Nantes. Le vandalisme des chapelles des Cordeliers va-t-il se reproduire pour l’ancien Couvent de la Visitation du XVIIe siècle ?

-- Patrimoine --

Dépêche
Par Maryvonne Cadiou

Publié le 22/08/11 16:31 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
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Plaque rappelant le passé pré-révolutionnaire et révolutionnaire du bâtiment.

Encore une attaque du patrimoine religieux de Nantes à craindre ?

Un jeune lecteur breton d'ABP, étudiant en Droit et Histoire hors de Bretagne est revenu à Nantes pendant ses vacances. Passionné du patrimoine religieux de Nantes – témoignage de son passé breton – il a été choqué des atteintes inacceptables faites au patrimoine nantais, comme celles faites cet hiver pendant l'aménagement d'appartements dans d'anciennes chapelles du couvent des Cordeliers (voir le site) de La Tribune de l'Art.

« Ces chapelles n'étaient pas classées Monument Historique », précise Louis-Benoît au cours de la visite commentée du quartier, « mais situées dans le secteur sauvegardé (1)de Nantes : elles n'auraient donc pas dû être altérées ainsi : le chantier a été mené sur ce site comme si l'on construisait “ex-nihilo”, les fenêtres ovales d'origine ont été saccagées, les voûtes écrasées sous des dalles de béton. Une telle “restauration” s'inscrit à mon sens dans la lignée de la débretonnisation de la Loire-Atlantique car elle tend à dégrader encore une trace de son patrimoine breton... L'intervention des services du patrimoine a toutefois permis de limiter la casse et de sauvegarder sur place les voûtes, écussons etc. présents… ».

(1)— Bien noter la différence :

– Classement et inscription aux Monuments historiques : garantie de survie.

– Secteur sauvegardé : laissé à la bonne volonté de l'Architecte des Bâtiments de France. Les rayures épaisses du plan du secteur sauvegardé signifient : « bâtiments à conserver et à restaurer dont la démolition, l'enlèvement ou l'altération sont interdits ».


Le même sort pour le Couvent de la Visitation ?

Ce lecteur aux aguets nous alerte sur un projet à suivre de près. Il signale l'imminence de travaux rue Gambetta concernant ce qui reste de l'ancien couvent de la Visitation, qui date d'avant la Révolution. Construit entre 1654 et 1679 autour d'un château qui en formait l'aile sud (La Mironnerie), ce bâtiment connut un parcours atypique au cours des siècles. Propriété d'un ancien maire, puis couvent, avec adjonctions de bâtiments. Agrandissement en monastère (toujours au XVIIe). Puis la Révolution fait son oeuvre, prison, hôpital, puis caserne, puis bibliothèque municipale jusqu'à 1900. Entre-temps, le château est détruit et remplacé en 1883 par l'arcade de cloître côté rue. Jusqu'à il y a peu ce fut le mess des officiers. (voir le site) de La France des clochers, le site-forum de Louis-Benoît Greffe : page histoire du patrimoine religieux existant, désaffecté et disparu de Nantes.


Le départ de l'Armée de Nantes “dans le cadre de la restructuration des forces armées de la République” est annoncé en mai 2010. Elle libère donc des bâtiments et des terrains. Didier Rykner, le 7 mars dernier, termine ainsi son article sur La Tribune de l'Art : « Le ministère de la Défense met en effet en vente le Couvent de la Visitation, un très bel ensemble des XVIIe et XVIIIe siècles (ill. 12) dont seuls une porte (ill. 13) et le cloître sont inscrits ».


Depuis mars 2011 la vente a été réalisée La pression immobilière faisant le reste, le cloître doit être transformé en résidence de grand standing pour personnes âgées. Louis-Benoît : « Le bâtiment de 1844, une caserne, n’a aucune valeur patrimoniale, d’autant plus que le bâtiment – anciennement du CIRFA (Centre d'Information et de Recrutement des Forces Armées), un peu plus près du centre-ville, sur le même côté de la rue Gambetta – construit à la même époque et dans le même style, est lui, sauvegardé (le CIRFA a déménagé rue des Rochettes).

Les Nantais – et tous les amoureux du patrimoine religieux –, échaudés et avertis par l'affaire des Cordeliers, ne se laisseront-ils plus faire ?


Que deviendra la porte blasonnée d'une hermine ?

La porte d’entrée latérale du couvent sur la rue Dugast-Matifeux est classée monument historique. Que va-t-elle devenir ?

L’affiche mise en place par le promoteur semble répondre qu’elle sera préservée. Mais la réalité des travaux est à surveiller, l’entrepreneur saura-t-il éviter un maladroit coup de bulldozer ?

Le très vieil Araucaria central (arbre “Désespoir des singes”), lui, classé au PLU (Plan Local d’Urbanisme) nantais, a donc des chances de rester debout.


On a vu sur La Tribune de l’Art ce qui est advenu de la magnifique arche de la chapelle de Miranda : (voir le site) photo


Retour sur “La grande misère des Cordeliers de Nantes” vue par L'Estampille/L'Objet d'Art

(voir le site) de L'Estampille/L'Objet d'Art, n° 466, p. 24-25. Didier Rykner note qu'en conclusion de cet article (pas en ligne), « Alexandre Gady y explique que Nantes s'est, depuis plusieurs années, surtout occupée de son héritage industriel, du port et des périphéries, de ses aménagements contemporains et, avec un courage que souligne l'auteur, de son passé colonial, mais qu'elle semble négliger le reste de son histoire ». Lourd constat et lacunes, en effet.

Louis-Benoît commente pour ABP : « On y ajoutera la courageuse réalisation en cours d'un Mémorial à l'Esclavage. On peut tout de même noter qu'il y a un effort sans précédent sur le patrimoine (églises Sainte-Anne et Saint Nicolas, Prieuré sainte-Croix, ancienne hostellerie des Jacobins, rénovation de l'ancien couvent des Carmélites, de la chapelle des Jésuites) partagé entre les collectivités publiques, le diocèse et les investisseurs privés. Dans la majorité des cas, les investisseurs privés respectent le patrimoine qui leur est confié. La rénovation de l'hostellerie des Jacobins est à ce titre exemplaire. Mais ce sont des “bavures” qui gâchent cet effort, et qui échaudent les Nantais attachés à leur patrimoine rescapé des terribles bombardements de 1943/44 et des autres calamités de leur histoire ».


Conserver la Mémoire ? L’exemple de Moulins

La ville de Moulins, dans l’Allier, avait décidé de sauver le souvenir de son Monastère de la Visitation qui allait disparaître en 1990. (voir le site) . Le Musée bourbonnais, géré par la Société d'émulation du Bourbonnais, accueillit une nouvelle salle consacrée à l'ordre de la Visitation à Moulins. (voir le site) pour l’histoire de la fondation du Musée.

En janvier 2005, la Société d'émulation du Bourbonnais a cessé de gérer son musée, et le site devint le Musée de la Visitation et de la Vie bourbonnaise .

En 2010, jubilé du 400e anniversaire de la fondation de l’ordre de la Visitation, un Colloque, une exposition qui attira 12.000 visiteurs, un livre.

Peut-on se permettre à Nantes de courir le risque d'altérer les plus anciens vestiges de la présence visitandine dans notre ville ?

Louis-Benoît : « Rappelons qu'il y a eu depuis la Révolution une nouvelle fondation de la Visitation, rue du maréchal Foch près l'église Saint-Clément. Ce couvent qui date du XIXe, a été construit par l'architecte Liberge (qui oeuvra dans de nombreuses paroisses du département), sur les vestiges de l'ancienne Chartreuse de Nantes ».


Pour en savoir plus, l’équation patrimoniale : DRAC + SDAP = ABF

ABF, quézaco ? Architecte des Bâtiments de France, responsable de la conservation des édifices classés ou inscrits à l'inventaire des Monuments Historiques et de l'adaptation de l'urbanisme à la fois au patrimoine bâti remarquable et aux paysages dans les secteurs sauvegardés ou ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager).

(voir le site) pour le plan du secteur sauvegardé de Nantes (Monuments historiques, zones de 500 m de servitude autour et sites inscrits).


STAP (Services Territoriaux de l'Architecture et du Patrimoine) de la Loire-Atlantique :

– DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) des PDL,

1, rue Stanislas Baudry 44000 Nantes,

Tél.: 02 40 20 59 59, courriel : sdap44 [at] culture.gouv.fr

(voir le site) du STAP44.

– À la Mairie de Nantes.

(voir le site) du promoteur (Les Jardins d’Arcadie). Ne pas confondre avec l’Acadie et les Acadiens dont la mémoire est saluée par une fresque à l’autre bout de Nantes à Chantenay, et par une plaque sur le mur de l'église Saint-Martin.


Maryvonne Cadiou et Louis-Benoît Greffe

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Correspondante ABP depuis février 2007.

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