Partis ethno-régionalistes autonomistes, nationaux-fédéralistes, euro-régionalistes ou indépendantistes ?

-- Politique --

Chronique
Par Christian Rogel

Publié le 27/02/15 19:30 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le terme de parti ethno-régionaliste est consacré par l'usage dans la science politique internationale. Il y a relativement peu d'études sur cette catégorie de parti et la thèse soutenue en 2010 devant un jury de Sciences Po Paris, présidé par Nonna Mayer est une étude capitale. (voir le site)

L'auteur est Frédéric Falkenhagen, un bilingue francais-allemand, à l'aise dans les universités de deux côtés du Rhin et c'est pourquoi, il fait une place à l'Union chrétienne sociale en Bavière (CSU), le parti de droite hégémonique dans son Land et qui gouverne en accord avec la CDU, parti conservateur qui gère le plus souvent l'Allemagne.

Trois autres cas de partis ethno-régionalistes sont examinés : le Parti National écossais (SNP), le Plaid Cymru (Pays-de-Galles) et le Vlaams Blok (Flandre belge).

Qu'est-ce qu'un parti ethno-régionaliste ?

L'auteur se pose quelques bonnes questions :

Que pensent ceux qui se déclarent proches des partis ethno-régionalistes à travers quatre régions au sein de trois pays d'Europe de l'Ouest ? Se ressemblent-ils à travers les pays ? Que peuvent-ils nous dire sur le nationalisme et la politique à partir de l'identité ? A quoi ressemble leur nationalisme? Sont-ils le c½ur d'une nouvelle radicalité ?

Il examine d'abord les formes que peuvent prendre les partis, partis protestataires (comme le fut le PCF, quand il monopolisait la contestation), partis d'électeurs, partis de notables, partis d'élus en posant les questions des clivages linguistiques et sociaux, des « nations prolétaires », parti voulant représenter le peuple et celui qui veut pousser un programme.

Une forte attention est accordée au chercheur flamand, Lieven de Winter, qui a proposé en 1994, une définition du parti ethno-régionaliste qui lui semble bien fonctionner : « un parti qui postule la différence culturelle irréductible d'une catégorie clairement définie de la population et demande afin que cette différence puisse être prise en compte adéquatement une modification de la structure de gouvernement adaptée aux besoins ».

Les 6 degrés des partis ethno-régionalistes

En 2001, le même chercheur a proposé une classification en 6 degrés des partis ethno-régionalistes de l'Europe occidentale que F. Falkenhagen trouve performante :

- Le parti porte-parole qui est la voix de sa communauté et ne demande pas de changements de la manière de gouverner

- Le parti autonomiste qui demande l'autonomie pour les affaires intérieures avec des demandes possibles pour la langue, le droit, le territoire ne passant pas forcément par la Constitution, mais par des lois spécifiques

- Le parti national-fédéraliste qui demande une réorganisation profonde de l'État central, qui doit devenir fédéral et comprendre deux échelons dans la Constitution, avec des degrés possibles, jusqu'à la transformation radicale de l'État

- Le parti euro-fédéraliste qui revendique l'indépendance avec les attributs de l'État-Nation et l'adhésion pleine à l'Union européenne, acceptant donc un transfert de souveraineté

- Le parti indépendantiste qui ne souhaite que l'indépendance complète sans vouloir fair partie de l'UE ou même s'y opposant.

- Le parti irrédentiste qui demande un rattachement à un autre État, est devenu rare, mais le Sinn Fein qui demande le rattachement de l'Irlande du Nord à l'Eire s'en approche.

Des résultats électoraux volatils

Les résultats électoraux de ces partis manquent souvent de constance, et en cas d'échec et montre la survie est liée à un positionnement idéologique clair vis-à-vis du principal concurrent t (Parti québécois et SNP). Il note la grande volatilité de l'électorat, des électeurs nouveaux prenant la place des anciens.

Se positionnant sur des sujets considérés comme secondaires par les partis centraux, ils ne peuvent s'inscrire dans aucune alliance de gestion, ce qu'il fait qu'ils sont ignorés. Il est indiqué que les héritages laissés dans beaucoup de pays européens par la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les souvenirs des guerres du Biafra et de l'ancienne Yougoslavie, ont des effets négatifs.

Quatre partis très divers

le Plaid Cymru est vu comme un parti à l'ancienne, trop lié aux zones galloisantes du Nord-Ouest, ce qui l'empêche d'avoir des élus dans les anciennes vallées minières du Sud, plus anglicisées et plus attachées aux clivages de classe.

L'auteur estime pourtant que, ni le parti gallois, ni le parti écossais n'ont jamais monopolisé le nationalisme de leur pays, tandis qu'il semble attribuer à Thatcher leurs montées dans les votes.

Il lui semble que le SNP n'a pas gagné à la Dévolution, qui l'a affaibli au niveau du Parlement anglais.

La CSU, implantée dans le moindre village et proposant une vision des questions politiques posées au niveau fédéral à travers le prisme de la Bavière. évite le discours trop régionaliste du Bayernpartei (Parti bavarois).

Elle est en « coopération concurrente » avec la CSU et a compensé son ancrage plus local par un « maniement... de la parole qui a souvent donné lieu à l'impression que la CDU était... à la remorque de la CSU ». Parfois, la coexistence a pu être plus explosive qu'avec le Parti socialiste (SPD).

Un dicton prétend qu'en Bavière, les horloges tournent différemment ( Bayerns Uhren gehen anders), mais, personne n'a su déterminer une structure sociale différente en Bavière.

Le Vlaams Blok est classé, comme le Front national français, dans l'extrême-droite populiste. sa rhétorique extrémiste et xénophobe jette le discrédit sur les mouvement nationalistes flamands traditionnels comme la Volkunie, qui partage avec lui une représentation historique de la nation flamande bafouée depuis la Révolution française.

Les composantes sociales des électorats

Le travail majeur a consisté en un regroupement des sondages post-électoraux, concernant les quatre partis test. Notons que ce serait tout bonnement impossible de faire l'équivalent en France, car les partis similaires ont des résultats si faibles que les sondages sur leur électorat sont inexistants.

Pour la composition sociale, on note une prédominance des « cols bleus retraités », de la classe moyenne répartie en trois types , l'indépendant, le diplômé supérieur et l'employé de bureau, et deux groupes plus inattendus, les femmes au foyer d'âge mûr et les précaires.

Quatre familles composent les électorats : le fédéralisme (attachement à la petite et à la grande patrie), le nationalisme (nationalisme pragmatique , nationalisme localiste/traditionaliste et nationalisme apolitique), la protestation (défiance à l'égard du politique, souvent avec une demande d'autorité qui va de pair avec la xénophobie) et la contestation qui au Pays de Galles et en Écosse est surtout composé de « cosmopolites enracinés ». (Voir le tableau de la page 268).

Les partis ethno-régionalistes se ressemblent, mais, pas forcément leurs électeurs

Il y a de fortes ressemblances entre les partis ethno-régionalistes, malgré leurs différences de programme et, s'ils sont sur des positions proches d'un parti central, les électorats respectifs ne se ressemblent pas. Ils ont des électorats interclasses, dont les cheminements peuvent être divers et ne relèvent pas d'un conflit ancien qui serait figé.

Ils sont donc plutôt du type Volkspartei, parfois caricaturé en parti attrape-tout et pour une partie de leurs électeurs, ils ont aussi une fonction tribunicienne (protestation), ce qui fait le grand écart avec l'idée d'une alliance gouvernementale. La demande commune à tous les électeurs est la prise en compte de la spécificité d'une identité régionale dans la structure du gouvernement.

L'électorat, selon, F. Falkenhagen, a des identités multiples et hiérarchisées, et seule un petite minorité n'a aucun attachement à l'État central.

Cette étude d'arithmétique électorale n'est pas facile à lire, mais, elle est conseillée à ceux qui veulent faire sérieusement de la politique en Bretagne.

Christian Rogel

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