Cécile Corbel : Tout est une histoire de rencontres...
Interview de Philippe Argouarch

Publié le 10/10/10 5:01 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Cécile Corbel n'arrête pas de nous étonner. Née dans un petit village du Cap Sizun, elle est devenue en quelques années une harpiste de renom international. Remarquée par un des plus grands producteurs de films japonais, elle est engagée pour composer une des chansons de leur dernier film et finit par en faire toute la musique et un nouvel album (Karigurashi no Arrietty soundtrack album) ! Timide et réservée comme l'était Alan Stivell à ses débuts, elle partage avec lui le chaudron magique du folk-celtique d'outre Manche et d'outre Atlantique et, comme lui, sans en oublier la composante bretonne. La dextérité de ses doigts de fée accompagne une voix pure, presque enfantine, mais qui maitrise déjà quatre langues : le français, l'anglais, le breton et le japonais. Cécile a répondu à quelques questions d'ABP et annonce ici en exclusivité la sortie prochaine d'un coffret de ses 3 premiers albums.


[ABP] Il y a tellement de jeunes et nouvelles harpistes en Bretagne, toutes aussi talentueuses les unes que les autres que l'on ne semble plus savoir où donner de l'oreille ! Comment expliquez-vous une telle profusion 40 ans après "Reflets" et "Résurrection de la harpe celtique" d'Alan Stivell ?

[CC] Je crois que l'instrument lui même y est pour beaucoup. Alan Stivell l'avait fait revivre et connaître du grand public il y a déjà plusieurs années. Aujourd'hui, j'ai l'impression que de plus en plus d'écoles de musique enseignent la harpe, de plus en plus de jeunes sont séduits par cet instrument qui possède une aura et un charme très attirant. En Bretagne c'est vrai qu'il y a beaucoup de harpistes, chacun dans son style. Je trouve que ça crée une bonne émulation et que ça participe au rayonnement de la harpe.


[ABP] Vous semblez vous départager avec un style bien à vous et des inspirations multiples, bretonnes mais aussi anglo-saxonnes... Quelles sont vos inspirations ? Maddy Prior des Steeleyes Span vous a-t-elle influencée ? Plus récemment, Loreena McKennitt vous inspire-t-elle ? Quel a été le rôle d'Alan Stivell dans l'épanouissent de votre carrière ?

[CC] C'est difficile de définir soi-même son style musical. On peut dire que je joue de la musique folk-celtique du XXIe siècle., mais je n'aime pas trop les "cases" et j'essaye de rester libre de me balader selon mes inspirations quand je compose. J'aime beaucoup la musique irlandaise et le folk anglais et américain (je connais bien la musique de Maddy Prior !) mais j'aime aussi la musique médiévale, moyen orientale, et j'écoute beaucoup de musique pop, du rock progressif ou même du hard rock). J'aime la musique de Loreena McKennit, sa personnalité et sa voix sont fascinantes, et Alan Stivell reste mon musicien et compositeur breton favori.


[ABP] Vous venez de composer la musique du dernier film du studio japonais Ghibli : "Karigurashi no Arrietty". On a bien compris que c'est vous qui leur avez envoyé votre dernier album et qu'ils ont aimé, mais comment en premier lieu vous êtes-vous intéressée à leurs films, surtout qu'on ne doit pas les voir souvent dans les salles de cinéma du Cap Sizun ? En quoi ces films japonais vous inspirent-t-ils ?

[CC] Je suis fan des films du studio Ghibli depuis des années. Avec mon complice musical Simon Caby nous avons dû voir tous leurs films des dizaines de fois. Ce sont des films qui me rendent vraiment heureuse, qui m'aident à rester positive. C'est aussi une façon particulière de raconter les histoires, loin du formatage de certaines productions américaines. Les thèmes sont souvent très beaux et poétiques : l'enfance, la magie, le respect de la nature, les esprits...Je trouve qu'il y a parfois même une touche celtique dans certaines thématiques : beaucoup d'héroïnes féminines, des esprits habitant la nature, des divinités anciennes, le respect de la forêt et des arbres, des passages magiques vers d'autres mondes (...) C'est encore plus vrai pour le nouveau film "Arrietty" puisqu'il relate l'histoire de lutins vivant sous les maisons des hommes... On n'est pas loin des korrigans bretons ou des leprechauns irlandais ; alors je croise les doigts pour que le nouveau film à sa sortie soit bien relayé dans les cinémas bretons et du Cap Sizun !


[ABP] Vous faites régulièrement des tournées à l'étranger comme en Allemagne où vous partez demain, êtes-vous plus reconnue à l'étranger qu'en France ? Comment expliquez-vous qu'on vous invite rarement (jamais ?) sur les plateaux des télés nationales malgré un succès international qui commence à s'établir ?

[CC] Au Japon j'ai eu l'occasion de me produire dans beaucoup d'émissions de télévision et donné beaucoup d'interviews sur les radios et journaux dans tout le pays. C'est une expérience intéressante d'être très médiatisée mais pas forcément épanouissante ! C'est vrai qu'en France ce n'est pas exactement la même situation mais je préfère ne pas y réfléchir, les choses arrivent ou n'arrivent pas ; l'essentiel pour moi n'est pas d'être relayée en télé mais de pouvoir donner des concerts à mon rythme et que des gens aient envie de venir nous écouter avec les musiciens. Nous avons la chance de jouer souvent à l'étranger, en Allemagne notamment.


[ABP] Pensez-vous que les Bretons aient une sensibilité musicale différente ?

[CC] Je ne crois vraiment pas qu'il y ait des différences entre les êtres humains selon leur région d'origine ou leur appartenance ! C'est vrai que les Bretons sont fiers de leurs musiques traditionnelles et qu'il les font vivre peut-être plus que dans d'autres régions. Quant à moi, si je joue plus souvent en Bretagne c'est uniquement parce que j'y ai mes racines et que des liens se tissent au fil des années entre les organisateurs de spectacles, les salles, le public local et nous... Tout est une histoire de rencontres !


[ABP] Le nouvel album sort quand ?

[CC] Je sors le 26 novembre un coffret de mes 3 premiers albums [harpe celtique et chants du monde, songbook 1, songbook 2]. Les deux disques que j'ai enregistrés pour le projet de musique de film au Japon sortiront à peu près au même moment que le film en France (date prévue pour le début d'année 2011). Quant à mon projet d'album personnel il est en cours d'enregistrement mais j'aime bien prendre mon temps alors je pense plutôt à une sortie au printemps 2011, peut-être au mois de mai.


[ABP] Bran Music est-il votre propre studio et maison de production ?

[CC] Oui, Bran Music est ma petite structure et m'accompagne et s'occupe de la production de mes albums depuis 2005 maintenant. C'est très artisanal mais Bran Music est maintenant connue jusqu'au Japon !


[ABP ] Merci et bonne tournée en Allemagne !


Notes : Les dates de la tournée en Allemagne ont été mises à jour :

Fr., 08.10.'10: Aidlingen, Schlosskeller, 20:00 Uhr

So., 10.10.'10: Püttlingen (Saarbrücken), Gemeindehaus, Harfenworkshop (13:00-16:00) - Anmeldung und Infos: 06805-7601

So., 10.10.'10: Saarbrücken, Martinskirche Köllerbach, 18.00 Uhr

Mi., 13.10.'10: Harfenworkshop, München - Anmeldung und Infos: 089-500 966 53

Do., 14.10.'10: München, ars musica e.V. "Kleines Festival der Weltmusik" & Harfenkurs (bitte frühzeitig anmelden), 20:00 Uhr

Fr., 15.10.'10: Darmstadt, Jagdhofkeller, 20:00 Uhr

Sa., 16.10.'10: Weimar, Kunstturm, 20:00 Uhr

So., 17.10.'10: Weimar, Kunstturm (Matinée, 11:00 Uhr)

So., 17.10.'10: Meißen, Theater

Philippe Argouarch

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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