Le potentiel de la houle comme source d'énergie pour la Bretagne
Enquete de Philippe Argouarch

Publié le 6/12/07 15:36 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

La Bretagne a du vent à revendre. En fait dans le langage des sourds et muets, le mot Bretagne se dit allégoriquement "le pays du vent". L'énergie éolienne a un bel avenir chez nous. L'énergie hydrolienne aussi. Bien moins connu est le potentiel des vagues - qui sont aussi formées au large par le vent.

L'or bleu

Car la Bretagne a aussi 4000 km de côtes. Il a été déterminé qu'un mètre de côte peut produire environ 50 kw selon les endroits et la distance de la côte. La carte de Pélamis (voir le site) met la Bretagne dans une zone moyenne mais exploitable surtout dans le Finistère. Les côtes ouest de l'Écosse et de l'Irlande sont par contre à 70 kw par mètre. Les Britanniques considèrent d'ailleurs que 25 % de tous leurs besoins en énergie pourraient venir des vagues.
La Bretagne aurait un potentiel énergétique de 50 000 mégawatts si on considère seulement 1000 km de côtes suffisamment exposées pour cette récolte.

Tenter de capter l'énergie des vagues pour en faire de l'électricité n'est pas nouveau. Des études avaient été faites aux États-Unis dans les années 30. Une installation fonctionne en Écosse depuis 2000 qui fit l'objet d'un reportage de l'émission Thalassa. Le système peut être inshore (sur une falaise) ou offshore (au large). La solution inshore est plus rentable mais fragile car exposée aux vagues qui se brisent. L'option offshore est plus stable mais nécessite la pose de câbles sous-marins pour transporter l'électricité produite.

L'installation à Dounreay (projet OSPREY) en Écosse fut la première usine au monde à fournir de l'électricité à partir de la houle. La machine de 550 tonnes utilise l'aspiration d'air créée par la montée et la descente de la houle dans un cylindre vertical pour actionner une turbine.

Un projet de seconde génération et offshore : le projet écossais PELAMIS utilise les flexions d'un long ponton serpentin pour actionner des pistons. Des projets existent aussi en Suède, aux Pays-Bas, en Australie. Une installation offshore est en cours de montage au large de Porto au Portugal- Elle alimentera en électricité 1500 foyers avec une capacité de 20 mégawatts dés 2008. Tous ces systèmes utilisent le même principe : des bouées convertissant le mouvement ondulatoire des vagues en mouvement mécanique puis en énergie électrique.

En Bretagne, le laboratoire de Mécanique des fluides (LMF) de l'École Centrale de Nantes propose un système ingénieux de seconde génération basé sur le balancement d'un pendule géant. Le Système Électrique Autonome de Récupération de l'Énergie des Vagues ou SEAREV a été inventé par l'équipe d'Alain Clément dans ce laboratoire de l'École Centrale de Nantes et du CNRS. Celui-ci pourrait être commercialisé à l'horizon 2011-2012.

Explication du système d'après SEAREV
Système offshore de deuxième génération, SEAREV se compose d'un flotteur clos et étanche à l'intérieur duquel est suspendue une roue chargée, celle-ci jouant le rôle d'un pendule embarqué. D'un diamètre de 9 mètres, cette roue à axe horizontal, dont la moitié supérieure est évidée, a sa masse concentrée dans la moitié inférieure, lestée de maille de fer. D'où l'effet de pendule.

Sous l'action de la houle et des vagues, le flotteur de SEAREV se met à osciller, entraînant alors à son tour un mouvement de va-et-vient de la roue pendulaire. Chacun a son propre mouvement, et c'est le mouvement relatif entre le flotteur et la roue qui actionne un système hydro-électrique de conversion de l'énergie mécanique en électricité.

Les plateformes sont ancrées au large entre 50 et 100 m de fond. Elles sont désignées pour résiter aux intempéries et aux grosses tempêtes. Elles s'orientent automatiquement dans la direction de la houle. Pour plus de détails techniques voir les bulletins electroniques (voir le site)

Un prototype à l'échelle 1/12e a déjà été construit en bassin à Nantes. Le modèle de taille réelle serait ancré en position en 2009. Il fera 24 m sur 14 m, et pèsera 1000 tonnes dont 400 pour la seule roue pendulaire.

La cornemuse et le pendule

Dans une conversation avec ABP, un des ingénieurs du projet a indiqué que l'énergie houlomotrice présentait même un plus grand potentiel que l'énergie éolienne. Jusqu'à 30 mégawatts par km2 pour l'énergie houlomotrice contre 15 pour l'éolienne. "Dans 30 ans, le temps qu'il a fallu pour développer et faire baisser les coûts des installations éoliennes, l'énergie houlomotrice sera moins chère" indique t-il. Le coût principal restant l'installation du câble sous-marin amenant l'électricité sur le continent. Pour minimiser ce coût, il faudra construire des fermes comme on le fait de plus en plus avec les éoliennes.

Il n'y a pas toujours de la houle. Il n'y a pas toujours du vent non plus. Les courants varient avec les marées. Une solution serait de combiner les trois systèmes sur un même pylône vertical offshore en béton. Chaque unité comprendrait sous l'eau une hydrolienne, en surface un houlomoteur, et à 10 m au dessus de la surface une éolienne. De quoi carburer !
Très peu de zones existeraient où l'on puisse combiner les 3 systèmes, le Raz de Sein étant l'une d'entre elles.

D'après SEAREV, plusieurs pays seraient intéressés par le concept pendulaire breton qui parait moins fragile que le projet britannique, en proie lui à des butées en cas de coup de vent.

Alain Clément aurait eu l'idée du concept en pensant à un pendule et à une cornemuse. Le pendule capable de se synchroniser au rythme des vagues et la cornemuse capable d'engranger par à-coups et de débiter en continu. Une cornemuse, un transformateur de courant alternatif en courant continu ! Des courants d'air bien sûr, mais le principe est le même et il fallait y penser.

Philippe Argouarch

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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