, les subventions augmentées, les privilèges confirmés, la presse internet en partie invitée au partage du gâteau. Vont-ils cette fois essayer de négocier cette nouvelle taxe auprès des candidats ? Il semblerait bien que oui.

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 3 commentaires
Paul Chérel
2012-02-24 17:54:26
Bravo ! Les media en général, la presse écrite en particulier, ne servent qu'à formater les esprits selon la pensée unique du moment. Leur servilité aux pouvoirs est alors payée en retour au moyen de subventions et autres aides de toutes natures. Paul Chérel
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Emilie Le Berre
2012-02-24 20:26:55
Comme si les maréchaux-ferrants demandaient une taxe sur les pneus de voiture.
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Jak le Dreuzic
2012-02-25 00:16:56
La France se complaît aux choix économiques aberrants. Nous, Bretons, n'avons pas la vocation de faire vivre 1/3 de la France avec les impôts que nous payons et qui ne nous reviennent jamais. Nous, Bretons, n'avons pas la vocation d'être une colonie rentable et corvéable à merci pour Paris. Nous, Bretons, n'avons pas la vocation de subir leurs aberrations.
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