A l’heure où la condamnation sans peine de Christine Lagarde nous interpelle sur la pertinence de cette Cour de justice de la République, on réalise plus largement que la justice en France n’a que faire du principe d’égalité dès qu’il s’agit de s’en prendre aux grands « serviteurs » de cette République justement. On rappellera que Patrick Balkany, malgré un parcours judiciaire déjà convainquant et encore plein de promesses, est toujours en poste, tout comme la députée PS Sylvie Andrieux, condamnée à de la prison ferme mais siégeant à ce jour à l’Assemblée nationale. Les futures condamnations de Jérôme Cahuzac ou encore de Paul Giaccobi seront par ailleurs attendues, mais rien ne dit qu’elles seront exemplaires. Car cette caste politique française a depuis longtemps pris les mauvaises habitudes de l’ancienne noblesse que la révolution était supposée avoir mise au pas. Une désinvolture qui doit autant au laxisme de la justice envers les « cols blancs, bleus, rouges », qu’à la culture générale de ce pays. Et ce n’est pas le Front National qui fera mieux évidemment, si prompt qu’il est à reproduire les mêmes schémas, avec les comptes à l’étranger du fondateur ou encore les permanents payés abusivement par le parlement européen. Cela pourrait même être pire avec ceux-ci, pour qui l’égalité n’est même pas un principe fondateur.

Globalement, on dirait que les Français n’ont plus l’âme à se révolter face à ce fonctionnement erratique d’une justice de classe ; la seule réponse trouvée étant l’abstention ou l’envie peut-être de reproduire les schémas erronés à toutes les échelles. Personne ne semble s’en alarmer vraiment, et nous voilà sommés dans tout l’Hexagone de recevoir, par le biais des télévisions et radios, un flux ininterrompu de nouvelles sur telle ou telle primaire, tel ou tel congrès. Autant de cénacles où naviguent à vue des femmes et des hommes politiques ayant pour certains déjà eu maille à partir avec la justice, quand d’autres ont été de grands absentéistes, quand presque tous sont des professionnels de la politique, cumulant allègrement charges et fonctions, et mélangeant souvent les genres.

Dans un pays où, contrairement à d’autres pays européens, la proportionnelle est ramenée à la portion congrue, et où la pratique du référendum ou de la démocratie directe en général n’est pas entrée dans les moeurs, où se trouve notre liberté, à nous citoyens, de faire évoluer les choses ?

Quant à la fraternité, il suffit de se pencher sur les différentes fractures, sociales et culturelles, pour la découvrir très mal en point.

Mais alors où se cachent, dans cette France d'aujourd'hui, les fameuses valeurs républicaines dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée ? Serait-ce à nous de les réinventer ?

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