Construire des filières écologiques endogènes, l’exemple de l’agro-alimentaire

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Publié le 19/08/20 10:15 -- mis à jour le 19/08/20 12:08
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L'agriculture bretonne est radicalement spécialisée dans les productions animales intensives et hors sol. La quasi totalité des surfaces est destinée à la production de végétaux qui constitue la nourriture des animaux. La production légumière existe bien mais elle occupe 3% des surfaces soit 37 000 hectares et a été réduite de 10% ces 10 dernières années (cf le site Chambre d'Agriculture). Cette même agriculture est dépendante du soja largement débarqué du Brésil et des céréales qui viennent des autres régions de France. C'est une agriculture dans la dépendance des matières premières et des marchés exports... donc fragile.

On peut imaginer que les orientations existantes vont devoir évoluer sachant que la part de végétaux dans l'alimentation humaine est en croissance régulière et que la part des produits carnés est en régression constante : recul de la consommation de viande de bœuf d'environ 10% en 10 ans. Les modes de consommation favorisent le végétal, la revendication des consommateurs en matière d'environnement se traduit par des choix politiques nouveaux et marqués par plus d'écologie. La Bretagne peut et doit penser à diversifier son agriculture pour produire du végétal destiné directement à l'alimentation humaine.

Il existe de nombreuses productions qui sont à notre portée : les céréales telles le millet, l'orge (les micro brasseries), l'épeautre, le seigle, l'avoine, le sarrasin... certains de ces produits sont d'ailleurs massivement importés en Bretagne. J'ai initié il y a 3 ans la culture du quinoa qui est parfaitement acclimatée. Les cultures de légumineuses sont aussi à privilégier car une diversité de haricots est cultivable en Bretagne et cela offre des apports de protéines pour l'alimentation humaine.

Le travail sera vaste car les lieux de formations agricoles ne sont guère avant-gardistes en matière d'enseignement à contenu plus écologique. De plus l'écologie en matière d'agriculture c'est davantage un champ de compétences pratiques et de terrains qu'un contenu de connaissances théoriques. Où trouver ces compétences techniques sachant qu'elles relèvent d'expériences et de savoir-faire de terrains que le professorat classique ne possède pas (ce sont les agriculteurs qui possèdent cette connaissance)?

Les productions issues d'une agriculture bio sont hétérogènes et comportent des aléas de productions moins maîtrisables que les productions végétales menées avec les phytos. Les outils de transformation industriels qui ont été conçus pour travailler des végétaux très normalisés à de grosses cadences sont-ils adaptés pour cette agriculture bio ou est-ce plutôt de petits outils d'artisans et de la moyenne industrie qui seraient les plus performants ? Les agriculteurs recherchent la reconnaissance mais aussi par les prix. De quels interlocuteurs ont-ils envie ? De grandes coops ou des petites organisations de producteurs autogérées ? Une agriculture paysanne a besoin de quel type de relais et partenaires pour la faire valoir ?

BERNARD CANO, agriculteur

Ce communiqué est paru sur RPS

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