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Lettre ouverte aux Bretons de gauche tentés par le Non
Lettre ouverte aux Bretons de gauche tentés par le « non » L’Europe a besoin de la Bretagne comme la Bretagne a besoin de l’Europe. L’Europe a besoin de la gauche comme la gauche a besoin de l'Europe.
Christian Guyonvarc'h pour Christian Guyonvarc'h le 12/05/05 15:39

Lettre ouverte aux Bretons de gauche tentés par le « non »

L’Europe a besoin de la Bretagne comme la Bretagne a besoin de l’Europe. L’Europe a besoin de la gauche comme la gauche a besoin de l'Europe.

« Le mieux peut être l’ennemi du bien » dit l’adage populaire. Le référendum du 29 mai et ses enjeux mériteraient que l’adage soit adapté en ces termes : « L’idéal absolu peut devenir l'ennemi du mieux ». Car se priver d’un mieux aujourd’hui peut s’avérer la plus sûre façon de s’éloigner de l’idéal demain.

Nous qui sommes de gauche, nous qui sommes Bretons, n’ayons pas la mémoire courte et sachons reconnaître nos erreurs d’appréciation pour ne pas les répéter.

En 1969 Charles de Gaulle a convoqué un référendum sur deux questions : la réforme du Sénat et la régionalisation. On se souvient du fameux discours de Quimper sur la nécessité de libérer les énergies régionales où le général s’était même essayé au breton, une langue que pratiquait son grand-oncle linguiste. En 1969 les Bretons comme les Français de gauche, mais aussi ceux du centre, ont massivement voté « non ». Ils l’ont fait pour se débarrasser du vieux général et prendre leur revanche sur la droite qui était sortie largement vainqueur des élections législatives anticipées qui avaient suivi les événements de Mai 68.

Sur le premier point, les partisans du « non » ont obtenu satisfaction et Charles de Gaulle a quitté la présidence de la République. Mais la droite est restée au pouvoir et a continué d’appliquer sa politique. Surtout, par-dessus tout, la victoire du « non » en 1969 a eu deux traductions dont nous mesurons toujours les conséquences néfastes pour notre démocratie :

- Premièrement, nous sommes en 2005 et le Sénat n’est toujours pas élu au suffrage universel direct. Cette réalité-là n’est pas neutre. Elle se traduit par le fait que les questions liées à l’aménagement du territoire et au rôle des collectivités territoriales restent désespérément marginales dans le débat français, je veux dire dans le débat citoyen. Ces questions sont pourtant au cœur d’un sujet majeur de notre temps : l’efficacité des politiques publiques face au système économique libéral dominant. La France, aujourd’hui, n’a pas l’organisation démocratique qui lui permettrait de traiter ce sujet. Il en résulte un gaspillage constant d’énergie et au final une dévitalisation de la société ;

- Deuxièmement, en relation avec la pérennisation d’un Sénat réservé aux seuls professionnels de la politique, la régionalisation a pris quinze ans de retard en France. Quinze ans que nous n’avons jamais rattrapés comme nous le montre le poids encore très faible des régions. Elles ne pèsent que 3% du budget public quand leur poids est de 25% en Italie ou de 35% en Espagne. Il nous est bien difficile de parler d’égal à égal avec le Pays de Galles, autonome depuis l’an 2000, ou avec la Toscane, partenaire privilégié de la Bretagne dans le cadre de la Conférence des Régions Périphériques Maritimes.

Alors, le 29 mai, parce que nous sommes Bretons, parce que nous sommes de gauche, ne soyons pas hors sujet. Ne disons pas « non ?? à l’Europe en croyant dire « non » à la droite française.

Je ne m’adresse pas à ceux qui veulent utiliser le référendum du 29 mai comme une rampe de lancement ou comme une revanche dans leur plan de carrière politique. Ceux-là ne m’intéressent pas. Je m’adresse aux femmes et aux hommes de gauche sincères qui, insatisfaits de l’Europe telle qu’elle fonctionne actuellement et surtout mécontents de la politique du tandem Chirac-Raffarin, sont fortement tentés de rejeter l’un et l’autre dans une aspiration au changement.

Je leur dis :

- ne privez pas l’Europe sociale des droits reconnus dans la Charte des droits fondamentaux, ne la privez pas des pouvoirs élargis du Parlement européen, du droit d’initiative citoyenne et du sommet social annuel,

- ne privez pas l’Europe économique et monétaire de la création de l’Eurogroupe si vous voulez rompre l’isolement de la Banque Centrale Européenne née du Traité de Maastricht (un isolement qui continuera de s’appliquer en l’état si le « non » devait l’emporter) ; ne privez pas l’Europe économique et monétaire de cet Eurogroupe qui est un premier outil pour redéfinir les missions de l’euro dans un sens plus favorable à l’emploi,

- ne privez pas l’Europe politique d’une présidence stabilisée et d’un ministre des affaires étrangères pour opposer à la vision hégémonique américaine celle d’un monde multipolaire plus soucieux des équilibres entre les continents,

- ne privez pas l’Europe agricole et rurale des nouveaux pouvoirs du Parlement européen sur la PAC,

- ne privez pas l’Europe des régions du nouvel objectif de cohésion territoriale et de l’obligation faite à la Commission de concerter les régions quand ses projets pourraient avoir des conséquences au plan régional,

- ne privez pas l’Europe de la culture du respect des diversités nationales et régionales, y compris sur la question des langues. Si le traité constitutionnel est appliqué, dans quelques années les citoyens européens auront le droit de communiquer avec les institutions européennes et de recevoir des informations en catalan, en basque, en galicien et en gallois. Qui ne voit l’avantage que les Bretons pourront en retirer pour faire progresser leur cause ?

- ne privez pas la Bretagne et ses représentants de la force politique qu’un « oui » clair et net leur offrirait pour réclamer à Chirac et à Raffarin qu’ils reviennent sur leur volonté de ne consacrer que 1% du produit intérieur brut des Etats membres au financement des politiques européennes entre 2007 et 2013, ce qui serait très néfaste au développement technologique et social des régions périphériques comme la Bretagne.

Dans l’histoire des Hommes rien jamais n’est acquis. Il serait à la fois naïf et prétentieux de croire que la construction européenne fasse exception à cette leçon universelle. Ne croyons pas que les guerres d’antan soient définitivement renvoyées aux calendes grecques… ou celtiques. L’Europe reste fragile ; elle est plus que jamais nécessaire. Les femmes et les hommes de gauche qui sont tentés par le « non » doivent être conscients que le rejet du traité constitutionnel européen sera d’abord et avant tout la victoire d’un souverainisme désuet, frileux et totalement inopérant.

Alors, prenons toutes les avancées qui nous sont proposées et battons-nous dans ce nouveau cadre amélioré pour conduire l’Europe vers plus de solidarité entre les gens comme entre les territoires.

Kristian GUYONVARC’H

Vice-président du Conseil régional de Bretagne

chargé des affaires européennes et internationales

Besprezidant ar C’huzul-rannvro Breizh

dileuriet evit Europa hag ar bed

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