La maire socialiste de Strasbourg, Catherine Trautmann, a mis en garde contre « un facteur d’instabilité et d’incertitude » qu’entraînerait une sortie de l’Alsace du Grand Est, estimant qu’elle pourrait nuire au rayonnement européen de la ville.
À la suite du vote récent à l’Assemblée nationale d'une loi recréant la région Alsace, les opposants se font entendre surtout à gauche. Dans un message adressé aux Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), la maire socialiste de Strasbourg, Catherine Trautmann, a mis en garde contre « un facteur d’instabilité et d’incertitude » qu’entraînerait une sortie de l’Alsace du Grand Est, estimant qu’elle pourrait nuire au rayonnement européen de la ville.
Une analyse vivement contestée par Pierre Klein, président de l’Initiative Citoyenne Alsacienne (ICA), qui a adressé une réponse argumentée.
Selon lui, la création de la région Grand Est a au contraire affaibli Strasbourg. Il rappelle qu’un document publié en 2018 par l’ICA mettait en évidence la perte de nombreuses institutions, administrations et sièges au profit d’autres villes de la région élargie.
Le constat est détaillé dans une étude fournie en pièce jointe, qui recense le déplacement ou la localisation hors de Strasbourg de multiples structures régionales. Cette dispersion administrative concerne aussi bien des directions de l’État que des organismes professionnels, sportifs ou culturels, souvent implantés à Nancy, Metz ou Reims.
Une « capitale régionale de façade » ?
Pour Pierre Klein, cette situation a transformé Strasbourg en « capitale régionale de façade », affaiblissant paradoxalement sa crédibilité en tant que capitale européenne.
« Comment ambitionner durablement d’être capitale européenne si l’on n’est pas même une vraie capitale régionale ? », interroge-t-il.
À rebours des propos de Catherine Trautmann, il estime que le retour d’une région Alsace autonome renforcerait au contraire Strasbourg. La ville retrouverait, selon lui, des fonctions administratives et institutionnelles aujourd’hui dispersées, ce qui bénéficierait à l’ensemble du territoire alsacien.
Un débat qui dépasse l’Alsace
Ce nouvel échange illustre la persistance du malaise créé par la réforme territoriale de François Hollande en 2015. Pour rappel cette réforme majeure n'avait pas été annoncée lors de sa campagne présidentielle. Elle est passée en catimini sans aucune consultation des citoyens concernés. La cohérence entre organisation administrative, identité territoriale et rayonnement politique reste une épine dans le pied de cette 5e République. Une majorité des Bretons y compris en Loire-Atlantique veulent une région administrative qui comprend les cinq départements. Lors de la réforme de 2015 ce sont surtout les maires PS des grandes villes bretonnes qui s'y sont opposés.
Commentaires (5)
Et puis ils doivent penser avoir plus de chances de remporter l'élection dans un grand machin qu'en Alsace surtout...
Mme TRAUTMANN espère peut-être redevenir Ministre dans un gouvernement que nommerait l'ancien Président HOLLANDE une fois très hypothétiquement revenu aux affaires l'an prochain ?
C'est pourtant bien lui qui décida d'engloutir l'Alsace et Strasbourg dans le fumeux "Grand Est" en 2014 ...! L'Assemblée Nationale vient heureusement de décider qu'il est sans avenir.
En Bretagne, engloutir la Bretagne - non réunie ! - dans un fumeux "Grand Ouest" capitale Nantes était le navrant souhait des Maires socialistes : CUILANDRE (Brest) ; ROLLAND (Nantes) ; SAMZUN (St Nazaire) ; APPÉRÉ (Rennes) ; et du Président de Rennes Métropole : COUET. Ils se déclarèrent : " (...) donc favorables à une fusion de la Bretagne administrative et des Pays de la Loire" ("OF" 26 mai 2014).
A
Question Europe, et si Mme Trautmann parlait enfin la langue de Strasbourg, langue européenne.
Etre capitale d'une région française, ce n'est quand même pas grand chose de toute façon. Le poids international de Dijon ? Caen ? Orléans ?
La réalité c'est que l'Alsace par définition symbolise l'Europe. C'est un peu un morceau d'Allemagne en France ou un morceau de France en terre germanique. A la croisée d'un grand fleuve européen, surement le plus important actuellement.
L'Alsace est petite, précisément, idéal. Un peu comme le Luxembourg autre haut-lieu de l'UE. Un territoire plutôt neutre. Le Grand-Est n'est rien d'autre qu'une sorte de ligne LGV qui atterri à la gare de l'Est, à Paris. Or pour être capitale de l'Europe, il faut justement éviter d'en faire un satellite de Paris ou une pseudo-capitale d'une région rien à la française.
Paris est-elle la capitale d'une Région Grand-Centre ??? Non, c'est précisément ce qui en fait sa force. Non seulement Paris ne partage pas avec sa périphérie, sa banlieue même située hors Ile-de-France, mais capte la richesse des autres régions. L'Ile-de-France, tout est dans le nom.
Pour que Strasbourg soit capitale européenne, elle a besoin de son "Ile d'Europe" qui est l'Alsace. Pas d'être la périphérie d'une région absolument pas "neutre" et qui sonne clairement comme une humiliation. Je suis convaincu que de l'extérieur, les européens le ressentent eux aussi quand ils regardent la carte des Régions de Hollande. Cette volonté d'humilier.