Vers l'autonomie énergétique des îles bretonnes

-- Environnement --

Reportage
Par Philippe Argouarch

Publié le 14/06/19 12:18 -- mis à jour le 14/06/19 23:14

La Bretagne avait pris du retard comparée aux développements au nord de l'Europe en ce qui concerne la production d'énergie alternative sur ses îles. L'île de Samsø au Danemark, par exemple, une île de 4.000 habitants et de 100 km2 est 100 % autonome en énergie depuis 2015, produisant de l'électricité à partir de l'éolien et du solaire et avec, en bonus, un chauffage à l'eau chaude distribué.

Les îles bretonnes de Sein, Molène, Houat, Hoedic, Ouessant et l'archipel des Glénan ont décidé de rattraper ce retard. Elles reviennent de loin car soit elles étaient connectées au réseau continental par un câble sous-marin, soit elles disposaient d'un groupe électrogène pour produire de l'électricité à base de fioul importé avec un coût bien trop élevé pour les habitants de ces penn ar bed. Certes des éoliennes sont apparues dès les années 90 mais depuis quelques années les investissements sont devenus conséquents : dans des panneaux solaires performants, dans les éoliennes et même dans des hydroliennes, comme à Ouessant, où l'hydrolienne de la Sabella sera bientôt en phase de production. Des citoyens comme sur l'île de Sein ont aussi pris leur destin en main. Ces îliens voudraient carrément se passer d'EDF. Les îles sont des laboratoires idéaux pour expérimenter des solutions alternatives ou mettre en oeuvre l'autonomie énergétique avec des solutions basées sur les énergies renouvelables et les réseaux intelligents.

Le local et le global

Si les choses semblent aller dans la bonne direction en France sous la poussée de ces initiatives citoyennes ou européennes ou de maires visionnaires, il est important de noter un changement de cap à la fois d'EDF et d'Enedis. Grâce à une descente du perchoir d'entreprises hyper-centralisées qui ont finalement compris que la production d'électricité doit devenir locale, durable, autonome et intelligente, les îles bretonnes sont devenues des laboratoires du futur. Chaque village breton pourra un jour se considérer une île et adopter ce nouveau paradigme à l'image de l'internet c'est-à-dire un réseau décentralisé à la fois local et global et doté d'intelligence collective.

Le smart grid

Le smart grid ou «réseau de distribution d’électricité intelligent» utilise les technologies du numérique, de l’information et des télécommunications de manière à intégrer la production, la distribution et la consommation d'électricité pour économiser et rentabiliser la consommation d'énergie aussi bien pour le producteur que pour le consommateur. Oui, les compteurs Linky jouent un rôle indispensable afin d’optimiser l’ensemble du réseau qui va de tous les producteurs à tous les consommateurs. Selon le directeur territorial d'Enedis Éric Laurent «on voit un changement sur le graph de monitoring de la consommation d'électricité quand quelqu'un allume un grille-pain».

Saint-Nicolas des Glénan

Situé à une quinzaine de kilomètres au large de Concarneau l’archipel des Glénan n'est plus doté de résidents permanents mais accueille d’avril à novembre de 1.000 à 3.000 personnes par jour venues visiter ce joyau breton doté quand même de deux restaurants mais surtout d'aucun hôtel. L'archipel abrite depuis 1947 la fameuse école de voile internationale, le Centre Nautique des Glénans, la plus grande école d’Europe avec 17.000 stagiaires par an, et un centre de plongée, aussi de réputation internationale. L'archipel est protégé, c'est une zone natura 2000 depuis 2008.

L'île Saint-Nicolas des Glénan sera la première île 100 % autonome en énergie et ceci dès 2021, a déclaré hier Jean-Philippe Lamarcade, directeur régional Enedis Bretagne. Elle est dès aujourd'hui 90 % autonome grâce aux énergies renouvelables : éolien (20 kw), panneaux photovoltaiques (37 kw), un transformateur en courant alternatif, une centaine de batteries de stockage et des compteurs communicants Linky. La production d'air comprimé pour le centre international de plongée et les deux restaurants est assurée grâce à un système entièrement numérisé et automatisé qui suit en temps réel la production et la consommation et peut même mettre en route, en dernier recours, un groupe électrogène au fioul. Un vestige, datant de 1973 qui avait alors amené l'électricité sur l'île et qui sera éliminé définitivement en 2021.

L'unique éolienne avait été installée en 1996 mais grâce à l'impulsion d'Enedis et du maire de Fouesnant, de nouveaux panneaux solaires viennent d'être installés sur les toits de l'ancien corps de ferme devenu le centre de plongée et aussi au pied de l'éolienne. Un système de batteries au plomb permet de stocker l'énergie pouvant ainsi palier une chute de production (pas de vent ni de soleil), mais pour 15 heures seulement en période de haute consommation. La compression d'air pour les bouteilles du centre de plongée, grâce à des compresseurs électriques, a aussi donné l'idée de développer un jour l'air comprimé comme une alternative aux batteries pour stocker l'énergie puisque l'air comprimé peut aussi actionner des turbines et reproduire de l'électricité pour le réseau. Tout un programme.

Les partenaires

Enedis a investi 250.000 euros dans le projet de l'île Saint-Nicolas. La commune de Fouesnant, dont fait partie l’archipel, 100.000 euros. A noter le rôle dynamique du maire de Fouesnant Roger Le Goff, maire depuis 25 ans, qui avait hérité de l'archipel «dont aucune commune ne voulait» selon ses mots, et qui a compris que ces îles étaient des joyaux plus proches du futur que du passé.

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