-- Patrimoine --

Nantes. Hôtel La Duchesse Anne, ou la méforme d’une ville

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Le fronton de l\'hôtel La Duchesse Anne de Nantes le 10 juillet 2011 (six étages). Fenêtres enlevées poutres calcinées à l’air libre et tags. Les échafaudages ont disparu.
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Hôtel La Duchesse Anne de Nantes le 10 juillet 2011.
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Hôtel La Duchesse Anne de Nantes avec les échafaudages. Février 2010. Photo micou sur http://www.pss-archi.eu/photo-15967.html . Licence Creative Commons.
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Hôtel La Duchesse Anne de Nantes avec échafaudages. Février 2010. Photo micou sur http://www.pss-archi.eu/photo-15966.html . Licence CreativeCommons.
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Les tours LU et le pont de la Rotonde sur le bras nord de la Loire. Carte postale ancienne non datée. Coll. particulière.
photo 6
La partie ouest de l’Usine LU a été remplacée par un hôtel d’une chaîne connue. Vue prise du pont routier au-dessus des voies ferroviaires.


Nantes. Hôtel La Duchesse Anne, ou la méforme (1) d'une ville.

Depuis l'incendie du 17 juin 2004, l'hôtel La Duchesse Anne, situé face à l'est du château des Ducs de Bretagne, n'était plus qu'une carcasse mise à l'abri des intempéries sous un énorme échafaudage.

Depuis, l'échafaudage a été démonté, c'est tout : propriétaires et assureurs sont toujours en litige. « La ruine complète du bâtiment n'est pas loin. Ainsi disparaîtrait un intéressant témoignage du style Art déco (2), bel ensemble du XXe siècle, [de moins en moins] protégé à ce jour » (source partielle : (voir le site)

Il fut construit en 1930 par l’architecte nantais Ferdinand Ménard (3).

Quelques travaux ont été ébauchés au rez-de-chaussée en 2011. « Enfin ! », ont pensé de nombreux Nantais, affligés par cette friche en face des deux monuments les plus symboliques de la ville : le Château des Ducs de Bretagne, du temps où Nantes était capitale d'une Bretagne indépendante, et la Tour LU (4), au temps de la renaissance de la ville industrielle au XIXe siècle.

Mais ces travaux, pourtant d'envergure, n'ont été qu'un feu de paille et se sont limités aux deux premiers étages.

Les fenêtres des autres étages sont ouvertes depuis des mois, exposées à l'ouest. Et l'on n'ose imaginer l'état des pans de murs des derniers étages, soumis aux intempéries depuis… sept ans déjà, sept ans d'hivers bretons, de coups de vents et de pluies salines, de quoi vous infiltrer de l'eau au coeur de chaque pierre.

La mairie reste inactive, arguant du fait que c'est un bâtiment privé. « Mais le rôle d'une municipalité n'est-il pas aussi de faire avancer les choses même quand elle ne les dirige pas ? » dit l'auteur du blog “lameformeduneville", surtout quand il arrive une grosse bavure… comme en 2008 avec l'affaire de l'Îlot Lambert, au Bouffay.

Le sort d'un patrimoine nantais exceptionnel : l'Îlot Lambert

Pour rappel, sur cette friche appartenant à Nantes Patrimoine et occupée par des garages, il a été décidé en 2007 la construction d'une résidence para-hôtelière de 128 logements. Lors des fouilles, un puits octogonal du XVe siècle et une rue médiévale complète ont été découverts, ainsi qu'un pan de la muraille antique de la ville.

Bien que ce site, en bordure de l’enclos des Jacobins et de l’ancienne tour du Bouffay, soit chargé d’histoire et qu’il eût représenté une occasion unique d’en savoir plus sur le passé historique de la ville, les fouilles de 2008 ont été bâclées et l’ensemble rapidement bétonné. (voir le site) de nantes maville.com du 15 janvier 2008 et (voir le site) de 20minutes.fr du 21 janvier 2008.

L'affaire, levée par Nantes Patrimoine, avait scandalisé de nombreux Nantais et est restée dans les annales. Par contrecoup elle a permis de débloquer la rénovation de l'Hostellerie des Jacobins – jadis mairie éphémère de la « commune libre du Bouffay » – qui était dans les cartons depuis de nombreuses années. Cette rénovation exemplaire, assortie d'un aménagement de plusieurs appartements, est en train d'être achevée.

Un Plan Patrimoine pour Nantes

La nouvelle direction du service du Patrimoine de la Ville de Nantes s'est empressée d'établir un « Plan patrimoine ». Jean-Marc Ayrault lui-même – député-maire de Nantes – expliquait sur son blog que « Le Plan patrimoine vise notamment à protéger le patrimoine de la ville, et ainsi mieux accompagner les mutations urbaines, et prendre en compte les ensembles du XXe siècle non protégés à ce jour ». (blog “lameformeduneville”).

Dans une ville qui crée plus de 1.000 logements par an, cela commençait à devenir nécessaire. On se serait donc attendu à ce que la nouvelle direction prenne à bras le corps les dossiers des deux dernières friches du centre de Nantes : l'Hôtel La Duchesse Anne et le Tisserand Breton. Il apparaît que beaucoup de précautions ont été prises pour le cas du Tisserand Breton (voir notre article)

Et maintenant...

Prochaine cible : l'hôtel du nom de notre Duchesse. En 2014, cela fera cinq siècles qu'elle aura rendu son dernier soupir, à Blois, en terre étrangère, mais marquée par la Bretagne (Blois vient de bleiz, loup en breton). Qu'enfin les travaux reprennent d'ici là pour lui rendre ce dernier hommage !



(1) ...ou la méforme d'une ville, parce que Julien Gracq a écrit en 1985 La Forme d'une ville où il évoque Nantes. Un blog sur les heurs et malheurs de Nantes porte aussi ce nom (voir le site)


(2) Art déco. Ce mouvement de renouveau artistique européen non coordonné (Dada en Suisse en 1916, De Stijl aux Pays-Bas en 1917, Bauhaus en Allemagne en 1919...) a eu pour écho en Bretagne celui des Seiz Breur, très important, porté à la connaissance du grand public par une magnifique exposition à Rennes et à Nantes, avec publication d’un très riche catalogue de 270 pages en 2000.


(3) L’architecte Ferdinand Ménard (1873-1958) : (voir le site) ne semble pas avoir fait partie des Seiz Breur.


(4) La Tour LU : celle de l’Est qui subsiste, comme on peut le croire, est en fait en partie une reconstruction à l’identique. Son dôme neuf a été reconstruit en 1998 et inauguré pour la Coupe du Monde. (voir le site) . L’usine LU (la biscuiterie Lefèvre-Utile) était un bel ensemble sur la rive sud de ce bras de la Loire, comportant deux tours identiques, une de chaque côté du pont de la Rotonde avant l’arrivée du chemin de fer (1851) puis le comblement de la Loire. Le site, qui a souffert des bombardements alliés de 1943, a vu la partie Est de l’Usine être démolie pour laisser place à un hôtel. En 1998 a été reconstruit le haut de la tour Est d’après des archives de la famille Lefèvre-Utile. On peut déplorer cependant que le rouge se décolore lentement. Rouge qui était jaune sur la carte postale d'époque, mais elle a pu être colorisée avec fantaisie.


Louis-Benoît Greffe et Maryvonne Cadiou

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Voir aussi :

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Correspondante ABP depuis février 2007

Vos commentaires :

Sven Jelure
Vendredi 2 septembre 2011

Je me réjouis que l'ABP s'insurge contre le sort de l'hôtel Anne de Bretagne... et que mes écrits aient pu lui être utiles, puisque cet article fait de larges emprunts, à commencer par son titre, à un post publié l'an dernier sur mon blog ( (voir le site)

sven.jelure [at] gmail.com

Caroline Le Douarin
Vendredi 2 septembre 2011

Ce monsieur a raison d'évoquer ce doute « Il est vrai que pour qui voudrait accréditer l'idée d'une ligérianité nantaise, l'enseigne “Duchesse Anne” sent le soufre... ». Même les moins parano des Bretons peuvent y penser...

A-t-on su au moins la cause réelle ou évoquée de l'incendie ?

Louis-Benoît GREFFE
Mardi 6 septembre 2011

Bonsoir,

On sait que le sinistre a démarré dans les combles du garage et s'est propagé via les structures en bois (charpentes, escalier). Mais assez lentement pour que les clients puissent quitter leur chambre et qu'il n'y ait eu aucune victime.

Aux archives municipales, le Presse-Océan du 18/6/2004 donne comme cause un "court-circuit", les articles dépouillés (pages 1, 2 et 6) sont disponibles sous la cote AD38474.

Voilà toujours des photos du dernier niveau en 2006, sous l'échafaudage maintenant retiré : (voir le site)

J-Luc Le Floc'h
Mardi 6 septembre 2011

L'exposition sur les Seiz Breur (les sept frères) a été présentée aussi au Faouët / Ar Faoued (56).

Le catalogue de l'exposition, bel ouvrage d'édition, a été publié en deux versions identiques (à la langue près!):

. catalogue en breton.

. catalogue en français.

Côme AUGUSTIN
Dimanche 9 août 2015

De toute façon, sur cet immeuble , il y a des plaintes d'incendie criminel auprès du procureur de la République, mais il semble que le parquet ne souhaite pas mettre à jour des complicités qui nuirait à leur réputation et surtout à la stabilité du capital de la SCI Hotel de Bretagne dont l'une des propriétaires ne souhaitent pas des investisseurs risqueurs qui détruiraient le paysage de la place de la Cathédrale à Nantes. Il faut espérer une rénovation préservant le style art déco et l'histoire du bâtiment. Mais en tout cas, il y a toujours des procès en vue notamment pour expliquer la passivité de l'actuel Mairie. On n'est pas dans un pays où l'on flambe les hôtels impunément.

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