-- Société --

La diversité culturelle et les droits culturels dans le monde et en Bretagne

Chronique de Le Coadic (porte parole Yves-François Le Coadic) publié le 21/12/18 12:04

Première d’une série de 3 rencontres organisées à Nantes, Brest et Rennes par l’association “Bretagne Culture Diversité”, la conférence qui s’est tenue à Nantes les 22 et 23 novembre 2018 avait pour sujet l’étude de la diversité culturelle du genre humain et des droits culturels afférents. Une cinquantaine de personnes y participait. Elle a été ouverte, comme il est malheureusement commun en France, par les éternelles allocutions des politiques au pouvoir, conseiller municipal et métropolitain, conseiller départemental et conseiller régional. Chacun discourt pour vanter l’action de son corps, commune-métropole, département, région et, n’ayant en général aucune compétence sur le sujet traité, faire passer des messages militants comme le départemental évoquant la ligérianité (“race” des pays de la Loire!), le régional, son affect pour les pères, fils et frères des migrants oubliant au passage les mères, filles et soeurs!

46533_1.jpgles grandes dates des droits culturels

Inaugurée à l’occasion de cette rencontre, une exposition trilingue faite d’une dizaine de panneaux illustrait avec pertinence la problématique des droits culturels et de la diversité culturelle. Cette exposition rappelle entre autres (voir panneau Les grandes dates des droits culturels) les dix principales lois, déclarations, rapports, etc. qui depuis 1948 (date de la Déclaration des droits humains) jusqu’à 2016 (date de l’adoption par le Conseil des droits humains de l’ONU d’une résolution sur les Droits culturels et la protection du patrimoine culturel) ont demandé à tous les États de respecter, promouvoir et protéger le droit de chacun de participer à la vie culturelle, dont la possibilité d’avoir accès au patrimoine culturel et d’en jouir.

Pour parler de diversité, il avait été fait appel à Patrick Chamoiseau. Malheureusement hospitalisé, il a été remplacé par une vidéo (1). C’est son interviewer prévu Christian Ryo qui, avec talent, a présenté l’imaginaire de la diversité de l’écrivain-poète. Expression d’une culture de l’oralité, le créole de Chamoiseau est une langue qui met en relation différents imaginaires. “Cet imaginaire de la diversité implique plusieurs choses. D'abord le caractère mosaïque de cet imaginaire. Deuxièmement, il faut comprendre qu'il n'y a pas eu de synthèse dans le processus de la créolisation que nous avons connu. On conçoit très souvent le métissage comme un processus dans lequel un terme B s'ajoute au terme A et produit une synthèse plus harmonieuse. Or, un examen attentif des sociétés créoles de l'Amérique des plantations montre que les communautés békées, noires, blanches, syro-libanaises, etc., sont restées relativement closes du fait des oppositions historiques, économiques, raciales et culturelles. Mais les enveloppes elles-mêmes ne sont pas closes, elles sont même plutôt poreuses. C'est un peu comme la frontière d'un pays. La frontière, c'est ce qui ferme et ce qui ouvre en même temps. On s'aperçoit que toutes ces communautés, toutes ces entités anthropologiques, baignent dans un liquide amniotique commun qui est le fait créole.” (2)

Les notions de diversité culturelle et de droits culturels au niveau international ont été abordés pour l’ONU par Farida Shaheed et pour l’UNESCO par Giovanni Boccardi. Pour Farida Shaheed, Rapporteuse Spéciale des Nations Unies dans le domaine des Droits Culturels, les droits culturels sont des droits humains. Elle a insisté sur la relation étroite entre ce principe et la diversité culturelle. Elle démontre aussi comment la diversité et les droits culturels contribuent à renforcer le système universel des droits humains. Le représentant de l’UNESCO en charge de la préparation et des réponses aux situations d’urgence a souligné que l’Unesco, dans ce programme, ne développe pas la diversité culturelle mais la préserve comme à Mossoul actuellement.

Ensuite, ce sont deux activistes des politiques culturelles au niveau de deux régions administratives françaises qui sont venus présenter l’inscription de ces notions de diversité culturelle et de droits culturels dans ces entités. On peut se douter que ces régions-croupions ont du mal à se saisir de leurs droits culturels puisque l’expression diversité culturelle est un gros mot pour l’Etat français. Au mieux, on les autorise à favoriser “l’infusion” des principes des droits culturels. “Droits culturels: Ah! Bon, j’ai des droits culturels!”.

La conférence s’est terminée par une présentation de plusieurs projets associatifs mettant en oeuvre l’intégration des droits culturels dans des actions publiques.

Le cocktail offert à l’issue de ces deux journées offrait une diversité culturelle plutôt ultra-marine, racisée, le tout arrosé toutefois d’un muscadet. On aurait apprécié de goûter aussi à la diversité culturelle de la métropole française et ses spécialités alsacienne, basque, catalane et corse. Mais peut être ne faut-il pas parler des droits humains pour ces cultures battues par la violence coloniale interne française!

(1) Recréer la relation humaine

(voir le site)

(2) Peterson, M. (1993). Patrick Chamoiseau : L’imaginaire de la diversité . Nuit blanche, magazine littéraire, (54), 44–47.

(3) Pour information: à l’occasion des 70 ans de la déclaration des droits humains, un excellent débat: “Universality, diversity and cultural rights” (voir le site)

Voir aussi :
©agence bretagne presse

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Yves-François LE COADIC
Youenn-Fañch AR C'HOADIG

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