L’EMSAV doit aussi défendre bec et ongles la langue gallèse

-- Langues de Bretagne --

Chronique de Association de Lutte Contre les Violences Faites aux Bretons
Porte-parole: Erwan LE GARLANTEZEC

Publié le 14/05/20 12:10 -- mis à jour le 14/05/20 16:19

La Bretagne est une nation avec un peuple, deux langues, un territoire, une culture, une histoire et des valeurs. Le breton et le gallo sont des langues vivantes à part entière et non des patois. Elles font partie intégrante du patrimoine immatériel de l’Humanité et de l’identité bretonne.

Il convient de marteler qu’il ne doit pas exister de hiérarchie entre les langues bretonne et gallèse. Souvent atteint du syndrome de Stockholm, parfois l’EMSAV se comporte comme si, trop heureux de tenter de sauver une de ses deux langues, il se résolvait à abandonner l’autre à son triste sort.

Je souhaite la reconnaissance du breton et du gallo comme langues officielles. L’EMSAV doit soutenir les possibilités, pour nos enfants et les adultes, d'apprendre le breton et le gallo. Il doit faire imposer l’utilisation d’une signalétique tri-lingue dans l’espace public. Enfin, il est nécessaire de créer de vrais médias bretons.

Les premières traces écrites du gallo datent du XIIe siècle. Le gallo est une langue romane, son lexique et sa grammaire venant en très grande partie du latin.

Il est majoritairement parlé en Ille-et-Vilaine, en Loire-Atlantique, et dans l'est du Morbihan et des Côtes d’Armor, derrière une frontière linguistique allant de Plouha à Guérande.

8 % des habitants de la Bretagne historique disent comprendre très bien ou assez bien le gallo. Ce chiffre est très proche du pourcentage de locuteurs du breton.

Le gallo est aujourd’hui classé, par l’UNESCO, parmi les langues sérieusement en danger.

Le Conseil régional de Bretagne a officiellement reconnu, à l’unanimité, le breton et le gallo comme « langues de la Bretagne, au côté de la langue française », en 2004. Le Conseil général d’Ille et Vilaine soutient lui aussi publiquement le gallo. En revanche, en Loire Atlantique, il n'existe hélas aucune prise de position officielle à propos du gallo, les élus du Conseil régional des pays de la Loire étant idéologiquement contre toute trace du passé millénaire breton de ce département.

Au niveau national, le gallo ne possède aucun caractère officiel, la France ne reconnaissant que le français comme langue. Cependant, l’article 75-1 de la Constitution, voté en 2008, a entrouvert une porte, en affirmant que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. A ce jour, le gallo est également reconnue en tant que « langue régionale » par le ministère de l’Education nationale.

La Charte culturelle bretonne, signée en 1977 par l'État et les collectivités territoriales bretonnes, a marqué un changement dans la perception des langues de Bretagne. En effet, la charte stipule, par exemple, qu'il faut assurer aux langues gallèse et bretonne, les moyens nécessaires à leur développement, y compris dans l'enseignement et à la radio-télévision.

Un enseignement de langue et de culture gallèses est ainsi proposé dans certaines écoles primaires d’Ille et Vilaine. L'association Dihun Breizh a aussi mis en place un système similaire dans des établissements primaires catholiques du Morbihan.

Dans l'enseignement secondaire, l’académie de Rennes propose le gallo en option facultative aux baccalauréats généraux et technologiques depuis 1984.

Enfin, depuis 2008, l'université de Rennes 2 offre une option de gallo de trois heures par semaine étalée sur trois années.

En Loire-Atlantique, département pourtant signataire de la Charte culturelle Bretonne, l'enseignement du gallo n'y est hélas proposé dans aucun établissement scolaire.

Le gallo reste néanmoins l'une des langues régionales françaises les moins enseignées, moins que le Breton et l’Alsacien par exemple.

Des associations mènent un travail de collecte du patrimoine de la langue, dans toute l'aire d’existence gallèse, et constituent des bases de données, comme « Bertègn Galèzz », fondée en 1976.

D’autres associations se sont spécialisées, comme « Maézoe » dans la toponymie ou « l'Epille » dans la chanson traditionnelle.

Certaines associations éditent des revues écrites en gallo. « Bertègn Galèzz » publie ainsi « Le Liaun», une revue éditée depuis 1978, avec de nombreux articles en gallo. En 2014, a été créé un web-hebdomadaire intitulé « Runje », qui est intégralement en gallo. Enfin, depuis 2005, des articles écrits en gallo paraissent dans la revue en Breton « Ya ! » éditée par l'association « Keit vimp Bev ».

Le gallo est hélas très peu visible dans les médias régionaux traditionnels.

Sur internet, le site Agence Bretagne Presse diffuse des articles en gallo. Le site d'informations « 7seizh.info » publie aussi régulièrement des articles en gallo sur l'actualité internationale et le sport.

Depuis 1996, on peut entendre des chroniques en gallo sur les ondes de « France Bleu Armorique ». « Plum'FM » est une radio qui présente aussi plusieurs émissions totalisant onze heures trente de programmes en gallo par semaine. « Plum'FM » travaille également en partenariat avec « Radio Bro Gwened », avec qui elle échange des programmes en gallo.

Enfin, des émissions ponctuelles en gallo sont diffusées par d'autres stations de radio, comme Radio Rennes et son émission « Chemins de Terre ».

En conclusion, les survies du gallo et du breton sont malheureusement sur le fil du rasoir. La France s’est, en effet, employée à les éradiquer pendant plusieurs générations, grâce au nivellement par le bas et la mise en œuvre de sa politique de la terre brûlée.

Néanmoins, l’EMSAV ne doit en aucun cas céder à l’indicible tentation du « choix de Sophie », à l’instar de cette dramatique situation narrée par le romancier William STYRON dans son ouvrage éponyme.

Erwan LE GARLANTEZEC, Association de Lutte Contre les Violences Faites aux Bretons.

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Erwan LE GARLANTEZEC, président de l'ALCVFB.
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