-- Patrimoine --

Le couvent des Cordeliers de Savenay fondé par le duc de Bretagne Jean V en 1419 sera restauré

Savenay, perchée sur le rebord du Sillon de Bretagne, abrite un trésor méconnu : le couvent des Cordeliers, fondé en 1419 par Jean V, duc de Bretagne. Transformé successivement en sous-préfecture, en justice de paix, école d'instituteurs, hôpital et bureau de poste, il est à l'abandon depuis 1980 et s'est retrouvé dans un état lamentable. Une association s'est constituée pour lui redonner sa splendeur.

25672_1.jpgCôté nord de ce qui reste du couvent


Ce qu'on appelle usuellement couvent des Cordeliers de Savenay est une longue bâtisse décrépite, située selon un axe est/ouest sur le rebord du Sillon de Bretagne, avec un très beau point de vue sur l'Estuaire. Elle se trouve juste derrière la Poste. C'est l'aile sud d'un couvent qui s'organisait autour d'une cour carrée où se trouvait la chapelle, mais qui a été grandement amputé au XXe siècle avec l'installation de la poste et surtout la construction de la poste neuve sur une partie de l'emprise du couvent. A la même époque, dans les années 1970, étaient aussi détruits, à l'autre bout du département, le prieuré roman de Béré et l'ancien couvent de la Visitation dont ne reste que la chapelle, transformée en garage (voir le site)


Fondé en mai 1419 par Jean V, duc de Bretagne, ce «collège des frères mineurs», prêcheurs, va jouer un rôle prépondérant dans la cité. Le couvent était composé de 4 ailes disposées autour d'une cour, d'une chapelle conventuelle, d'un cloître, de dépendances et de jardins. Devant l'actuel bâtiment s'ouvre une «terrasse au midy» que décrivent les Cordeliers dans l'écrit réalisé à cet effet le 27 février 1790 : « Au devant la face du dortoir situé au midy est une terrasse d'environ 12 pieds, potagés en 14 carrés sans compter les plats de bandes en haut de la même terrasse ». Cette terrasse était donc un jardin long de 43 mètres.

Devenu bien national, durant la Révolution, l'édifice va servir de siège du district en 1790, du tribunal avec la gendarmerie et la prison. Les locaux sont dévastés en 1793 lors de l'insurrection anti-républicaine et de la bataille du 23 décembre qui voit le massacre des Vendéens dans et autour de Savenay. En 1800 la sous-préfecture s'y installe, puis celle-ci part en 1868 pour Saint-Nazaire. L'école normale d'instituteurs occupe les locaux de 1872 à 1912, et va s'installer à l'entrée de la ville dans les locaux construits entre 1908 et 1912 (actuel groupe scolaire public), puis à partir de 1912, le bâtiment devient propriété de la commune et la Bibliothèque Municipale, la Caisse d'Epargne, la Justice de Paix et la Perception y sont installés. De 1914 à 1918 l'hôpital filial français y est installé puis l'hôpital américain de la Red Cross prend sa place en 1918. Enfin de 1921 à 1979 la poste y tient ses bureaux, qui sont remaniés en 1930 et après-guerre ; des bâtiments neufs sont construits devant le couvent à la fin des années 1970 (source : (voir le site) ). Abandonné depuis plus de trente ans, ce qui reste du couvent s'est dégradé : le plancher du premier étage au milieu du bâtiment est une passoire, toutes les vitres sont cassées et les fenêtres murées, les cheminées extérieures et le crépi du début du XXe défigurent le bâtiment et l'escalier n'est même plus utilisable (voir photos jointes à l'article).

Alain Chauveau, adjoint au maire de Savenay et président de la communauté de communes Loire et Sillon de Bretagne, explique « Toutes les mairies précédentes ont failli sur ce dossier. Résultat, on fait du neuf, des HLM, alors qu'on n'est même pas capables de réhabiliter les vieilles pierres, et de les faire vivre. L'actuelle municipalité a décidé de s'engager pour faire bouger les choses. Nous allons soutenir la restauration, comme cela a été fait pour la chapelle Sainte-Anne de Rohars en Bouée, en apportant de l'aide via une subvention aux travaux ». Une association s'est constituée, afin de fonder un cadre juridique et permettre de rechercher mécènes et investisseurs. « Mais aussi », explique Pascal Teinturier, l'un de ses administrateurs, « afin d'intéresser les habitants de Savenay au couvent ».

Il constitue un lieu historique d'importance pour la commune, tant parce qu'il a été fondé au XVe par un duc de Bretagne qu'il a abrité depuis la Révolution une grande partie des administrations publiques qui ont fait la grandeur de la ville. L'association envisage de restituer le couvent selon son apparence sous Louis XIV, date de sa dernière grande restauration de l'époque où il était occupé par les religieux qui avaient plusieurs autres établissements dans le diocèse de Nantes, notamment rue Saint-Jean à Nantes (voir notre article), à Ancenis, fondé en 1448 (voir le site) au Bourgneuf-en-Retz (1428) (voir le site) à Ruffigné dans la forêt du Teillay (XVe) (voir le site) et à Clisson (1410) (voir le site)


Les travaux doivent commencer avant octobre 2012, plusieurs financeurs étant déjà trouvés. Le couvent sera restauré et transformé en résidence de jeunes artistes et artisans et non en musée. Ici, on est en Bretagne, et il y a entre Savenay et la Bretagne un lien évident et non dénonçable. Nous envisageons de nous rapprocher des écoles d'art de Rennes, des musiciens de là-bas, afin que le couvent des Cordeliers soit un lieu vivant pour l'art breton. Le lieu s'appuiera sur le soutien économique durable de la commune et de la communauté de communes de Savenay, afin de s'inscrire durablement dans le paysage culturel haut-breton.

Le bâtiment ne sera pas classé, afin d'éviter un renchérissement de ses coûts d'entretien. En revanche, autour de Savenay, plusieurs monuments de grande importance pour la Bretagne ont été classés, notamment l'abbaye de Blanche Couronne en 1994. Ils participent à un maillage territorial du patrimoine très dense qui regroupe plusieurs châteaux médiévaux, dont le château du Goust, qu'une association remonte pierre par pierre dans le bas de la commune de Malville, celui d'Escuray, pour lequel Prinquiau a débloqué 50.000 € afin de réaliser les travaux les plus urgents, celui de la Cour de Bouée, qui est privé, ou encore les 19 manoirs de Bouée, dont plusieurs (la Bouquinais, la Rostonnerie, la Violière…) sont du XVIe. Mais aussi un patrimoine religieux remarquable : outre la chapelle de Blanche Couronne qui nécessite des moyens et de l'entretien d'urgence, la chapelle de Bouée qui vient juste d'être inaugurée, les églises de Bouée, Lavau, la chapelle de Bonne Nouvelle à Donges… Et un patrimoine naturel très bien conservé, des anciens petits ports aux villages remarquables du lit majeur de la Loire.


« On a l'impression ici », déplore Pascal Teinturier « que Nantes et Saint-Nazaire nous regardent au microscope. Ils ont tort, car demain le pointillé qui relie les deux ports ne sera plus que la même et seule ville. Et Savenay se trouvera être le point névralgique de la plus grande métropole bretonne. On regrettera alors d'avoir laissé crouler tout ce patrimoine ». Tout au moins, la volonté municipale d'aller de l'avant à Savenay, et d'éclaircir enfin l'avenir de la vieille et triste friche que constituait le couvent, va dans le bon sens. Savenay et les communes environnantes, tant sur le Sillon que dans le lit de la Loire, ruissellent de patrimoine et d'Histoire. Ne serait-ce que cette croix, toute simple, plantée auprès de la route de Savenay à Lavau. Datée 1793. La France et la Bretagne agonisaient sous la Terreur, les Chouans et les Vendéens étaient traqués comme des bêtes, mais les Bretons tenaient le pays, pour Dieu et le Roi. Et pour le Mal venu sur terre, plantaient des croix de chemin. Après les Cordeliers, un jour sûrement, Blanche Couronne, le Goust et l'Escuray. Pour que cessent enfin l'ignorance et la ruine du plus beau coin de Loire-Atlantique.

Louis-Benoît GREFFE

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Étudiant en droit-histoire expatrié en Orléans, passionné par l'histoire et le patrimoine de la Bretagne. S'intéresse aussi à l'économie bretonne et à l'actualité de Loire-Atlantique.

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