Louis Bocquenet : "La Passagère" inspire les lycéens qui vont passer le Bac
Compte rendu de Sylvie LE MOËL

Publié le 21/02/22 18:57 -- mis à jour le 21/02/22 19:48
54495_1.jpg
L'auteur Breton Louis Bocquenet, Kylian Rouault et sa maman lors de l'entrevue

Le déchirant récit autobiographique de Louis Bocquenet « La Passagère » ne cesse d’émouvoir les futurs bacheliers en quête d’une œuvre clé à présenter pour passer l’oral de Français en juin prochain. Nul doute que cet ouvrage remarquable, plein de sensibilité et d’émotion fera la différence auprès des examinateurs !

Rencontre d’un lycéen et de l’auteur Breton créateur d’un livre entrouvert, tel un passage... et pas seulement celui du Bac !

Lycéen de 16 ans, le Plérinais Kylian Rouault a rencontré l’écrivain à trois reprises :

« J’ai fait la connaissance de Louis Bocquenet l’automne dernier, lors d’une conférence organisée au sein de mon établissement scolaire, le lycée Renan de St Brieuc. Puis quelques semaines plus tard, j’ai eu l’occasion de me rendre avec ma famille dans une librairie où avait lieu une dédicace de « La Passagère ». Plus récemment, j’ai eu la chance de vivre un bel échange avec l’auteur pour évoquer son ouvrage. Cet entretien m’a permis de contribuer à la publication de cet article. En effet, l’interview comprenait deux objectifs : mieux appréhender l’œuvre pour mon oral de bac mais aussi en faire l’écho dans Agence Bretagne Presse. Cette démarche s’inscrit également dans le cadre de l’élaboration d’écrits d’appropriation qui constituent un élément inhérent à la réforme du Bac. Mais avant tout c’était un honneur de recevoir Louis Bocquenet chez moi ! Une chance extraordinaire que je mesure », ajoute le jeune homme.

Kylian s’est aussi découvert des affinités électives dans le domaine sportif avec l’auteur, ancien joueur de football professionnel du Stade Rennais et du Red Star. Effectivement le futur bachelier s’adonne avec passion à la natation de haut niveau.

Le jeune athlète s’est enthousiasmé pour la lecture de l’ouvrage : «  La Passagère est un livre qui m’a marqué de part la sincérité de l’écriture. L’histoire aussi vraie que déchirante reste cruellement d’actualité », précise-t-il en soulignant la nécessité de sensibiliser la société à l’horreur du féminicide et des violences de genre.

L’œuvre de Louis Bocquenet raconte sous forme d’un « journal de marche » le lent cheminement de l’auteur face à l’inénarrable perte de son amour, Odile, 24 ans, assassinée des mains de son ancien petit ami en Janvier 1971, en Bretagne. Innocemment montée dans la voiture de son bourreau, elle ne connaîtra pas le chemin du retour et son corps sera jeté dans l’Arguenon puis rejeté par la mer sur la plage d’Erquy, 2 mois après sa mort.

Cinquante ans plus tard, Louis Bocquenet nous fait cheminer avec lui, au fil de ses pages superbement écrites, entre roman d’amour, enquête policière (« Je suis Odile en filature » peut s’interpréter avec un double sens) et anthologie poétique. Louis explique à Kylian le choix du terme journal de marche : «  Il s’agit d’une catégorie de journal que tenaient les régiments durant la Première Guerre Mondiale. Ils y consignaient en effet l’ensemble des évènements qui s’étaient déroulés au jour le jour, relatant ainsi au quotidien les attaques, les faits d’armes, les replis, mais aussi les informations sur leur situation géographique.

Luttant à l’instar d’un soldat, de toutes ses forces, de toute son âme, Louis livre la bataille de l’écriture pour garder bien vivant le souvenir d’Odile. Il nous fait partager le chemin qu’il a emprunté, durant cinq longues années : recherche d’Odile portée disparue, découverte de l’atroce vérité, présence au procès d’assises et témoignage à la barre, passage par les divers stades du deuil, étourdissement par la pratique intensive du sport, évocation du mysticisme, analyse des synchronicités et des coïncidences, recours à la spiritualité…. Et soudain Louis parvient à dire l’indicible à travers des poèmes. Il évoque Magritte avec qui il partage un destin commun face à la perte d’un être cher. Le célèbre peintre disait : «  Quel autre secours dans ce temps, la poésie peut-être ? » C’est effectivement une discipline dans laquelle Louis excelle. Les poèmes graphiques, dont la mise en page est travaillée (avec des blancs typographies symbolisant l’absence) nous transportent dans un univers où affleure l’intimité avec l’être aimé. La prose se fait hymne à l’amour, à travers le subtil maniement des métaphores, des paradoxes, des analepses, des objectifs corrélatifs et des émouvantes comparaisons qui émaillent le récit. L’hommage rendu à la bien-aimée, plonge Odile dans l’immortalité, faisant de l’écriture poétique un dépassement de la mort. L’émotion, si vive si intense qui taraude l’auteur s’immisce dans le cœur du lecteur. L’écriture est belle, très belle. En matière de procédés stylistiques, à l’instar de ce que l’on retrouve dans la langue bretonne, Louis Bocquenet a souvent recours à l’antéposition, phénomène grammatical assez rare à travers les langues, mais effectivement récurrent en Breton. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que l’auteur, adepte du breton, a joué un rôle moteur dans la création de Diwan.

Avec « La Passagère », la belle plume de Louis Bocquenet nous livre de multiples et pertinentes références culturelles et artistiques : Magritte bien sûr, Dali, Francis Bacon, mais aussi André Breton, René-Guy Cadou, Henri Michaux, Georges Perros. Il cite Yanis Ritsos : « Nous sommes seuls à porter l’entière responsabilité de ce que devient ce qui est absent ». Une vibrante déclaration.

Si les parallélismes de situations, la mise en abyme et l’enchâssement des récits confèrent à l’œuvre un rythme haletant, ils lui permettent aussi de refléter toute la diversité d’une époque de transition, que ce soit en France bien sûr, mais aussi à l’étranger : Maroc, Irlande du Nord, Royaume Uni, Italie….. L’ouvrage qui s’inscrit dans un contexte sociétal, moral, culturel, politique, socio-économique et scientifique, porte en germe le basculement des valeurs, la rupture. Des changements vont s’opérer et bouleverser l’ordre établi. On entrevoit en filigrane, l’émergence d’une nouvelle société. L’être qui étouffe appelle de ses vœux une société plus libre. Il aspire à s’affranchir du carcan oppressant qui entrave cruellement sa liberté. Ainsi, le récit met parfaitement en exergue l’antagonisme existant entre deux conceptions sociétales : l’ancienne et la nouvelle.

Si l’expression de l’antagonisme se concrétise dans la tenue du procès d’assises, Louis indique toutefois ne nourrir aucun esprit de vengeance envers le criminel.

L’épreuve atroce, transformationnelle, fait découvrir à Louis son incroyable capacité de résilience (un mot qu’il trouve cependant trop galvaudé de nos jours). Le terme traduit l’apaisement qu’il a atteint au bout de son long chemin, avec le passage du temps et celui des étapes nécessaires pour y parvenir.

Aussi le titre peut-il s’entendre de plusieurs façons et revêt de multiples significations tant au propre qu’au figuré. Il s’agit d’Odile que Louis éperdument amoureux transporte sur son Solex dans la nuit rennaise, la passagère lors du fatal déplacement dans la 2CV de son assassin, la jeune femme qui traverse la vie de l’auteur, celle qui perdure dans son âme, celle qui fait passer l’auteur dans le monde bien vivant du lectorat et des dédicaces (mais aussi des entretiens avec des lycéens!), celle qui lui ouvre un passage thérapeutique….

Pour Kylian, féru de cinéma, qui se retrouve régulièrement tant devant que derrière la caméra, «  La Passagère présente des qualités dignes du grand écran. Peut-être un cinéaste se saisira-t-il de cet ouvrage pour faire revivre Odile en images ? Odile ouvrira alors des passages vers d’autres moyens d’expression… et offrira une nouvelle signification au terme « Passagère ».

Sylvie LE MOËL

Kylian ROUAULT

« La Passagère » de Louis Bocquenet

Éditions Les Archives Dormantes

ISBN : 979-10-95897-10-1

Voir aussi :

0  0  
mailbox
imprimer
Sylvie Le Moël coopère depuis 1997 dans la presse bretonne, rédigeant des articles à teneur culturelle, sur des initiatives bretonnes ou des profils de Bretonnes et de Bretons, établis soit localement soit à l'extérieur.
Vos 0 commentaires
ANTI-SPAM : Combien font 2 multiplié par 0 ?
Cet espace est un lieu de débat. Les attaques personnelles ne sont pas autorisées. Le trolling est interdit. Les lois contre le racisme, le sexisme, et la diffamation doivent être respectées. Les pseudos sont tolérés mais ne sont pas encouragés.
MERCI DE RESPECTER LA LANGUE DE L'AUTEUR et donc des lecteurs. Les articles écrits en français doivent être commentés en français, les articles écrits en breton doivent être commentés en breton. Cacophonie ? Merci de ne pas mélanger les langues dans le même commentaire, sauf pour la traduction intégrale du commentaire.