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Prise des Tuileries en 1792
Prise des Tuileries en 1792
- Chronique -
Les Bretons seront-ils encore le pivot de la République ?

Un chroniqueur d'une télé d'information avait mentionné l'an dernier je crois que pour lui les Bretons sont le pivot de la République. Surprenant, non ! Bien que… Tout en généralisant

Frédéric MORVAN pour FM le 13/09/15 12:15

Un chroniqueur d'une télé d'information avait mentionné l'an dernier je crois que pour lui les Bretons sont le pivot de la République. Surprenant, non ! Bien que… Tout en généralisant bien sûr, les Bretons sont politiquement modérés, n'aiment donc guère les extrêmes. Cela provient-il de l'influence du catholicisme social en Bretagne ? De la mentalité agricole et maritime des Bretons où il faut transiger avec la terre et la mer pour avancer ? Petits rappels historiques mais en fait très peu connus révélant l'importance des Bretons dans l'histoire de France : si les Bretons ont participé plus qu'activement à la bataille d'Hasting (1066) permettant la Conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie, il ont aussi permis la création de la monarchie capétienne centralisée, de la monarchie constitutionnelle, de la République : en 1204 et 1214, ils ont appuyé le roi de France, Philippe II Auguste, pourtant centralisateur et continental, en détruisant militairement la puissance des rois Plantagenêt, pourtant fédéralistes ; en 1789, ce sont eux qui ont mis fin aux Privilèges entraînant la fin de la féodalité et donc de la monarchie absolue ; Deux des premiers présidents de l'Assemblée nationale en 1789 furent bretons ; en 1792, il n'y eut pas que des troupes marseillaises à prendre les Tuileries, il y eut aussi beaucoup de Bretons.

Dire que les Bretons tentèrent de défendre la République française à Conlie et à Paris (lors de la Commune de Paris) en 1870 est un fait historique. Le premier président de la IIIe République fut breton. La République française fut somme toute assez rapidement acceptée et assimilée, avant, pendant et surtout après la Première guerre mondiale, mais encore davantage durant la Seconde guerre mondiale. Il ne faut pas oublier que la majorité ou presque des Forces françaises libres (en Angleterre) était en 1940 d'origine bretonne. Les Bretons n'aiment pas les extrêmes : le général Boulanger, pourtant de Rennes, n'eut aucune emprise en Bretagne ; l'affaire Dreyfus y fut moins discutée qu'ailleurs et pourtant le procès du capitaine Dreyfus eut lieu à Rennes ; le communiste pendant l'Entre-deux-guerres ne toucha que les grandes villes de Bretagne et fut bien loin d'avoir le même impact que dans le Nord de la France (et chez les Bretons de Paris…) ; les Bretons de Bretagne ne donnèrent pas la majorité en 1936 au Front populaire.

Cependant si les Bretons furent au service de la République, peut-on dire que la République rendit la pareille aux Bretons ? On sait comment finit l'affaire de Conlie. La IIIe République naissante vit dans les Bretons de l'armée de Bretagne venus pour défendre la France que des chouans royalistes, ne leur donnèrent pas des armes digne de ce nom et les parquèrent dans un camp immonde. Et ce comportement ne changea guère : pour les dirigeants de cette République, les Bretons étaient pour l'essentiel des arriérés, bigots, alcooliques et incompréhensibles avec leurs langues bizarres. Il fallait leur imposer La Culture, leur culture bien sûr. Des centaines de milliers de Bretons moururent sur les champs de bataille à défendre la République durant la Première guerre mondiale ; des centaines de milliers partirent de Bretagne pour fuir la misère et permettre l'essor économique de la République au prix de sacrifices dont on a du mal à s'imaginer aujourd'hui ; les Résistants bretons se comptèrent par milliers, les grands ports bretons étaient tous ravagés ; les Bretons abandonnèrent massivement leur langue et une grande partie de leur culture pour « être plus moderne », pour correspondre aux critères de la République. Et à l'arrivée, qu'obtinrent les Bretons et la Bretagne ? La misère était telle après 1945 que l'émigration massive reprit de plus belle. Le CELIB arracha l'électrification, les 4 voies qui traversent la Bretagne, un port, un petit, mais dut s'arrêter. Récemment, il a fallu quasi une insurrection pour que les dirigeants de la République comprennent qu'ils ont été trop loin avec l'écotaxe.

N'y eut-il pas peut-être un malentendu originel entre les Bretons et la République ou plutôt ses dirigeants dits Républicains ? Une erreur dans la compréhension dans le sens du mot République ? République centralisée, autoritaire, oligarchique, continentale, et une République fédérale, plus souple, plus maritime. Et là encore on retrouve une très vieille opposition, remontant au Moyen Age. Je pose une autre question : n'y a-t-il pas aussi une incapacité des Bretons à poursuivre dans l'action politique ? Je m'explique : ils s'occupent de la fin de l'empire plantagenêt (1214), de la fin de la monarchie absolue, de la fin de la monarchie constitutionnelle, de l'installation de la IIIe République, de la victoire de la République sur les Allemands par deux fois, et puis après Rien ou presque. Les Bretons disparaissent, semblent se fondre dans la masse. Et la République centralisatrice, très parisienne, semble les oublier. Mais les temps changent : les Bretons sont des centaines de milliers… à Paris et grâce à leur travail, leurs exceptionnels réussites aux concours, peuplent tous les rouages de la République et garantissent sa stabilité…

historien de la Bretagne
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