Kerviel de notre correspondante au Palais de justice
Dépêche de Comité de soutien à Jérôme Kerviel

Publié le 14/06/12 22:39 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Jérôme Kerviel « plus combatif que jamais » Compte rendu d'audience

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Kerviel combatif mais combat inégal

Jérôme Kerviel "plus combatif que jamais"

La lutte est inégale : face aux 2 avocats, jeunes et pugnaces, de la défense, pas moins de 4 avocats expérimentés pour la Société générale (SG) et pour les actionnaires, sans compter l'Avocat général. L'avocat principal de la SG est Maître Jean Veil, qui ne fait pas dans la nuance, assénant de temps à autre affirmations péremptoires et quolibets, limite injurieux, réservés à la défense. L'objectif est clair : il s'agit de discréditer le brillant David Koubbi, lequel ne se laisse jamais démonter !

La Présidente interroge tour à tour Jérôme Kerviel (JK), et Claire Dumas (CD), la représentante de la Société générale, qu'elle appelle à la barre lorsque Jérôme ou l'un de ses avocats mettent en cause leur adversaire.

La Présidente continue à questionner Jérôme avec ténacité, voulant comprendre des situations qui sont compliquées, et dont le vocabulaire est souvent hermétique pour les non initiés.

Mais surtout elle n'épargne pas la banque, dont elle épingle régulièrement les « légèretés ». Ainsi a-t-elle cité à plusieurs reprises, en les approuvant avec conviction, les conclusions de la Commission bancaire, qui, en 2008, avait relevé les « carences graves » des systèmes de contrôle de la SG, infligeant pour ce motif une amende à la banque. Même chose ce lundi 11, à propos de l' « alerte Eurex » qui a occupé une grande partie de la matinée. La Présidente a souligné plusieurs fois qu'il était aberrant que le service de déontologie de la SG, contacté par Eurex qui lui réclamait des explications à propos d'opérations lui paraissant suspectes, s'adresse au trader (JK) qui est à l'origine de ces opérations, afin qu'il élabore une réponse crédible. « Il n'aurait pas dû (s'adresser à JK) », dit-elle ; « il aurait dû creuser un peu ! ». Ce lundi encore, à propos des indemnités de licenciement attribuées à 3 traders du desk de Jérôme en 2008 (700.000 euros, soit 7 ans de salaire fixe !!), elle demande à CD la raison d'une telle prime « significative », faisant remarquer plusieurs fois à CD, avec un soupçon d'ironie : « parce que c'est généreux quand même ! ». Elle n'ira pas plus loin – on le déplore.

A ce stade du procès, la Présidente peut donner l'impression de vouloir à tout prix connaître la vérité – vérité qu'elle ne révélera, affirme-t-elle, que dans son jugement, et pas avant. Pour cela elle semble déterminée à aller au fond des choses, elle fouille… mais peut-être un peu plus d'un côté que de l'autre …

Malheureusement, elle le fera avec les moyens du bord, c'est-à-dire en se contentant des documents recueillis lors de l'instruction. Et il semble que l'on doive abandonner définitivement l'espoir que l'authenticité de toutes ces données et extractions fournies au juge Van Ruymbeke et acceptées par lui sans réserves, soit évaluée par une expertise informatique indépendante. Quoiqu'il en soit du résultat de cette affaire, cela restera comme une tache d'injustice marquant ces 2 procès, définitivement : les juges ne se seront pas donné les moyens de vérifier les assertions de la SG. La banque a bénéficié d'un traitement de faveur et cela révolte plus d'un citoyen. Mme la Présidente Filippini va-t-elle corriger cette partialité délibérée, si lourde de conséquences pour Jérôme ?? Rien, pour le moment, ne permet de l'exclure.

On ne connaît pas encore les résultats des enquêtes préliminaires lancées fin mai, et il est préoccupant, voire choquant, de constater que le procès puisse se dérouler sans que l'on sache si des experts indépendants confirmeront que les enregistrements sauvages de l'interrogatoire de JK par la SG les 19 et 20 janvier 2008 ont été trafiqués. On se demande d'ailleurs si de tels enregistrements, à l'insu de la personne écoutée, sont légaux : cela n'a pas paru interpeller la Présidente lundi 11. « Les conversations sont enregistrées, c'est comme ça » a déclaré Claire Dumas sans complexe. C'est comme ça, peut-être, mais est-ce autorisé ?

L'importance d'une reconnaissance par la Présidente des manquements de la banque est évidemment capitale. Car si elle admet (si la défense prouve) que la SG n'a rien fait, en toute connaissance de cause, pour stopper son trader, JK, aspiré sans retenue dans une quête frénétique de toujours plus de résultat, alors la responsabilité de Jérôme serait largement atténuée.

Claire Dumas a eu tout son temps pour construire des explications compliquées à tous les reproches susceptibles d'être adressé à son entreprise. Ses réponses, délivrées imperturbablement, sont convaincantes, mais probablement pas dans le sens qu'elle escompte. Il faut reconnaître que sa tâche n'est pas simple : elle doit démontrer qu'il est normal que tous les agissements de JK aient échappé aux multiples systèmes de contrôle installés dans les différents services de la SG, à différents niveaux !

Dans cette perspective, elle a mis au point des explications sophistiquées, souvent grossières, exigeant la compréhension d'un langage technique pointu. A plusieurs reprises, Me Koubbi la met en difficulté, en simplifiant les raisonnements tortueux et fumeux de la dame.

Jérôme, lui, a opté pour la transparence et il le répète inlassablement. Du reste, il a toujours reconnu ses propres torts. Ses réponses à la Présidente sont claires et crédibles.

Le principal reproche que lui adresse de façon itérative la Présidente est d'avoir masqué ses agissements y compris face à sa hiérarchie, qui, selon JK, savait ce qu'il faisait. Il explique : le masquage était destiné à l'extérieur. Il fallait protéger ses stratégies gagnantes vis-à-vis de la concurrence. Et aussi, il fallait anticiper une inspection du commissaire aux comptes. En interne, personne ne pouvait ignorer comment il travaillait, appliquant au demeurant des méthodes employées par tous, mais à une échelle plus grande, il l'admet. Et c'est précisément à cause des sommes exorbitantes qu'il manipulait, qu'il aurait dû être détecté ! En interne, tout reposait sur des non-dits, parce que l'énormité de ses justifications, souvent invraisemblables, en réponse à des questions venant d'autres services de la banque, ne pouvaient abuser les professionnels auxquels elles étaient destinées.

Seuls des professionnels de bonne foi pourraient valider de tels propos. Il faut espérer que des traders et des experts de la finance viendront témoigner dans ce sens, afin d'étayer de façon indiscutable les thèses de la défense.

A propos d'étai : combien de personnes avez-vous rencontrées qui soient convaincues que la SG a dit la vérité ? Combien sont convaincues du contraire ? Additionnées, ces dernières personnes sont légion. Il faut qu'elles se manifestent, par exemple en signant la pétition sur notre site de soutien. C'est important. Il faut bien comprendre qu'un soutien silencieux ne sert à rien.

Date de l'article 12 juin 2012

Source : www.soutien-officiel-kerviel.com par Monique Guelin « Correspondante du comité de soutien au Palais »

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Responsable culturel (culture et langue bretonnes). Initiateur du comité de soutien à Jérôme Kerviel.
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