Symboles et parabole à Notre-Dame-des-Landes

-- Economie --

Chronique
Par Christian Rogel

Publié le 22/11/12 18:58 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Les opposants très divers au futur aéroport de Notre-Dame des Landes ont besoin de symboles fédérateurs pour que leur action soit «lisible», d'autant que les arguments techniques doivent se marier avec des arguments politiques.

Il y a deux axes symboliques : la lutte contre l'Etat omnipotent et donc gaspilleur et la lutte contre le «système» (dont le premier est complice) qui accapare des richesses communes.

Il est fait référence de manière, soit incantatoire, soit interrogative, aux luttes pour empêcher la construction d'une centrale nucéaire à Plogoff (là où se trouve la Pointe du Raz) et l'extension d'un camp militaire sur le Causse du Larzac (Centre Sud de la France).

C'est le premier gouvernement de la gauche qui avait renoncé aux projets en 1981.

Dans les deux cas, la remise en route d'une activité agricole sur les sites menacés avait été mise en avant comme le symbole de la lutte contre l'accaparement des terres par l'Etat.

Un berger avait été installé sur des terres rachetées par de centaines de gens à Plogoff et les agriculteurs du Larzac avaient construit de leurs propres mains une bergerie illégale en pierre du pays. Là aussi, des gens de toute la France avaient acheté des parcelles de terrain.

Manque de chance, le bocage nantais associé à la lande est beaucoup moins glamour que les étendues rocailleuses et vacancières de Bretagne et du Massif Central.

A Notre-Dame des Landes, on manie des symboles, mais le sens en est très différent.

La majorité des terres a été progessivement achetée par le Conseil général de Loire-Atlantique, à la demande d'Oivier Guichard, député-maire de La Baule et ministre de l'Equipement de 1972 à 1974.

Ce qui restait a été acheté par Vinci en 2011-2012 et la procédure d'expropriation finale doit être achevée au début de 2013.

Il n'y a donc pas une nombreuse population locale, comme dans les deux affaires précédentes, qui puisse occuper le terrain physiquement et mettre en place des occupations symboliques.

Comme la population manquait, il a fallu la «créer» et ce sont quelques dizaines de jeunes, appelés les «Camille» (ils se font tous appeler ainsi), qui sont venus s'installer dans des bâtiments abandonnés ou des cabanes perchées dans des arbres.

Une fois que ces abris ont été détruits par les autorités le 16 octobre dernier, ils ont été reconstruits, à partir du 17 novembre, sous forme de grands bâtiments de bois, dont certains serviront de lieux de réunion.

Une partie des occupants se consacre à la production agricole, comme les légumes bio destinés à être vendus dans des circuits courts.

Et c'est là que se trouve la différence avec les deux luttes précédentes.

Ces activités sont présentées comme un contre-modèle de vie, une vie qui exclurait, l'agriculture intensive et polluante, le commerce façon grande distribution et l'usage de véhicules consommant des ressources non renouvelables, dont l'avion est l'exemple le plus vorace.

Il ne s'agit plus de symbole, mais de parabole.

La parabole est un discours religieux. Elle est portée par un ou des prophètes gourous et les premiers disciples.

Le prophète raconte des histoires moralisatrices et présente ses disciples en exemple de nouvelle vie harmonieuse.

Certains des disciples sont connus pour avoir porté haut les couleurs de la nouvelle religion et souffert une sorte de passion du Christ.

Ainsi, José Bové, venu réouvrir une maison expropriée, lève haut son tournevis pour rappeler qu'il est un converti qui s'est déjà illustré pour la nouvelle foi comme squatter au Larzac en 1976 et démolisseur d'un MacDonald's en 1999.

Le beaucoup moins exubérant, Jean-Vincent Placé (président du groupe des sénateurs verts), se contente de dire que sa présence est normale, mais, il aura, plus tard, une autre messe à célébrer, moins joyeuse, avec ses «partenaires» socialistes.

La parabole du retour à la vie naturelle joue le rôle qu'on attend d'elle : unifier des sensibilités différentes, de projets politiques concurrents et des espoirs de faire bouger «le système».

Un symbole est fait pour envoyer un signal, une parabole est plus complexe à manier.

Elle devra subir l'épreuve en grandeur nature du retour plus ou moins lointain à la légalité.

Le «mauvais» shériff de Nottingham voudrait parler avec la bande de Robin des Bois et lui dire que, (c'est un exemple), il voudrait partir tôt le matin pour aller en avion pour faire des affaires à Kiev.

Ils lui répondent par la parabole de l'agriculture bio et lui conseillent :

- d'y aller en train (30 h)

- de passer par Roissy (+ 2 h 30). Impossible de revenir le soir.

- d'arrêter de nourrir le capitalisme et de devenir maraîcher

- d'oublier ses réélections successives et de démissionner.

Que va faire le shériff qui ne veut pas subir le sort de son prédécesseur dans la légende ? Il refuse d'aller sur le terrain des symboles. Sa parabole à lui, c'est que Nottingham va devenir le Manchester du Royaume.

Pour lui, Robin des Bois pourrait rester au fond de la forêt, si celle-ci ne devait pas être, bientôt, une plate-forme pour s'élancer dans le vaste monde.

Comment sort-on de la forêt de Sherwood ?

En prenant la place du shériff et en décapitant les seigneurs arrogants ou comme lutteur errant en quête d'une nouvelle lutte symbolique ?

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