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Anglais, gaélique, scot : les trois langues de l'Écosse

Chronique de Kerne Multimédia (porte parole Fanny Chauffin) publié le 1/08/17 10:38

Langues d'Écosse, cartographie
Langues d'Écosse, cartographie

Il est rare d'entendre parler du scot, langue d'origine germanique, alors que c'est une langue parlée par un million 500 000 habitants (2005), auxquels s'ajoutent 30 000 Irlandais du Nord (Ulster). C'est pourtant une langue qui n'a aucun statut, n'a pas été standardisée (pas d'orthographe commune au scot parlé dans différentes régions d'Écosse).

Le gaélique, car participant à l'identité actuelle de l'Écosse (le scot a donné son nom anglais à l'Écosse - «Scotland») celtique et se revendiquant indépendante de l'Angleterre, ne compte cependant que 57 375 locuteurs en 2011. Il est reconnu comme «langue officielle de l'Écosse», alors qu'il est surtout parlé dans les Highlands et les Hébrides.

Sur une population totale de 5.295 millions d'habitants, l'Écosse a donc 2% de locuteurs de gaélique (en Bretagne, on s'en rapproche, avec 120 000 locuteurs sur 4.616 000 habitants). On pourrait faire un rapprochement avec les trois langues de Bretagne : breton, français, gallo. Le gallo peine à trouver une standardisation, le breton qui est celtique, est donc plus «à l'origine» d'une Bretagne indépendante (l'Écosse était indépendante jusqu'en 1707).

Un spécialiste de la question, James Costa, dit que le nationalisme écossais «ne serait pas un nationalisme linguistique mais économique», contrairement au Pays de Galles, la Catalogne, le Pays basque ou le Québec.

Il parle de «récits de revitalisation» qui ont permis à l'Écosse autonome d'exister par ses auteurs (Walter Scott en 1814 avec le voyage d'un jeune Anglais en Écosse, par exemple). L'Écosse est construite alors comme une nation essentiellement celtique, à l'origine très ancienne, comme l'indiquent les chants bardiques du 3e siècle (Ossian, James Macpherson). Le gaélique écossais a de nombreux liens avec le gaélique irlandais dont il ne différait que peu au XVIIIe siècle.

«Langue de paysans, langue de la pauvreté, elle ne fascine la haute société d'Édimbourg que par son antiquité» dit James Costa. le grand mouvement romantique européen du XIXe siècle va concerner aussi les collecteurs comme de la Villemarqué ou l'historien-navigateur de Fréminville en Bretagne.

L'universitaire conclut donc : «Les liens entre langue et nationalisme ne sont clairement pas les mêmes en Écosse et au Pays de Galles ou au Québec. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils n'existent pas. Ils ont présidé à la naissance du nationalisme écossais moderne et sont présents de manière symbolique. On peut en outre faire le pari qu'ils sont appelés à se développer compte tenu de la place de plus en plus prépondérante des langues dans les discours minoritaires à travers le monde».

On estime en effet aujourd'hui à 87 000 les personnes de plus de trois ans qui parlent le gaélique d'Écosse. Et au-delà d'une revitalisation de la langue et d'une revendication de l'indépendance de l'Écosse, c'est aussi une volonté d'être différent et de le montrer à travers une langue qui n'emprunte aucun idiome aux Britanniques...

Sources : James Costa. Langue et nationalisme en Écosse : trois langues pour une nation. Bulletin d'Histoire politique, 2012 ,21 (1), pp.96-106.

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