-- Interceltisme --

Les Celtes dans le Bade-Wurtemberg

Chronique de ABP (porte parole Francois Labbé) publié le 16/01/19 13:07

Les Celtes dans le Bade-Wurtemberg

Par F. Labbé

On le sait depuis longtemps, les Celtes – les peuplades regroupées sous ce nom – ont traversé l’Europe et séjourné en différents endroits laissant derrière eux quantité de témoignages. La thématique celte a toujours été source de grandes discussions en France et particulièrement en Bretagne où l’on revendique l’« héritage celte ».

Au sud de l’Allemagne, au premier siècle avant Jésus-Christ se sont installées des populations celtes (Helvétiens, période La Tène II/III). Les témoignages de leur existence sur les bords du Rhin (dont le nom est d’origine celte : rhenos/qui se déverse) sont innombrables (toponymie, objets divers, exploitations…) et de nombreux musées du Pays de Bade (mais aussi ailleurs) leur réservent au moins une salle. Avec l’arrivée des Romains en ce pays nommé Agri decumates (Tacite) avec des troupes très hétéroclites sur le plan des origines ethniques, il y aurait eu les problèmes habituels lorsque deux cultures se rencontrent (encore que le « modèle romain » outrepassait largement les limites de l’Empire), mais en définitive, par acculturation, les Celtes se sont rapidement « romanisés », ce qui ne veut pas dire qu’ils aient abandonné totalement une part de leurs caractéristiques culturelles ni qu’ils n’en aient rien transmis aux nouveaux arrivants. Un peu comme lorsque deux fleuves entrent en confluence, le mélange des eaux se fait petit à petit et on peut suivre plus ou moins longtemps des courants divers jusqu’à ce qu’une certaine homogénéité s’installe. Lorsque les Alamans ont envahi la région vers 260, après une période de troubles cette fois plus marquée, il n’en a pas été autrement.

Le Land de Bade-Wurtemberg désire, lui aussi, mieux mettre en valeur cet héritage celte. En effet, on compte par exemple, plusieurs lieux marqués par cet héritage celte :

Heuneburg, avec tous les monuments alentours, Hohenasperg et Eberdingen-Hochdorf, Heidengraben, Ipf, Magdalenenberg, Breisach, Heiligenberg, Nagold, Rosenstein-Mittelberg-Hochberg-Massiv. Oppidum Finsterloch, Taubertal, Oppidum Tarodunum, Mines celtes près de Neuenburg, Kappel, Oppidum Jestetten-Altenburg, Küssaberg…

Comme toujours en Allemagne, l’aspect rentabilité n’est pas omis : en plus de la dimension strictement culturelle, on désire aussi mieux « vendre » cet héritage ! Le cœur du projet voulu par la coalition vert-noir (écologistes et chrétiens-démocrates) qui dirige le Land est de mettre en réseau les zones de fouille et les musées intéressés, de rendre sensible dans tout le pays l’importance historique de ces racines et de développer un site privilégié, la Heuneburg, pour en faire un centre de visite et d’interactivité celte. En bref, il s’agit de mieux développer et exploiter le patrimoine celtique local. On voit déjà se profiler les Tour-opérateurs emmenant les touristes de site en site, avec possibilité de goûter à des spécialités celtes, de se plonger virtuellement dans un village celte, d’admirer ici et là ruines et bijoux, poteries et armes, d’acquérir tel artefact ou tel livre…

Le titre du projet est « Bade-Wurtemberg et ses Celtes » (Baden-Württemberg und seine Kelten) et il est certes placé sous l’égide du Ministère des sciences (Wissenschaftsministerium – en fait 2e composante du Bildungs-und Wissenschaftsministerium – Ministère de l’Éducation et des Sciences) mais un volet touristique, économique est prévu. Pour le président du Land, le Vert Winfried Kretschmann « Chaque musée ou lieu de fouille va recevoir un nouvel élan avec cette mise en commun », et sa ministre Theresia Bauer insiste sur le fait que « Bade- Wurtemberg est le Land d’Allemagne où les Celtes étaient chez eux » ! Ce projet va donner un nouvel élan à chaque site particulier.

Le premier effort va porter sur la Heuneburg près de Herbertingen qui doit devenir un univers celte interactif. Le musée actuel va fusionner avec l’écomusée du Land et prendre une nouvelle dimension sur un terrain voisin appartenant au Land, le Talhof. Des expositions, des animations, des interactivités, et des offres virtuelles devraient attirer chaque année entre 50 et 60 000 visiteurs, le double d’aujourd’hui, et donner à cette opération un écho important sur le plan national et international. Le gouvernement chiffre le projet à moins de 12-15 millions d’euros et lui-même est prêt à investir au moins un million. Le coût des installations devrait ensuite être d’environ un million par an, les cantons environnants, les communes étant prêts à assurer un cinquième de cette somme, mais sur ce point les négociations ne sont pas closes. L’appel aux investisseurs privés est clair.

Cette présentation centrale des Celtes en BW doit aussi être mise en réseau avec d’autres lieux marqués par une présence celte. Leur recensement, l’étude de ce qu’ils ont à offrir, comment il sera possible de les aider et de les intégrer au projet a commencé. Pour ce second volet, les participations financières sont encore à discuter. Le Land souhaite limiter sa participation à 5 millions pour le soutien et le développement, la mise aux normes, de ces autres lieux, plus au maximum 700 000 euros pour le fonctionnement annuel.

La ministre Bauer compte également sur deux millions pour l’aspect touristique, pour le marketing et la publicité dans un premier temps, puis 500 000 euros par an.

Un poste va être créé au Ministère pouf superviser le projet (coût prévu : environ 100 000 euros)

Enfin 2 millions d’euros sont réservés à des mesures destinées à servir le projet (infrastructures, modernisation constante…), et au plus 500 000 euros par an.

Le projet est piloté par un groupe interministériel placé sous l’autorité de la secrétaire d’État aux Beaux-Arts, Petra Olschowski.

Pour le président du Land, c’est là un projet essentiel, car les Celtes ont légué à la région un important patrimoine culturel et, avec la Heuneburg, un site de premier plan en Europe. Enfin, ajoute-t-il, « En cette année d’élections européennes, c’est aussi un signe montrant que l’Europe existe depuis très, très longtemps ».

On pourrait certainement imaginer que ce projet prenne une dimension cette fois européenne et la Bretagne y serait peut-être intéressée.

Voir aussi :
©agence bretagne presse

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Agrégé de lettres, ancien proviseur du lycée franco-allemand de Fribourg, enseignant dans les universités de Münster, Mulhouse et Nouméa. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages...

Vos commentaires :

Herri Gourmelen
Jeudi 17 janvier 2019

Merci pour cette info. Heureux land du Bade-Wurtemberg. En tant qu'ancien élu régional et défenseur de la culture bretonne/celtique, je suis envieux.

Pierre Robes
Samedi 19 janvier 2019

BREISACH sur le Rhin fait de 2 villes une en Alsace et l’autre en Allemagne. Viens sûrement des Bretons qui gardaient les frontières de l’Empire sous les Romains vers 260 ap JC.

Breis (de Bretons)

Ach (race, à l’origine en vieux Irlandais « aicme ») à donné en Breton l’aîne ou les parties génitales, soit : Achmon , Achmonou (pluriel) (*) et en gallois Achfen, dérivé de Ach ; et « mon » dérivé du vieux irlandais « man »

(*) vocabulaire du vieux Breton, Joseph Loth 1884, contenant toutes les gloses en gallois, cornique et Armoricain (Celtic).

contrairement à Wikipedia (encyclopédie des presque nuls) qui à Brisach parle d’un mot qui vient du français alors que cela vient du Celtic ou du Breton pour désigner les Bretons (breiz, brit) qui gardaient le Rhin. Et qui édifièrent un castrum en 260 du nom de Brisiac'h (brisiacum en Romain)

Luigi Barsagli
Samedi 19 janvier 2019

Une chose me frappe en France : il y a une grande richesse de Musées mais une très grande pauvreté au sujet de la matière celtique (pourtant forte et à priori facteur d'unité historiquement), et - plus étonnant encore - autour des traditions populaires et de leur diversité territoriale.

A Paris par exemple, il y a des Musées sur tout (arts océaniens, japonais, contemporain, design etc) sauf finalement sur tout ce qui touches aux Arts et Traditions diverses des Territoires et communautés historiques locales. Pourtant cela pourrait facilement intéresser des étrangers qui viennent jusqu'en France, non ? Il n'y a pas non plus un Musée qui retrace l'Histoire de France dans sa diversité

Il y a un centre d'archéologie celtique au chateau de Saint-Germain en Laye, mais il est noyé dans la thématique du chateau (tourné quand même sur Louis XIV) et surtout n'est pas à Paris. Sur l'ile de la Cité, à l'origine de la cité gauloise des Parisii, il pourrait facilement y avoir un grand Musée d'Archéologie sur la Gaule, les celtes et gallo-romains. Même en Bretagne hormis le Musée départemental breton et quelques initiatives privées et modestes dans le Morbihan notamment, c'est le vide...

Luigi Barsagli
Samedi 19 janvier 2019

Une chose me frappe en France : il y a une grande richesse de Musées mais une très grande pauvreté au sujet de la matière celtique (pourtant forte et à priori facteur d'unité historiquement), et - plus étonnant encore - autour des traditions populaires et de leur diversité territoriale.

A Paris par exemple, il y a des Musées sur tout (arts océaniens, japonais, contemporain, design etc) sauf finalement sur tout ce qui touches aux Arts et Traditions diverses des Territoires et communautés historiques locales. Pourtant cela pourrait facilement intéresser des étrangers qui viennent jusqu'en France, non ? Il n'y a pas non plus un Musée qui retrace l'Histoire de France dans sa diversité

Il y a un centre d'archéologie celtique au chateau de Saint-Germain en Laye, mais il est noyé dans la thématique du chateau (tourné quand même sur Louis XIV) et surtout n'est pas à Paris. Sur l'ile de la Cité, à l'origine de la cité gauloise des Parisii, il pourrait facilement y avoir un grand Musée d'Archéologie sur la Gaule, les celtes et gallo-romains. Même en Bretagne hormis le Musée départemental breton et quelques initiatives privées et modestes dans le Morbihan notamment, c'est le vide...

Pierre Robes
Jeudi 24 janvier 2019

@ Luigi Barsagli

Contrairement à ce que l'on nous fait croire, les Parisis étaient nettement plus au nord de la Seine, et de l'ile de la Cité qui s'appelait d'ailleurs Lutèce (Lutecia) , donc rien à voir avec les Parisis.

Ceux qui habitaient Lutéce ont été emportés par la guerre contre Rome et les Parisis en ont profité pour s'emparer de ses territoires. (En collaborant avec les Romains ?)

On trouve la même chose sur la Carte de Peutinger concernant les Namnetes qui vivaient en dessous de la Loire et non au dessus comme il est raconté partout :

Portunamnetu (port des Namnétes, Nantais) est en dessous de la Loire (Liger) et non pas au dessus de la Loire comme Nantes est aujourd'hui.

(voir le site)

kris braz
Lundi 25 fevrier 2019

A quand un jumelage Breizh-Baden-Württemberg ?

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