Histoire de l'Armorique et la Bretagne

-- Histoire de Bretagne --

Présentation de livre
Par Philippe Argouarch

Publié le 1/11/18 14:47 -- mis à jour le 03/11/18 11:38

Ce livre d'histoire de Bretagne est une révolution en soi car il représente une cassure avec la litanie d'Histoires de Bretagne toutes plus ou moins recopiées des unes des autres. Un véritable travail de recherche a été entrepris par les deux auteurs qui pourtant ne sont pas des universitaires mais des profs d'histoire de lycée. Être universitaire de toutes façons vous rend suspecte vu les nécessités de suivre un certain révisionnisme, une version officielle de l'histoire de Bretagne que l'on admet et prêche, consciemment ou pas. Je n'ai lu que les parties de cette histoire qui m'intéressaient et donc mes critiques sont partielles et incomplètes. Cette revue d'ailleurs ne concerne que la première partie de l'ouvrage, l'histoire jusqu'à l'incorporation du duché au royaume de France. Il serait trop long de lister tout ce qui est bien traité, je me contenterai de parler que de ce qui m'interpelle.

46108_1.pngHistoire de l'Armorique et de la Bretagne

Quand j'ouvre un nouveau livre d'histoire aujourd'hui, je vais directement à la section sur l'annexion du duché au royaume de France, histoire de voir l'objectivité des auteurs. Pour une fois j'ai été agréablement surpris car c'est rare qu'un livre d'histoire de Bretagne sorte de la ligne du parti (le parti de la France) et remette en cause les droits sur le duché de Claude de France, fille d'Anne de Bretagne et de Louis XII, et de son mari, le comte d'Angoulême, futur François 1er.

L'annexion du duché à la couronne

Michaël Gendry, qui a fait la première partie du livre, écrit «seulement quatre mois après son décès (Anne de Bretagne) , sa fille Claude épouse François d'Angoulême, futur François 1er, à l'encontre du contrat de mariage d'Anne de Bretagne, ce dernier se fait remettre tous les droits de son épouse sur le duché». Pour préciser, et le livre aurait dû le préciser clairement, elle n'en avait aucun. Michaël Gendry rapporte aussi que la pauvre Renée, âgée seulement de 15 ans, n'est pas dupe puisqu'elle aurait dit «Si Dieu m'avait donné de la barbe au menton, les Bretons auraient été mes sujets», ce qui montre qu'elle est consciente de ce qui se passe et que d'autre part on lui avait caché le fait que la loi salique ne s'appliquait pas en Bretagne et qu'elle en était la duchesse héritière légitime avec barbe ou sans barbe. ABP a d'ailleurs fait des recherches sur le sujet (voir notre article), elle intentera bien un procès de retour de son exil en Italie pour récupérer son duché.

Pour préciser le mot «traité d'union» n'est pas prononcé dans le livre mais bien «Edit d'Union de 1532». Ouf ! Quant à la demande des États-de-Bretagne pour cette «union», on aurait aimé plus de détails, voire des documents, en tous cas, il aurait été nécessaire de mentionner l'achat de parlementaires par François 1er et autres pressions y compris militaires que le Dr Melennec a démontrés d'une façon incontestée dans un essai où il démontre l'invalidité de l'union sur le plan du droit international. À ce sujet l'Histoire de Bretagne de Skol Vreizh tome II, publiée en 1974, avait été précurseure reprenant en partie ce que Bertrand d'Argentré avait révélé dans son Histoire de Bretagne publiée en 1588 après plusieurs interdictions royales.

Alexander Thom

Comme la civilisation mégalithique m'intéresse depuis très jeune j'ai lu ce chapitre en second. J'ai été aussi agréablement surpris de voir le professeur écossais Alexander Thom cité à propos de Carnac. Il se trouve que j'ai lu tous les ouvrages de Thom. Des ouvrages en anglais épuisés aujourd'hui et inexistants en français y compris son magistral Megalithic lunar observatories. Ses livres se vendent pour 100 livres sterling minimum chez les vendeurs de livres rares, y compris en ligne. Il y a donc une petite erreur à la page 29: Alexander Thom n'a jamais prétendu que Carnac servait à prédire les soltices. Alexander Thom, qui a découvert le yard mégalithique, a aussi découvert que les cromlechs ovoïdes servaient à prédire les lunstices, car la lune a aussi des extrêmes de couchers et de levers à l'horizon comme le soleil. Ces prédictions étaient essentielles dans l'antiquité pour prédire les éclipses. Les Grecs et, de toutes évidences, les proto-celtes qui ont construit ces cromlechs connaissaient le cycle des éclipses, dit cycle de Saros. Thom a découvert que tous les alignements, y compris ceux de Carnac, avaient à leur bout des cromlechs ovoïdes, des cromlechs presque tous disparus aujourd'hui. Sa théorie sur Carnac est sans doute la plus contestée mais ses travaux sur les cromlechs britanniques sont tout à fait remarquables, très bien documentés via des relevés extrêmement précis et plausibles des alignements entre des pierres dressées et des échancrures du relief de l'horizon au moment des levers de lunes aux lunstices. Il a lui-même assisté à un de ces levers tout à fait par hasard, sur l'île de Lewis je crois, et ce fut le début de 30 années de recherche. Ce professeur d'engineering , décédé en 1984, n'a pas eu le temps de résoudre complètement le mystère des alignements mais il a solutionné le mystère des cromlechs ovoïdes.

Lacunes sur les recherches génétiques récentes

On trouvera dommage que Michaël Gendry n'ait pas incorporé les dernières recherches génétiques britanniques car elles remettent en cause les théories des historiens et archéologues qui, systématiquement, mettent des vagues migratoires d'Asie mineure vers l'Europe jusque dans les îles britanniques. Les innovations migrent, pas forcement les gens ! Un style commun de poteries, d'armement, ou de funérailles ne prouve pas une migration.

La vérité est toute autre. Les périodes glaciaires et de réchauffements climatiques font que les flux migratoires sont nord-sud et sud-nord et non pas est-ouest. En période de glaciation les peuplades descendent vers le sud jusqu'en Afrique qui d'ailleurs n'est pas toujours séparée de l'Europe. La Manche aussi disparait pendant les périodes de glaciations facilitant les migrations. Lors des périodes de réchauffement, comme aujourd'hui, les gens remontent vers le Nord. C 'est la seule explication plausible pour expliquer les similarités génétiques des Écossais et des Basques et aussi celles des Irlandais souvent similaires aux Espagnols. Les vieux textes irlandais d'ailleurs rapportent que les «Fils de Mil», la dernière migration, venait d'Espagne. La carte génétique de l'Europe (voir le site) montre bien des connexions sud-nord pour la face atlantique et non pas est-ouest en particulier avec le gène commun de la face atlantique de l'Europe, le fameux R1B.

Finies les images d'Épinal

Les illustrations et les cartes sont presque toutes originales et différentes des images ressassées et recopiées qu'on a l'habitude de voir dans les livres d'Histoire de Bretagne. On regrettera toutefois que, comme pour les livres d'histoire de Joël Cornette, on ne voie jamais de photos de la monnaie bretonne frappée par les ducs ou de traités internationaux, deux preuves de la souveraineté du duché. Une demi douzaine de traités internationaux entre des ducs et des rois d'Angleterre, du Portugal ou de la Suède existent pourtant aux archives départementales de la Loire-Atlantique. Quant aux monnaies que les ducs frappaient, on en voit dans toutes les collections numismatiques (voir le site)

Histoire de l'Armorique et de la Bretagne

Michaël Gendry, Vincent Béchec

Réf. : LUP2856

Année d'édition : 2018

Edition : La Geste Editions. Reliée

Format : 19,3 x 26 cm

Isbn : 979-10-353-0205-4

Nombre de pages : 264

Prix : € 29,90

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