-- Histoire de Bretagne --

Nouvelles recherches de l'épave de La Cordelière, le vaisseau amiral de la duchesse Anne

Le combat de la Cordelière, Mairie du Conquet. Huile sur toile d'Anne Cadiou. Site la-mer-en-livres.fr
Le combat de la Cordelière, Mairie du Conquet. Huile sur toile d'Anne Cadiou. Site la-mer-en-livres.fr
Marie la cordelière - Alan Simon et James Wood de Fleetwood Mac pour l'Opéra Anne de Bretagne 2012.

La Cordelière ou «Marie la Cordelière» est un navire breton, construit à partir de 1487, sur ordre du duc François II de Bretagne, dans le contexte de la guerre contre la France. Sa fille, Anne de Bretagne, en fut la marraine. Le navire, construit aux chantiers de construction navale de Morlaix, était le fleuron de la flotte bretonne. Cette caraque était armée de 200 canons et pouvait transporter 1.000 soldats en plus des 200 hommes d'équipage. Le navire tire son nom de l’ordre de la Cordelière.

Alors que La Cordelière sort du goulet de Brest le 10 août 1512, commandé par l'amiral Hervé de Portzmoguer (que les Français ont francisé en «Primauguet»), il se retrouve face à une escadre anglaise commandée par Sir Edward Howard, qui venait de piller Camaret et Crozon, et se préparait à débarquer à Saint-Mathieu. La bataille est terrible et inégale car Marie la Cordelière se retrouve isolée face à 25 vaisseaux anglais. L'abordage avec le vaisseau HMS Regent est d'une violence inouïe, les canons font des destructions irrémédiables à bouts portants et les bateaux s'enfoncent et c'est alors que Portzmoguer décide de tout faire sauter et aurait déclaré à l'équipage et aux invités à bord « Nous allons fêter saint Laurent qui périt par le feu ! ». Les deux navires coulèrent emportant avec eux plus de deux mille personnes, Portzmoguer et Thomas Knyvett, le capitaine du Regent. Seulement 20 Bretons auraient survécu sur les 1250 hommes à bord.

Des campagnes d'archéologie sous-marine ont eu lieu en 1997 et en 2001 afin de tenter de retrouver La Cordelière. Une nouvelle campagne de recherches va être lancée au large de Brest cet été. Celle-ci, dirigée par l'archéologue breton Michel L'Hour, du DRASSM le (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), va associer différents organismes et instituts, tels l'Université de Bretagne-Sud, l'IFREMER, l'ENSTA Bretagne, et le LIRMM de Montpellier.

Modifié le 21/02/2018 12:30:00

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford. Voir le site et Voir le site

Vos commentaires :

jaouen yvon
Mercredi 21 fevrier 2018

bonjour, si on se réfère à l'ouvrage de Max Guerout "le dernier combat de la Cordelière"

(Max Guérout initiateur des premières recherches du navire) La Marie la Cordelière

était une caraque dont la construction débuta plutôt entre 1491 et 1495

pour le compte de Louis II de Rohan (pg 26)

, et sans doute pour plaire à Charles VIII (roi de France, époux d'Anne de Bretagne) qui réclamait à la Bretagne

des navires pour contribuer à ses expéditions italiennes.

son frère cadet Pierre de Rohan, connu sous le nom de maréchal de Gié, assurant le suivi effectif du chantier.

La Marie la Cordelière se rendra d'ailleurs en Italie entre 1501 et 1503,

et jusque Mitylene (Lesbos) pour tenter (vainement) d'en chasser les turcs.

Mais pour le compte de Louis XII, Charles VIII ayant rendu l'âme entre temps.

Le navire se serait d'ailleurs nommé au départ La Mareschale, avant de devenir

La Marie La Cordelière, on peut supposer à la demande d'Anne de Bretagne qui

voyait certainement d'un oeil mauvais que ce navire payé et construit par les Bretons

porta le nom d'un Rohan, famille qui l'avait trahi, elle et son père quelques années auparavant.

Parler de "1000 hommes d'équipage" est un sans doute raccourci de langage.

Ce navire était une caraque,

donc plutôt destinée au transport de troupes et de matériel (logistique des

armées au sol). D'une quarantaine de mètres de long à peine.

Il faut plutôt parler de "1000 hommes transportables" dont une partie de marins

(200 ou 300 sans doute, sous les ordres de leur maître de manoeuvre)

et pour le reste des troupes destinées à débarquer

et combattre au sol sous les ordres de leur capitaine d'armes (en 1501 ce sera

Jacques Guybé, neveu de feu Pierre Landais ancien trésorier du duché pendu en 1485 par la noblesse

bretonne pro-française ).

Pour avoir navigué sur des navires de cette taille je peine d'ailleurs à comprendre comment il était

alors possible de charger tant de monde à bord, avec canons, poudre, nourriture, voiles etc....

Il ne faut pas non plus voir ces navires comme les ancêtres de nos puissants navires de guerre.

Leurs canons n'ayant pas de réelle efficacité sinon à bout portant (faible portée,

médiocre efficacité des boulets, mauvaise stabilité du navire rendant la visée aléatoire...)

incendier l'adversaire restait encore le moyen le plus sur de vaincre à l'époque.

En 1512 La Marie La Cordelière est déjà un vieux navire "rustique", qui sort à peine de réparation

au port de Brest, où ses 5 mats ont été remplacés.

Anne, malade et loin de Bretagne, s'efface lentement, il ne semble pas que les bas bretons

se soient beaucoup passionné de cette guerre des français contre anglais et espagnol (soutenus

par le Pape de Rome).

Mis à part Portzmoguer qui avait aussi (surtout ?) à coeur de se venger de la destruction de son manoir.

Ce qui explique peut être le peu de traces que ce combat a laissé ici en Léon.

Caroline Le Douarin
Mercredi 21 fevrier 2018

Très bon commentaire, j'ai apprécié les précisions données.

Oui il est important de parler de Max Guérout, de signaler qu'il a fait les premières recherches, avec moins de moyens qu'en auront les prochaines, certes, et de parler de son livre.

En fait <>La Cordelière est partie de Brest - où elle était peut-être en fin de réparations, je ne sais - sur laquelle était donnée une grande fête. Porzmoger ayant appris que les Anglais naviguaient au large du Goulet, s'y précipita, avide de se venger de la destruction de son manoir quelques mois avant. Il ne laissa pas le temps aux invités de débarquer, c'est ainsi qu'il est question de plus de 2.000 personnes décédées.

Les traces en Léon ?

En 2012 on s'en souvint, pour organiser une grande fête, cela tombait bien, l'anniversaire était en plein été ! LaRecouvrance parada à la sortie du Goulet par un beau temps extraordinaire, une pièce de théâtre de Bernard Tanguy a été créée Je ne t'oublierai jamais , “romantisant ” la rencontre d'Anne et de Hervé...

Yvon Jaouen
Jeudi 22 fevrier 2018

Lorsque je disais que le combat ne laissa que peu de trace dans le Léon (j'aurais dû écrire aucune), je parlais de 1512 et années qui suivirent.

Pour autant que je sache pas une croix, pas un lieu dit, pas une chapelle pour marquer le lieu du désastre, pas un écrit un chant breton qui en parle.

Pas une messe. Ce qui est pour le moins curieux...

J'ai juste vu mentionner dans une biographie que le seigneur de Brezal (entre Landerneau et Landiviau) y aurait perdu la vie (ce qui tend à prouver qu'il y avait bien une réception à bord ce jour là, et me laisse d'ailleurs très dubitatif sur la capacité de la Cordelière à combattre - effectif sans doute très réduit, limité à quelques marins de garde probablement bien alcoolisés, Portzmoguer inclus, petite noblesse bretonne sans ses armes et sans aucune expérience pour se battre sur un pont de navire... j'ai plus que des doutes sur ce prétendu "magnifique combat" que romancent Germain De Brie et Max Guérout, se lancer sur l'ennemi pour se faire exploser était probablement leur seule véritable option.

A cette époque les Bretons, las des guerres que se livrent sur leurs terres français, anglais, espagnols, allemands... se préoccupent peu de cette marine de guerre française à laquelle ils sont contraints de contribuer, pour mener des guerres de conquête qui ne sont pas les leurs.

Au contraire ces guerres désormais maritimes les gênent dans leur commerce, ainsi que dans leurs expéditions vers les bancs de Terre Neuve, qui ont commencé depuis une dizaine d'année.

John Day, marchand de Bristol, dans sa Lettre à l'Amiral (Cristoforo Colomb) explique qu'au cours de l'été 1497 le Matthew, navire mené par John Cabot (en fait Giovanni Cabotto, vénitien) revenant de son exploration des côtes de Terre Neuve, rentrant sur Bristol, pris un cap trop sud et fini son voyage... en Bretagne. Probablement du côté de Tréguier.

Affamés, assoiffés, avec inévitablement malades et blessés à bord, on peut imaginer que ces explorateurs se firent secourir et que cet étrange navire resta là quelques jours, voire plus, avant qu'ils ne rentrent en Angleterre rendre compte de leur découverte au roi d'Angleterre, qui les finançait.

On peine à croire qu'ils parvinrent à garder secret leur découverte, à supposer qu'ils en aient eu la volonté.

C'est donc les Bretons qui les premiers, sans bourse délier, découvrirent, sinon l'Amérique du Nord, du moins son existence, de la bouche de ceux qui venaient de l'explorer.

Et celle des fabuleux bancs de morues qui la bordaient.

Ce qui explique que la présence bretonne sur ces bancs est attestée dès 1504.

Les Bretons, commerçant et pêchant dans tout l'Atlantique, ne pouvaient donc pas se réjouir des combats de 1512.

On peut d'ailleurs penser que les Anglais, ni vraiment amis ni vraiment ennemis des Bretons

(plusieurs centaines d'entre eux combattirent à st Aubin du cormier) , furent très contrariés

du zèle pro-français de Portsmoguer et du chagrin qu'ils causèrent à notre duchesse Anne de Bretagne en coulant "sa" caraque.

Yvoñ Jaouen

P. Argouarch
Jeudi 22 fevrier 2018

@Yvon Jaouenn : Ce que je ne comprend pas dans cette bataille c'est que les 21 autres vaisseaux de la flotte franco-bretonne se sont vite réfugiés dans la rade laissant Portzmoguer seul au prise avec 25 vaisseaux anglais. Ils vont quand même être détruit quand quelques jours plus tard si j'en crois ce que j'ai lu sur wikipédia. L'autre question : quelle était la proportion de vaisseaux bretons et français ? et qui commandait cette flotte Porzmoguer ou le vice-amiral français René de Clermont, ? Ce que vous dites sur le peu de traces en Bretagne de cette bataille est sans doute vrai bien que l'historien Étienne Taillemite ait écrit: "Ce désastre eut un retentissement considérable en Bretagne" dixit wiki sur (voir le site) . On y lit aussi le nom de dix des navires. C'est pas les épaves qui doivent manquer au fond de la rade.

jaouen yvon
Jeudi 22 fevrier 2018

bonjour. Je précise que je me suis intéressé à La Cordelière du point de vue de ses expéditions italiennes de 1501/1504, et que je n'ai pas d'avis

précis sur ce combat de 1512.

Mais il se trouve assez de bizarreries dans les récits historiques qui en parlent pour ne pas s'en méfier, ces récits étant visiblement destinée à "magnifier" la soi disant union-sacrée des bretons et français face à un prétendu "envahisseur" anglais.

Je ne sais pas sur quoi s'appuie cet Etienne Taillemite pour dire que "le désastre eut un retentissement considérable en Bretagne",

mais c'est probable, ce qui ne veut pas dire pour autant que cet évènement réconcilia les Bretons avec l'occupant français.

Ce même Taillemite écrit "on ne sait pas grand-chose non plus sur Portzmoguer ni sur La Cordelière, à part qu'elle a été construite à Morlaix."

Ce n'est pas l'impression que donne l'ouvrage de Max Guerout.

Travail précis auquel je me permets de rajouter un document (que je vous invite à publier) que vous trouverez ici (Gallica bpt6k35901m pg 426 à 429) et qui donne des informations intéressantes sur la caraque en 1507, alors même qu'elle est en réparation au port de Brest.

On y apprend par exemple que "le maistre de la nef et carracque de la Royne" s'appelait Yvon Maretz, qu'il vint en juin 1507

aux Sables d'Olonne quérir "5 mats de pruche" pour son navire...

On peut donc penser que, le temps de ramener à Brest ces troncs, de les travailler et de les mettre en place,

de refaire des voiles, la Cordelière était à peine opérationnelle en 1512...

N'en déplaise à Taillemite les informations existent donc, certes dispersées mais bien réelles.

Wikipedia est un outil certes utile et sympathique mais néanmoins très "simpliste", et absolument pas infaillible

Yvoñ Jaouen

Jacques
Jeudi 22 fevrier 2018

@ Yvon Jaouenn

Je suis plutôt en accord avec votre écrit néanmoins de mes lectures, la Cordelière n'était pas un transport de troupe au sens ou vous le présentez. Un transport de troupe dans notre vision actuel est un paquebot, un TCD (Transporteur de Chalands de débarquement, comme l'ancien Ouragan) ou un navire d'assaut (Type BPC mistral français ou USS Tarawa).

A l'époque, les navires n'était pas vraiment spécialisé en fonction d'un usage militaire spécifique (combat ou transport), ils étaient un peu tout cela à la fois... La Cordelière aurait marqué son époque par une artillerie importante (de mémoire on parle de 200 bouches de feu, énorme pour l'époque, même si semble-t-il dans ce chiffre est compris les armes portatives et pas uniquement les canons). On est donc loin de l'image d'un transporteur de troupes (à la mode d'aujourd'hui) ce qui ne veut pas dire qu'il n'en transportait pas (c'était très courant à l'époque que les navires en plus de l'équipage emportent des troupes de débarquement que l'on nommera infanterie de marine plus tard).

Mais même si l'artillerie est importante, l'essentiel du combat se faisait par abordage (comme le fera 2 siècle plus tard Surcouf pour prendre le Kent, un vaisseau de ligne au combien plus puissant en artillerie que son navire). Une exception à l'époque la destruction de l’invisible armada par la royal navy (les espagnols étaient affaiblie par une tempête et les anglais disposaient d'un canon innovant portant un peu plus loin que ceux des espagnols).

De ce que j'ai lu, la flotte bretonne et la flotte française se sont engouffré dans le goulet et la Cordelière à couvert la fuite en manœuvrant pour aborder l'un des plus puissants navires anglais (le Regent) ce qui a eu pour effet d'attirer les autres navires anglais pour le protéger. Il est peu probable que le prendre à l'abordage au vu de la présence probable de nombreux civils à son bord était illusoire sauf par une autodestruction qui aurait détruit également le Régent.

Reste à savoir si cette destruction de la Cordelière est volontaire ou pas... Il s'agissait d'une autre époque et rentrer dans l'histoire en détruisant le Régent (qui avait un prestige certain) était un bon moyen quitte à mourir pour cela...

Par contre, il est souvent dit que les équipages bretons étaient peu favorable à ces combats au profit de la France et contre l'Angleterre... (D'autant que la France agressait la Bretagne et que sauf erreur la Royal Navy opérait avec le consentement du pape...).

Quoi qu'il en soit, la Cordelière était bien un navire de la marine de guerre bretonne (français en aucun cas), il existe d'ailleurs (wiki) un dessin de l'époque qui la présente arborant les flammes de guerres de la marine bretonne (Kroas du)... Ce qui sauf erreur ne se fera plus après, 1532 n'était plus très loin...

Il y a peu des italiens sont venus en Bretagne pour présenter une maquette de la Cordelière aux Bretons (elle a visiblement marqué les esprits lors de sa campagne en Italie)... Et pour savoir vraiment à quoi ressemblait la Cordelière, c'est difficile comme le prouvait l’enthousiasme en terme d'architecture navale soulevé par la découverte du Mary Rose.

D'ailleurs, le type de navire le plus avancé à l'époque (cet fois pour le commerce) la Carvelle bretonne (confondu souvent avec la Caravelle et les Kogues baltiques) est une grande inconnue de nos jours... la marine bretonne reste donc largement à redécouvrir, les historiens ont un boulevard devant eux...

yvon jaouen
Vendredi 23 fevrier 2018

Je vais vous faire une réponse un peu longue.

On peut débattre ad vitam eternam de la nationalité des navires.

De mon point de vue, en réalité ils n'en ont pas.

La nationalité d'un navire n'est pas celle du lieu de construction,

pas même celle de l'équipage ni de sa zone de navigation,

mais celle de son armateur du moment.

(de celui qui possède et finance l'armement, et décide de ce que va faire le navire).

Le Clémenceau et le Charles de Gaules, sortis des chantiers de Brest, ne sont pas bretons.

La Jeannne non plus, même si les Brestois s'y sont attaché avec le temps.

La flotte d'Ifremer, entretenue dans les chantiers de Concarneau et Brest,

avec des équipages et un armement à 80% bretons, dont la plupart des navires sont rattachés au quartier de Brest,

n'est pas bretonne (jamais vu un Kroaz Du flotter en mature en 30 ans de navigation là bas)

La Marie (très classique à l'époque) n'est pas un nom breton.

La Cordelière non plus.

(son fatras de cordage ayant inspiré aux bretons et/ou à Louis XII l'identification avec celle de la duchesse ?)

Dans le lien Gallica que j'ai fourni plus haut on voit en 1507 La Trémoille approvisionner

le navire en mats neufs (quand Anne de Bretagne le visite en 1505 à Brest c'est probablement

un navire délabré qu'elle retrouve, malmené par les expéditions françaises d'Italie - Gènes, Garigliano, Mitylène )

Si je ne me trompe pas ce Trémoille est bien celui qui laissa en 1498 à st Aubin du cormier

8 ou 10000 bretons pourrir sur le champ de bataille et dans la campagne environnante.

Massacrés pour le compte de Charles VIII. Il n'y a donc pas plus français que lui.

Et je doute qu'il ait "offert" ces mats pour plaire à la duchesse, otage à Blois depuis lors

(certes reine et bien traitée mais otage).

Si ce navire avait été "breton et patriote" Portmoguer aurait tiré sur la Louise plutôt que sur le Régent.

Officiellement du moins l'amirauté bretonne a duré très longtemps après l'annexion de la Bretagne,

ce qui explique le Kroaz qu'on trouve sur les représentations ( pas d'époque pour certaines).

Le pouvoir français n'osait probablement pas se heurteur de front à la population maritime

plutôt du genre coriace et indisciplinée.

Mais le duché n'a jamais eu réellement la main sur ce navire, construit par Rohan,

peut être même pour dans le but non avoué de le tourner contre François II et le duché.

200 canons certinement pas, il aurait fallu en mettre 100 à babord, 100 à tribord,

soit pour un navire de 50 m et deux ponts à peine

(les caraques n'étaient pas configurées comme les navires du siècle suivant)

un canon tous les mètres, 600 personnes pour les servir si on compte trois marins pour 1 canon...

Sans doute avait elle à peine une douzaine de canons disposé au combat, comme les autres gros navires.

Et d'autres transportés en cale pour être débarqués et attaquer les fortifications par la terre,

comme cela se faisait.

Lors de la campagne de Mitylène contre les turcs la défaite de la flotte chrétienne,

théoriquement sous les ordres de Ravenstein,

fut causée entre autre par le manque d'entente (discorde)

entre les nations qui la composait (France, Bretagne,

Venise) et on peut penser que cela perdurait en 1512.

Connaissant bien la mentalité des marins (bretons)

je doute que Portzoguer ait apprécié d'obeir à cet amiral français.

Et ayant connu pas mal de capitaines je suis convaincu que Portzoguer,

quoi qu'il ait fait,et bien malin qui peut le savoir,

n'en a fait qu'à sa tête

(qu'il n'avait sans doute plus entièrement vu ce qu'on en dépeint)

De toute manière à cette époque les navires une fois au combat ne communiquaient pas,

et à part appliquer quelques règles de base

(comme couler le plus gros et garder le vent avec soi)

c'était un peu la foire d'empoigne.

Le premier "guide de communication entre navires" français date à peu près de cette époque.

Je n'ai plus la date en tête.

On trouve bien une mention de la Cordelière et de sa venue en Italie

dans l'oraison funèbre du Cardinal robert Guibé (janvier 1513 à Rome)

en effet celui ci était breton et c'est (voir post précédent)

son frère Jacques qui menait les troupes bretonnes.

Nul doute qu'il accompagna Louis XII à Gènes

et fit fièrement visiter le navire à ses "collègues" de la curie...

Pour ce qui est du pape, l'Eglise bretonne était indépendante de celle de France,

et rendait compte au Pape directement.

Mais je ne crois pas que c'était le grand amour,

surtout que Jules II quelques années auparavant avait été accusé

d'abus sexuel sur deux jeunes nobles bretons

confiés par anne au cardinal de Nantes Robert Guibé... !

Sans doute à raison, puisque ce même robert Guibé,

pour punition de sa négligence et du scandale causé,

se vit priver de tous ses nombreux bénéfices en Bretagne,

à priori à la demande de la duchesse.

Il n'y a pas de vérité absolue en histoire,

seulement un choix à faire entre celle qui est "raisonnable"

ou celle qui est "agréable".

Je suis inquiet de la propagande qui va de développer (reprendre)

si des restes de ce navire sont retrouvés (ce que je souhaite quand même).

Je doute que l'on en profite pour reparler de st Aubin, de duché libre,

neutre et indépendant, et que ca vire à la célébration d'une amitié france-bretonne

partagée et forcément éternelle.

P. Argouarch
Vendredi 23 fevrier 2018

@Yvon : "Il n'y a pas de vérité absolue en histoire,seulement un choix à faire entre celle qui est raisonnable ou celle qui est agréable". Vous avez bien résumé le dilemme. Juste deux réflexions : sur toute les peintures que j'ai pu voir du combat de la Cordelière, souvent faites longtemps après le combat naval de Ouessant de 1512, aucune ne fait flotter le kroaz-du herminé à la poupe de la Cordelière, par ignorance ou par négationisme, difficile à dire, alors que la croix rouge anglaise du Regent est dans tous les tableaux.

En ce qui concerne la phrase de Portzmoguer avant de se faire sauter, le fait qu'il l'ai dite ou pas est un faut problème. L'acte de courage que je n'ai pas peur de qualifier ici d'héroisme, car les faits sont là, têtus, indiscutables et indiscutés, et le seront encore plus quand on aura retrouvé l'épave, est qu'il est resté seul ( a l'exception d'un petit sloop) à se battre contre 25 vaisseaux anglais, couvrant la retraite, ou la fuite selon le point de vue, du reste de la flotte franco-bretonne.

Jacques
Dimanche 25 fevrier 2018

@ Yvon Jaouen

Encore une fois, je suis d'accord avec nombre de choses que vous dites mais il y a quelques points importants sur lesquels il me faut vous faire un retour :

"Flamme de guerre :" il s'agit d'un pavillon qui est porté en tête de mat. Il est étroit et très très long, presque un ruban, avec 1 ou 2 pointes, il reprend généralement les couleurs du pavillon national et il signifie que le navire est un navire de guerre. Vous pouvez voir cette flamme sur tous les navires militaires dans le port de Brest, certes aux couleurs Républicaines (Bleu-Blanc-Rouge) mais sur la majorité des représentations de la Cordelière (notamment sur la représentation d'époque) ont voir des flammes de guerres bretonnes (reprenant le Kroaz Du national). Il s'agit donc d'un navire de guerre breton.

"Le Kroaz Du :" Il est connu pour être le drapeau des armées bretonnes, mais c'est également le pavillon national de la marine (civile et militaire). Il n'y avait plus de navires militaires bretons comme d'armée depuis 1532, mais les navires civiles ont continué à porter le Kroaz Du jusqu'à la Révolution (dates ou les Français nous ont déclaré ''Français'' avec la création de la nation au sens état-nation). C'est pour cela que le Gwenn ha Du n'existe actuellement sur les bateaux que par ignorance (plus de 80% des Bretons ignorent tout de leur histoire)... le pavillon national breton dans la marine, c'est le Kroaz du.

"Le nom : Marie la Cordelière" : Il provient non des cordages du navire mais de l'ordre des Cordeliers (les Franciscains fondé par Saint-François d'Assise dont sa philosophie de la foi aurait été bien plus proche du christianisme celtique que du christianisme romain, avant que Rome ne réécrive son histoire afin de tirer bénéfice de sa popularité). Anne était proche des Cordeliers et elle avait créée le pendant féminin de cet ordre (d'où probablement le prénom : Marie).

"Le fait que la Cordelières (et les autres navires de la flotte bretonne) n'ait pas attaqué la flotte française en collaboration avec les navires anglais mais fait l'inverse : "

La réponse est simple, la France tenait la Bretagne par les ''bijoux de famille'' bien qu'officiellement encore indépendante l'armée de Bretagne n'existait plus (elle avait été détruire) et il ne restait que la Marine... Quand on vous tiens de cette manière, en général on reste calme... Un cas de figure proche de ce qui s'est passé en France entre 1940 et 1942 où l'Armée était également détruite seule restait la Marine (principalement à Toulon) et même si elle n'avait pas été sommée d'opérer avec la Kriegmarine, elle n'a jamais pris la mer pour continuer le combat au point même que les navires n'avaient de carburant que pour sortir en rade de Toulon ce qui les rendaient facilement saisissable par l'armée allemande (le sabordage honorable de Toulon était une blague, le renflouage des navires était aisé ... sauf qu'à l'époque, même la Kriegmarine se débarrassait de ses propres navires de surface devenus inutiles. Le but de l'attaque Allemande n'était pas de saisir les navires mais de les faire disparaître en cas de retournement de situation : Les Français ont simplement fait le boulot des Allemands).

"200 bouches de feu :" Comme je vous l'indiquais, il ne s'agissait à l'évidence pas uniquement des canons mais aussi des armes portatives (donc des mousquets/fusils). A l'époque l'artillerie d'un navire était hétérogène, on mettait ce que l'on avait tant le coût de chaque arme était prohibitif. Même le prix d'un mousquet était énorme. Or comme évoqué, le combat d'artillerie pur était rare, le combat était principalement par abordage.... et lors d'un abordage des tireurs armés de mousquets et placé dans la mature sont bien plus utiles que des canons de sabord... se rappeler que 2 siècle après c'est ainsi que Nelson est mort alors qu'à son époque les canons de marine étaient bien plus puissant et nombreux. Donc 200 bouches à feu, si vous avez 20 canons et 180 mousquets, à l'époque on vous percevait comme on percevait le cuirassé Bismarck en 1940... (A ma connaissance, il n'y avait en Europe que le Regent et le Souvereign de plus puissant). Se rappeler que le Mary Rose (plus jeune de 30/40 ans) avait encore des arcs longbow à bord... (Je ne connais que ce chiffre de 200 bouches à feu mais il serait intéressant si quelqu'un pouvait nous en dire plus sur la composition exact de cet armement).

"La combat de la Cordelière symbole de l'union de la Bretagne à la France" :

A mon sens, vous avez raison à 100% sur ce sujet. La France utilise ce combat à titre de propagande en réécrivant l'histoire. D'ailleurs, on trouve des textes sur wiki qui présentent ce combat bel et bien comme le symbole de cette prétendue union. Ce n'est pas nouveau, les historiens français réécrivent l'histoire (la leur et la notre) en fonction de l'idéologie, et de leur coté les historiens bretons se taisent ou font semblant de ne rien voir d'anormal au titre qu'ils ne font pas de politique ou qu'ils ne sont pas communautaristes...

=> Personnellement, j'espère que la Cordelière sera retrouvée et que les historiens bretons pour une fois auront le courage d'écrire son histoire autrement qu'avec le crayon de leurs confères français... La Cordelière, c'est le dernier combat d'une marine bretonne héritière d'un passé glorieux et qui pour éviter le pire au pays à dû s'abaisser à s'allier à son ennemi... Un romantique nous dira peut-être que l'explosion de la Cordelière était possiblement un suicide de libération sans courir le risque de représailles (ce qui n'est rien d'autre que l'excuse avancée par les Français pour justifier le sabordage de la Flotte en 1942).

P. Argouarch
Dimanche 25 fevrier 2018

@Jacques : Merci de vos précisions sur les flammes et autres oriflammes. A propos de l'armement de la Cordelière, une fois l'épave retrouvée, il y a de grandes chances que l'on retrouve les canons même si c'est des énormes blocs de rouille méconnaissables.

Eflamm Caouissin
Mercredi 7 mars 2018

@Yvon Jaouen.

Vous dites : "Lorsque je disais que le combat ne laissa que peu de trace dans le Léon (j'aurais dû écrire aucune), je parlais de 1512 et années qui suivirent.our autant que je sache pas une croix, pas un lieu dit, pas une chapelle pour marquer le lieu du désastre, pas un écrit un chant breton qui en parle. Pas une messe. Ce qui est pour le moins curieux...

Mon grand-père étant décédé, je ne peux lui demander ses sources mais dans le film "Le mystère du Folgoët", il mentionne qu'une messe a l'intention de l'équipage défunt a été célébré le 15 août suivant, au Folgoët.

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