Noce maudite : une lecture d'été étonnante, un roman d'Anne Guillou

-- Cultures --

Chronique
Par Fanny Chauffin

Publié le 15/07/12 10:44 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

La tragédie d'une femme, Barbe R. guillotinée à Morlaix en 1844

Le séjour sous la couette risque de se prolonger avec les douches écossaises du temps breton de ce mois de juillet. Donc, lire. Lire un livre d'une nouvelliste et romancière bretonne trop peu connue, Anne Guillou. Sociologue, elle a beaucoup parlé du matriarcat breton et de la place des femmes dans la société bretonne. Une de ses nouvelles « Les talus sont arrachés », raconte l'évolution d'une famille qui transforme profondément ses techniques agricoles dans les années 1950. Mieux qu'un long discours.

Ici, c'est à l'histoire singulière d'une femme qu'elle s'attache. C'est « Femmes criminelles de Bretagne » – le travail d'Annick Le Doujet, greffière au Tribunal de Quimper – qui lui a inspiré ce roman. Le récit est à la première personne, c'est une jeune fille qui parle, qui raconte sa lente descente aux enfers, ce père veuf qui la viole gamine, qui la fait accoucher à Morlaix et qui ensuite l'ignore. Elle a à peine le temps de se reconstruire, à petits pas, douloureusement, et ce père qu'elle ne peut plus aimer, lui donne le coup de grâce. Mais c'est elle qui, dans un geste de folie, mettra un terme au complot infernal qui s'est tramé sans elle.

Lors de son procès, elle ne le dénoncera pas et sera guillotinée. Pas très gai, mais vous verrez, cette histoire vous restera un moment dans la tête. Beau travail qui met à l'honneur toutes celles qui ont eu à subir et qui subiront la violence d'hommes sans vergogne...


« Noce maudite », Anne Guillou, Skol Vreizh, 2010, 12 euros.

« Ne me quittez pas mon Père. Demain, on ferme le livre de ma pauvre vie. Les saisons amères de la douleur s'achèvent. Faites-moi la grâce, même si mon corps est jeté dans la fosse des suppliciés, de m'accompagner jusqu'à ce coin du cimetière. Dites encore une prière pour le salut de mon âme. Je vais vers ma sépulture sans entendre le glas qu'on réserve aux bons chrétiens. Mais il est si grand, le coeur de Dieu, que je le crois capable d'une générosité insensée à mon égard. Je voudrais le rejoindre dignement. Mais j'ai peur de souffrir au dernier instant.

- Vous ne souffrirez pas, ma fille, juste un souffle froid sur votre nuque ! »

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