Une chorale qui chante principalement en breton : Aber al Liger !

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Chronique de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 8/03/17 16:00 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
Choeur Aber al Liger "Digirit ho kalon" - Extrait de 01:13. ABER al LIGER

Représentant le 5e département breton, voici un choeur qui chante principalement en breton... Aber al Liger !

41852_1.jpgLogo du choeur Aber al Liger

Pour vous présenter cette prometteuse formation de Loire-Atlantique, quoi de mieux que de donner la parole à son chef, directeur technique et artistique, Guy Pouliquen et, simultanément, à Jean-François Gardie, président d’Opus Atlantica, chargé de l’organisation et de la programmation des événements, ainsi que de la communication pour cet ensemble vocal.

En préambule à cet entretien, échangé par écrit numérique, nous proposons que nos questions peuvent, au choix de nos interlocuteurs, donner lieu pour un même sujet à des réponses à « une seule ou deux voix », en quelque sorte… en solo ou en choeur !

L'e-Interview...

- Gérard Simon, pour Culture et Celtie, l’e-MAGazine :

En quelle année, sur quelle idée, par quel déclic, pour quel objectif, par qui ?... comment est né ce choeur qui chante en breton ?

- Jean-François Gardie, président administrateur et communicant :

En mai 2015, dans le cadre de la Gouel Breizh, nous organisions le 50e anniversaire de la confédération Kendalc'h. A cette occasion, nous recevions, pour un concert à La Baule, les choeurs gaéliques d’Écosse. Pour participer à cet événement, nous regroupions alors dans un seul choeur les choristes des chorales bretonnes du 44.

Émerge alors l’idée de poursuivre l’expérience, et de créer un ensemble vocal départemental breton.

L’enthousiasme des choristes contribue à nous nous pousser dans cette voie et le sujet est abordé au cours d’une réunion de la commission chorale de la fédération regroupant les chefs de chœurs et responsables des choeurs. La concrétisation et la mise oeuvre du projet se met alors, en marche...

- Guy Pouliquen, chef de choeur :

Cette première expérience est un véritable challenge : il faut déterminer un répertoire commun aux chorales qui permet d'assurer la moitié d'un concert, mobiliser les bonnes volontés, organiser les quelques répétitions qui viennent, bien sûr, en supplément de l'activité des chorales et ceci pour une seule date de prestation.

Ce concert nous a appris beaucoup de choses : le répertoire commun existe et il est partagé par les chorales bretonnes du département. Les choristes ont, vraiment, plaisir à le chanter. Le public est présent et nous soutient.

Le succès est au rendez-vous et tout le monde s'accorde à dire qu'il faut renouveler l'expérience. C'est ce qui sera fait à 4 occasions : les festivals, Anne de Bretagne 2015, à Saint-Herblain et 2016, à Châteaubriant, le festival Voix en Fêtes 2016, à Pontchâteau et, de nouveau, la Gouel Breizh 2016, à La Baule.

Au cours de cette période, nous réfléchissons à la façon d'acquérir une existence juridique, à la meilleure manière de nous structurer et d'être reconnus par les fédérations de chorales. Ce sera chose faite pendant l'été 2016 : l'ensemble vocal s'appellera « Aber al Liger » , en référence à l'estuaire de la Loire, qui est le trait d'union entre le pays nantais et la presqu'île.

- GS : Le choeur Aber al Liger est lié à Opus Atlantica, Kendalc'h Bro Naoned, Kanomp Breizh.

Pouvez-vous nous préciser ce choix et l’utilité de ces trois liens en termes structurels, administratifs, culturels et artistiques, voire de communication ?

- Jean-François Gardie :

Nos relations avec :

Opus Atlantica (1) : Nous devions trouver un statut à notre choeur.

Nous ne souhaitions pas créer une nouvelle association. Notre objectif étant plus artistique et technique, tout en ayant à l’esprit la défense, la promotion du chant breton et la mise en avant de notre culture, en Loire-Atlantique, 5e département breton. Opus Atlantica, de par son objet, nous a proposé de nous prendre en son sein et de se charger de la gestion, de l’organisation, la promotion de notre ensemble vocal. Opus Atlantica n’est pas subventionné, nos financements sont privés. Le Crédit Mutuel est notre principal partenaire.

Kendalc'h Bro Naoned (2) : fédération de la confédération Kendalc'h, elle est à l’origine de notre création. Sur les 5 départements bretons seule la Loire-Atlantique regroupe les chorales. Par conviction, par solidarité, Opus Atlantica est adhérent de cette dernière.

Kanomp Breizh (3) : Fédération des chorales Bretonnes regroupant les chœurs des 5 départements. Cette fédération nous apporte soutien, formation, et organise les concours dans différentes catégories ainsi que le Breiz a Gan.

Il dispose d’une partothèque où nous puiserons la matière première pour notre futur projet.

GS : Provenant, le plus souvent, de différentes chorales du bassin nantais et de la presqu'île guérandaise, ce chœur mixte compte, actuellement, plus d’une soixantaine de membres et vous envisagez de continuer à recruter de nouveaux choristes.

Selon quels critères de sexe, d’âge, de tessiture, d’expérience dans le chant, portez-vous vos priorités ?

Avez-vous, déjà, en tête, l’idée de la pérennisation du projet en créant, à l’image des bagadoù - bagadig, une relève, une « équipe seconde » de plus jeunes chanteurs ?

- Jean-François Gardie :

A ce jour, le choeur rassemble 80 choristes et les demandes d’adhésion nous parviennent encore. D’ici quelques mois nous atteindrons 90 à 95 choristes issus de la Loire-Atlantique.

Comme pour toute organisation dans le domaine culturel breton et particulièrement pour ce qui concerne le chant à 4 pupitres, la difficulté d’attirer les jeunes est réelle. Nous réfléchissons à la manière, aux moyens à mettre en oeuvre pour les inciter à nous rejoindre.

Il en est de même pour les chefs de choeur et de pupitre.

Nous devons, me semble-t-il, moderniser notre répertoire, trouver d’autres harmonisations, en respectant l’esprit des pièces.

Le choeur doit s’ouvrir aussi à d’autres langues traditionnelles, comme, par exemple, le gaélique.

Attirer les jeunes à nous doit être un chantier prioritaire. Nous appelons toutes personnes ou organismes à nous rejoindre dans une réflexion sur cet enjeu.

- Guy Pouliquen :

Le choeur est accessible à toute personne aimant chanter et ouverte au répertoire breton, et ceci sans distinction. L'appartenance, au préalable, à une chorale bretonne n'est nullement un prérequis. Il s'agit d'une démarche personnelle de chaque choriste envers l'ensemble Aber al Liger.

Bien évidemment, et c'est un problème vécu par toutes les chorales, nous manquons d'hommes, particulièrement de ténors, pour réaliser l'équilibre avec les pupitres de femmes.

Bien que nous comptions beaucoup de choristes d'expérience, nous sommes encore un jeune ensemble, notre avenir n'est pas encore tracé. Bien sûr, nous devons séduire et convaincre les jeunes générations que notre démarche est tout à fait d'actualité et porteuse d'espoir pour la langue bretonne.

GS : En matière de choix artistiques, au-delà du fait que le choeur chante prioritairement en breton, quelles sont les options musicales et vocales que vous prenez déjà et souhaitez envisager pour constituer et élargir un solide répertoire bien spécifique pour cette distincte formation ?

En terme de terroirs, voire de pays celtiques, de styles musicaux, de « racines et d’ailes », quels sont vos ambitions, vos espérances, vos projets pour, peut-être, vous différencier ou compléter l’offre artistique des choeurs nantais Anna Vreizh et Kan ar Vro ?

- Guy Pouliquen :

Nous chantons a cappella et à 4 voix des pièces, exclusivement en langue bretonne. Mais ceci n'est qu'un point de départ. Nous pourrions, à l'occasion, faire appel à des musiciens pour nous accompagner. Cela s’est déjà produit, et, pourquoi pas, nous exprimer dans une autre langue, en gaélique, par exemple.

Aber al Liger est notre « fond de commerce » et reste la base de notre aventure. Si son répertoire de départ est directement construit sur les valeurs sûres du répertoire choral breton, nous envisageons de l'étoffer avec des pièces existantes voire, à moyen terme, avec une pièce importante déjà chantée ou à écrire une cantate par exemple.

Musicalement, je souhaite que notre ensemble soit, également, le creuset de créations musicales et d'initiatives à géométrie variable : pourquoi pas une soliste accompagnée ? Ou un petit groupe d'hommes ? Sur des pièces nouvellement écrites ? J'en profite pour faire appel aux bonnes volontés : chanteurs du choeur, poètes en langue bretonne, harmonisateurs, arrangeurs... Notre travail doit être collectif ; après ce n'est plus qu'une affaire d'assemblage !

Je voudrais insister sur le point suivant : chaque chorale a sa personnalité, son répertoire, son histoire, son originalité. Aber al Liger n'a aucune volonté d'hégémonie. Nous souhaitons travailler en partenariat et avoir le plaisir de nous retrouver au moment des concerts, en toute amitié.

GS : Quel est le rythme de vos répétitions, leur durée, où se déroulent-elles, quel est le « plan de travail » suivi lors d’une séance destinée à peaufiner anciens et nouveaux morceaux. Y a-t-il un travail vocal par « pupitres et sous-pupitres » ou s’agit-il de répétions générales ?

- Guy Pouliquen :

Pour cette saison 2016-2017 nous nous retrouvons une fois par mois, en général le 2e jeudi de chaque mois sauf exceptions, alternativement, près de Nantes, au Centre Culturel Breton « Yezhou ha Sevenadur », à Saint-Herblain et dans une église de La Baule afin de ne pas pénaliser systématiquement un côté de l'estuaire.

Les répétitions se déroulent de 20 h à 22 h 30 et commencent par un échauffement de la voix. S'en suivent deux périodes de travail d'une heure séparées par une pause d'un quart d'heure, moment privilégié pour partager les consignes. Les choristes ont à leur disposition le répertoire : partitions imprimables en 2 ou 4 portées, fichiers son, par voix et paroles, ainsi que le plan de travail sur Internet.

Nos répétitions sont consacrées à l'apprentissage de pièces, pupitre par pupitre, avec mise en ensemble, à 4 voix. La répétition qui précède un concert est, quant à elle, consacrée à la mise en scène du choeur (positionnement, déplacements…) et au filage du concert.

Je communique directement avec les choristes par courriel pour rappeler les consignes d'organisation (lieux, horaires…). Un principe de parrainage a été mis en place pour ceux qui ne disposent pas d'Internet.

GS : Qui choisit les pièces à inclure dans le nouveau répertoire ? Combien de morceaux figurent, actuellement, au « catalogue » d'Aber al Liger ?

Combien de titres sont en général interprétés lors d’un concert ?

Lorsque vous êtes seuls à l’affiche, privilégiez-vous un concert en une ou deux parties et pourquoi ?

- Guy Pouliquen :

La dizaine de pièces qui figure au répertoire s'est imposée à nous. Ce sont des standards comme « Broiou ar Mor », « Bro goz va zadoù », « Tridal a ra va c'halon », « Kenavo »...

Pour l'instant nous n'avons jamais chanté seuls. Nous pouvons assurer une partie de concert (7 à 8 pièces), plus les chants communs traditionnellement interprétés, en fin de concert, avec l'ensemble des choristes présents, toutes chorales confondues.

Comme dit précédemment, notre répertoire s'étoffera dans les années qui viennent. Nous pourrons alors assurer tout un concert seuls.

Le choix des nouvelles pièces sera déterminé sur proposition des choristes, à discuter lors des répétitions, avec mon regard sur les aspects de faisabilité technique : intérêt, présence obligée de musiciens, difficulté de mise en oeuvre.

GS : L'ensemble Aber al Liger, « Estuaire de la Loire », en breton, a pour objectif de promouvoir le chant en langue bretonne et de représenter le 5e département breton, qui est aussi pays gallo !

Au-delà d’une mise en lumière de la situation géo-linguistique spécifique de la presqu'île guérandaise, de l’héritage de la langue bretonne pratiquée du Ve au milieu du XXe siècle, entre Loire et Vilaine, de l’usage du breton en tant qu’élément de civilisation, facilitant notamment dans le passé les échanges commerciaux avec les autres départements de langue bretonne, y a-t-il une démarche culturo-politique, plus actuelle, dans ce choix prioritaire d’expression linguistique ?

- Guy Pouliquen :

Démarche politique pour l'ensemble, certes non, ce n'est pas notre volonté. Démarche culturelle, oui, bien évidemment, quand on regarde les arguments que vous mettez en avant.

Mais je veux être simplement plus pragmatique : force est de constater que des personnes d'origine bretonne veulent chanter la Bretagne en reprenant les paroles et les accents que leurs parents leur ont appris. Force est aussi de constater que des personnes qui ne sont pas d'origine bretonne sont séduites par les thèmes musicaux et la poésie qui s'en dégage.

La formule « chant choral à 4 voix » qui est pratiquée assidûment depuis un siècle et demi a laissé des traces dans notre mémoire collective. Elle a aussi permis la production de nombreuses compositions dignes d'intérêt.

GS : Pour se pérenniser, depuis plus de trente ans, avec, parfois, plus ou moins de bonheur, mais, aussi, avec de très grandes réussites, la musique bretonne « se métisse », se « rocke », se « jazze », se « bluese », se « symphonise », « s’éléctronise », se « comédimusicalise »… Voyez-vous des perspectives autres pour le « vocal collectif », tel que le propose un choeur évoluant entre tradition, modernité et… prospectif ?

Avez-vous des pistes artistiques créatives en la matière ? Lesquelles ?

- Guy Pouliquen :

Tout le chemin qui est devant nous n'est pas encore balisé. Il faut certes s'ouvrir à d'autres tendances, mais surtout sans perdre son âme. A mon modeste niveau, je propose quelques créations et réharmonisations de chants dont le but est de renouveler l'intérêt des chanteurs et auditeurs.

Je crois beaucoup à l'apport des rencontres et du partage. Cela crée des opportunités à saisir.

GS : En ce qui concerne le calendrier à venir, notamment, pour les grands rendez-vous d’été, quels sont vos perspectives de concert ?

Avez-vous des projets, hors Loire-Atlantique ?

Quels sont les cadres, les lieux, les contextes de concerts que vous souhaiteriez à l’avenir privilégier ?

- Jean-François Gardie :

Il est bien évident que nous devons avancer par le partage et l’échange vers d’autres cultures régionales ou étrangères.

Nous avons des opportunités pour le second trimestre 2017. Mais attendons de pouvoir les concrétiser pour en faire part.

Mais l’objectif de se produire partout en France et à l’étranger nous demande de nous stabiliser, d’avoir notre propre répertoire et, en la matière, le rôle de notre chef de choeur est d’une importance primordiale. Je suis convaincu que nous avons fait le bon choix avec Guy Pouliquen !

Nous devons avancer, oui, mais de façon réfléchie et en adéquation avec nos moyens. Surtout ne brûlons les étapes.

Opus Atlantica chargé de la promotion et de la programmation est en recherche de concerts, mais comme la majorité des choristes ont une appartenance à d’autres chorales nous devons définir les dates et les possibilités de concerts en concertation avec celles-ci.

- Guy Pouliquen :

Pour le calendrier, jusqu'à fin juin :

19 mars : Concert de création d'Aber al Liger, avec le choeur d'hommes de Bretagne, à Notre-Dame de Bon Port, à Nantes ;

20 mai : Concert de la Gouel Breizh avec les chorales bretonnes du département, à La Baule ;

10-11 juin : Festival Anne de Bretagne avec les chorales bretonnes du département, à Saint-Herblain.

GS : Pour la dernière « plage » de cet entretien, nous aimons laisser libre parole à nos interlocuteurs. Que souhaitez-vous ajouter à nos propos échangés pour présenter, mieux encore, à nos très nombreux visiteurs de Bretagne et d’ailleurs, ce beau projet Aber al Liger ?

- Jean-François Gardie :

Opus Atlantica a pour « Aber al Liger » beaucoup d’ambitions ! Mais, avant tout, le plaisir de chanter ensemble doit nous guider.

Nous avons devant nous un formidable projet et, pour le mener à bien, il nous faut la participation des choristes, de partenaires, encore à trouver sur le plan financier, artistique.

Nous étudions la possibilité de lancer une souscription, afin d’assurer l’avenir.

L’avenir passera obligatoirement par notre capacité à attirer la jeunesse et par une recherche de l’innovation artistique et musicale.

- Guy Pouliquen :

Nous vivons une belle aventure. Elle est proposée à tous ceux qui aiment chanter la Bretagne et les pays celtiques en breton. Il ne tient qu'à vous de nous rejoindre.

De tout coeur, Culture et Celtie, l’e-MAGazine remercie, très chaleureusement, messieurs Guy Pouliquen et Jean-François Gardie pour le temps qu’ils nous ont consacré en répondant si largement et qualitativement à nos questions.

Bon vent à Aber al Liger !

Gérard Simon

(1) - Opus Atlantica : (voir le site)

(2) - Kendalc'h Bro Naoned : (voir le site)

(3) - Kanomp Breizh : (voir le site)

Aber al Liger recherche :

- Des personnes souhaitant chanter la Bretagne, en chorale, en breton, lors de festivités celtiques ou bretonnes. Tous pupitres : sopranes, alti, ténors et basses ;

- Des chefs de pupitres, pour assister le chef de choeur et encadrer techniquement nos choristes ;

- Des musiciens.

Bienvenue aux jeunes !

Contacts et renseignements :

Jean-François Gardie : gardiejf [at] hotmail.fr

09 66 13 07 15 et 06 17 18 39 58

Guy Pouliquen, chef de choeur : pouliquen. [at] aol.com

Illustration sonore de la page : Choeur Aber al Liger «Digirit ho kalon», extrait de 1'13.

Site Internet d'Opus Atlantica : (voir le site)

D'autres extraits musicaux et photos sur Culture et Celtie, l'e-MAGazine : (voir le site)

© Culture et Celtie

Voir aussi :
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