-- Religion --

L'Église catholique a déjà fait le Grand-Ouest

L'Église catholique a déjà fait le Grand-ouest et ceci dès décembre 2002. Cette province ecclésiastique épouse les contours des régions administratives Bretagne et Pays-de-la-Loire. Elle a son siège à Rennes où siège son archevêque. Elle comprend 9 diocèses qui correspondent aux départements, chacun doté d'un évêque.

49167_1.pngLe provinces ecclésiastiques

Ce charcutage est d'autant plus suspicieux que la Bretagne, seule, a probablement plus de baptisés que toutes les autres régions sauf l'Ile-de-France. Ce Grand-Ouest ecclésiastique n'a rien à voir avec le nombre de fidèles ou le nombre de baptisés. Les cinq départements auraient largement suffi.

Selon le décret du 8 décembre 2002, c'est Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence épiscopale de France qui aurait «sollicité du Siège apostolique la restructuration des provinces ecclésiastiques en France, de sorte que, dans la mesure du possible, elles coïncident avec les régions administratives civiles...»

Dans ce découpage, il est frappant de constater que les deux Normandie restent réunifiées alors qu'elles ne l'étaient pas en 2002 sur le plan administratif, ce qui prouve que des réunifications sur des bases historiques étaient possibles. Face à la création de ce grand-Ouest ecclésiastique on ne peut que soupçonner qu'il y a eu un accord tacite avec l'État pour ne pas réunifier la Bretagne.

À noter qu'avant 2002, il y avait une région ecclésiastique Bretagne sans la Loire-Atlantique. Cette province ecclésiastique avait été créée le 3 janvier 1859 par le pape Pie IX à la demande de Napoléon III. Cette date de 1859 est importante car c'est la première fois que la Loire-Atlantique, alors nommée Loire-Inférieure, est séparée du reste de la Bretagne. L'Église a donc fait dès 1859 ce que l'État fera un siècle plus tard en 1957. Elle a fait en 2002 ce que l'État proposera en 2013, lors du projet de réforme territoriale. Un Grand-Ouest qui sera refusé par les Bretons et en premier lieu Jean-Yves Le Drian.

La réunification de la Bretagne c'est le cauchemar de la République ! Nous en sommes tous convaincus aujourd'hui. On imagine très bien des réunions du Ministère de l'intérieur, au plus haut niveau, flanquées de quelques Chefs d'État-majors faisant une liste des menaces qui pèsent sur la République : 1) Le salafisme, 2) L'indépendance de la Corse. 3) la réunification de la Bretagne. Bigre !

Si Mgr Jean-Pierre Ricard demandait de redécouper en respectant les limites des régions administratives de l'époque, ce n'est pas du tout ce qui a été fait d'une manière générale par le Vatican. L'Alsace a conservé le diocèse de Metz et la Lorraine a conservé la Franche-Comté. Une province Poitou bric-à-brac a été créée sans la Vendée mais avec le Limousin, la Corse a été rattachée à la Provence, La Picardie et la Champagne ont été fusionnées, etc...À part l'Aquitaine, le Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes presque aucune des provinces ecclésiastiques créées en 2002 ne respectent les régions administratives de l'époque, encore moins celles d'aujourd'hui.

Ce découpage montre encore une fois que les identités culturelles ou nationales comptent pour du beurre pour l'église catholique latine héritière de l'empire romain. Elle a toujours divisé les territoires (diocesis en latin), comme la République, selon sa propre logique interne, et bien sûr sans aucune consultation des fidèles et aucun respect des identités.

Certes l'Église a prêché en breton dans les paroisses et a enseigné le breton dans ses écoles alors qu'il était interdit dans les écoles publiques. Il ne s'agit pas de nier ici le rôle qu'elle a joué dans la préservation de la langue bretonne mais on peut se poser des questions sur les motivations réelles de telles démarches. Même la Convention, pendant la révolution, a affiché des décrets en breton en Basse-Bretagne quand il s'agissait de se faire comprendre.

On assiste encore une fois à cet héritage romain du concept de province, un mot qui veut dire en latin «le pays des vaincus». Des territoires conquis composés de nations vaincues à quadriller pour mieux les contrôler. L'Église, comme l'Islam, comme la République, et comme autrefois l'Empire romain, se définissent eux-mêmes des nations de fidèles ou de citoyens. Il y a la chrétienté, la nation de l'Islam, l'empire ou la république, et sans oublier la nation des prolétaires de l'ex-Union soviétique où le parti était la nation. Ces pseudos-nations vont de paire avec la négation des nations historiques héritées de l'histoire du monde.

Sortirons-nous un jour de ce cycle infernal de phagociteurs et de phagocités et du quadrillage arbitraire du monde par ceux qui détiennent le pouvoir ?

Modifié le 10/11/2019 à 10 heures

Document PDF 49167-cartesnouvellesprovonices.pdf Cartes des provinces. Source : Archives Web https://archivesweb.cef.fr/public/his
Voir aussi :
©agence bretagne presse

Cet article a fait l'objet de 1645 lectures.
mailbox imprimer
logo
philippe argouarch est un reporter multi-média abp pour la cornouaille. il a lancé abp en octobre 2003. auparavant il a été le webmaster de l'international herald tribune à paris et avant ça, un des trois webmasters de la wells fargo bank à san francisco. il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de stanford. (voir le site) et (voir le site)

Vos commentaires :

Caroline Le Douarin
Samedi 9 novembre 2019

Les quatre pages de cartes du PDF - qui s'ouvre bien malgré l'erreur dans son nom - sont stupéfiantes.

yvon ollivier
Samedi 9 novembre 2019

quel mépris de l'eglise de rome pour ce vieux peuple breton, dont l'identité est si étroitement liée à la religion, en tant que chrétien, j'ai honte;

il serait temps de se bouger aussi là dessus comme sur le mépris total pour le Breton de l'enseignement catholique de bretagne qui est devenu un lieu bourgeois dans l'âme.. pour ma part j'aimerais bien que les chrétiens bretons se bougent là dessus

Rousseau André
Samedi 9 novembre 2019

Une erreur d'interprétation...et quelques approximations

Si cette "province ecclésiastique" a été ainsi constituée, c'est que l'évêque de Vannes de l'époque, Mgr Gourves, a refusé la création de deux provinces : Bretagne et Pays de Loire, au motif qu'il ne

fallait pas séparer la Loire Atlantique des diocèses ayant la même "identité culturelle"...Rome n'est pour rien dans cette décision

Ceci étant on peut remarquer

- que dans le diocèse de Nantes, la radio chrétienne ne fait pas partie de la même famille que les autres diocèses bretons, la majeure partie de ce qu'elle diffuse est conçu à Paris ; pour les quatre autres, RCF n'est certes "local" que 4 à 5 heures par jour (le reste est conçu à Lyon, qui relaie cependant les sujets "bretons" avec les radios de la région. ces radios diffusent un magazine quotidien couvrant les quatre départements.

- que la diversité de style des 9 diocèses est très grande et qu'il n'existe pas vraiment de coordination poussée, chaque évêque est autonome et ne "dépend" en réalité que de Rome...Rennes est le siège de l'archevêché, mais il n'existe rien de semblable à une "préfecture de région...".

- même entre les diocèses bretons, les différences sont grandes ; il existe une tradition de coopération entre Finistère et Côtes d'Armor, mais pas avec le Morbihan.

L'Eglise a usé d'un breton unifié dans sa littérature, mais la diversité était grande en liturgie

(on ne chante pas les même parole à Saint Anne si l'on est au pardon de La palud ou à Auray...)

Hémon et ses comparses voulaient se débarrasser du breton d'église au même titre que du breton paysan, pour créer une langue capable d'une littérature d'élite. Et l'emploi du breton dans la liturgie et la culture religieuse tenait largement (fin XIXème et début XXème) à l'espoir que l'ignorance du français préserverait les Bretons des idées modernes...

L'épiscopat bas breton a été régionaliste de façon fervente, et le nombre de revues et associations constituant un "Emsav Catholique" est impressionnant. Mais quand on est régionaliste catholique on est "catholique d'abord", pour reprendre le titre d'un livre d'Yvon Tranvouez. C'est pourquoi l'idée de la "petite patrie" dans la "grande" est une idée typiquement catholique. C'est largement un contre sens de parler de mépris des identités ; quand les catholiques chantaient "catholiques et Français toujours", on chantait en Bretagne : "...et Breton toujours", ce qui n'empêchait pas le ralliement à la République, sauf pour quelques évêques (comme Mgr. Charost à Rennes) avant la condamnation de Maurras.

Enfin parler d'un "mépris total de l'enseignement catholique pour le Breton," est équivoque car si l'on emploie la majuscule on désigne l'individu breton !!! Si l'on parle de la langue c'est ignorer la place des écoles catholiques dans l'enseignement de cette langue, par un réseau scolaire dont on ne peut dire qu'il est "un lieu bourgeois dans l'âme". L'affirmation montre une ignorance de ces écoles probablement, mais des bourgeois encore plus sûrement. Le caractère "populaire" de Diwan est-il si évident ?

.

P. Argouarch
Samedi 9 novembre 2019

@ André : Mgr Gourves avait entièrement raison. Pourquoi ne l'ont t-ils pas écouté ? j'ai donné une explication plausible sur la collusion entre l'église et le pouvoir républicain car il n'y a aucune autre raison de ne pas avoir réunifié la Bretagne comme cela a été fait pour la Normandie. J'ai aussi démontré que presque partout le redécoupage de 2002 n'avait pas suivi le découpage administratif français de l'époque comme le suggère abusivement le premier paragraphe du décret. Vous n'apportez aucun argument en faveur de la fusion de ce deux regions. Une fusion de ces deux régions administratives n'a rien à voir avec une réunification des 5 départements bretons. Une région ecclésiastique basée à Tours et englobant le Maine et l'Anjou était tout à fait possible. Le diocèse de Nantes pouvait très bien être rattaché à Rennes sans y inclure Le Mans et Angers.

Rousseau André
Dimanche 10 novembre 2019

En fait, l'évêque de Vannes a été entendu, mais dans un schéma de fusion des deux

régions...pas si absurde qu'on l'a dit. D'autres que moi - Loeiz Laurent par exemple - ne confrontaient pas histoire et économie et ne tenaient pas à reconstituer le Duché...Les rapports économiques ont leur autonomie et leur logique propre. Et quel que soit la solution retenue, la capacité des conseils régionaux à agir sur l'économie est assez limitée.

Quant à imaginer une "collusion", c'est mal connaître les évêques. La province ecclésiastique de 2002 est la simple reconduction de ce qui existait depuis longtemps...Et l'effet sur la dynamique du

catholicisme est lui aussi très limité...Cette dynamique se moque des territoires...

Reun Allain
Dimanche 10 novembre 2019

@ Yvon. Je ne peux que approuver ton souhait sur le principe: "j'aimerais bien que les chrétiens bretons se bougent là dessus"

Cela étant posé, le constat qu'il faut faire est que l'Emsav animé depuis le renouveau culturel breton des années 70 est de sensibilité d'une "gauche" assez anticléricale comme si le peu de pratiquants au sens des traditions familiales n'étaient pas des Bretons respectables pour le petit peuple car sensés être conservateurs dans une société réputée "progressiste" depuis la victoire de Mitterand en 81. Les choses n'ont pas évolué politiquement en Bretagne souvent en retard de phase sur les mouvements cycliques continentaux. Je pense que ton analyse de l’embourgeoisement de l'enseignement catholique n'est pas tout à fait juste pour la bonne raison qu'il n'existe pas dans les programmes qui sont ceux de l'EN dans les écoles sous contrat et la plupart des écoles bretonnes le sont. Quand bien même il y aurait cet "embourgeoisement" ça ne traduirait pas la réalité sociale de ceux qui sont pratiquants par traditions familiales. Les pratiques se limitent bien souvent à un baptême des enfants, des obsèques religieuses et entre les deux âges quelques pardons estivaux suivi d'un repas convivial sous chapiteau organisé par le comité de la chapelle du quartier. Ce sont d'ailleurs les seuls moment où les plus anciens se remettent à échanger en breton. S'il y a embourgeoisement c'est du côté de l'Emsav politique qui a tourné le dos à ce peuple rural qui continue encore à fréquenter l'église paroissiale, ils sont une infime minorité de laïcs âgés à permettre que les familles passent leurs défunts à l'église avant le cimetière.

Il serait temps en effet que la relève arrive pour agir de l'intérieur tant au quotidien que pour mieux conseiller les hiérarchies catholiques (Conférence des Évêques de France) qui ont tendance à trop fonctionne sur le mode pyramidal et jacobin du système politique français.

P. Argouarch
Dimanche 10 novembre 2019

@André :Vous ne pouvez pas nier une autre collusion : ce que l'Église a fait en 1856, puisqu'elle a créé la province ecclésiastique de Rennes à la demande explicite de Napoléon III, ce faisant créant la première séparation de la Loire-Atlantique du reste de la Bretagne. Une lourde responsabilité au regard de l'histoire.

Reun Allain
Dimanche 10 novembre 2019

@ Yvon. Je ne peux que approuver ton souhait sur le principe: "j'aimerais bien que les chrétiens bretons se bougent là dessus"

Cela étant posé, le constat qu'il faut faire est que l'Emsav animé depuis le renouveau culturel breton des années 70 est de sensibilité d'une "gauche" assez anticléricale comme si le peu de pratiquants au sens des traditions familiales n'étaient pas des Bretons respectables pour le petit peuple car sensés être conservateurs dans une société réputée "progressiste" depuis la victoire de Mitterand en 81. Les choses n'ont pas évolué politiquement en Bretagne souvent en retard de phase sur les mouvements cycliques continentaux. Je pense que ton analyse de l’embourgeoisement de l'enseignement catholique n'est pas tout à fait juste pour la bonne raison qu'il n'existe pas dans les programmes qui sont ceux de l'EN dans les écoles sous contrat et la plupart des écoles bretonnes le sont. Quand bien même il y aurait cet "embourgeoisement" ça ne traduirait pas la réalité sociale de ceux qui sont pratiquants par traditions familiales. Les pratiques se limitent bien souvent à un baptême des enfants, des obsèques religieuses et entre les deux âges quelques pardons estivaux suivi d'un repas convivial sous chapiteau organisé par le comité de la chapelle du quartier. Ce sont d'ailleurs les seuls moment où les plus anciens se remettent à échanger en breton. S'il y a embourgeoisement c'est du côté de l'Emsav politique qui a tourné le dos à ce peuple rural qui continue encore à fréquenter l'église paroissiale, ils sont une infime minorité de laïcs âgés à permettre que les familles passent leurs défunts à l'église avant le cimetière.

Il serait temps en effet que la relève arrive pour agir de l'intérieur tant au quotidien que pour mieux conseiller les hiérarchies catholiques (Conférence des Évêques de France) qui ont tendance à trop fonctionne sur le mode pyramidal et jacobin du système politique français.

Iffig
Lundi 11 novembre 2019

de toutes façons, aujourd'hui, il n'y a plus de peuple catholique en Bretagne : la pratique religieuse est sous les 3 %, et en plus ceux qui pratiquent encore sont très largement des familles qui citadines qui n'ont rien de breton (milieu militaire à Brest exemple), ou alors dans les campagne, la moyenne d'âge approche les 80 ans qaund il y a encore des messes. En tant que catholique breton c'est pour moi une catastrophe tant au point de vue de la foi qui est mon espérance ici bas que du point de vue de l''identité bretonne qui a connu une inculturation incroyable de la foi depuis 1500 ans au moins.

Ensuite MM. Argouarc'h et Ollivier ne connaissent pas de l'intérieur l'Eglise catholique en Bretagne : les évêques n'ont aucune marge de manoeuvre : ils gèrent simplement la liquidation de l'Eglise ici, il n'ya plus de vocations, les baptèmes euxmêmes et les obsèques religieuses sont en chute libre, mais en plus rappelez vous que l'Eglise n'est pas une démocratie :les fidèles n'ont rien à dire sauf depuis Vatican II et le fameux 'esprit de collégialité'. Mais là le problème c'est que tous les échelons des organigrammes des diocèses sont noyautés par des 'progressistes' qui n'en n'ont rien à faire de l'identité bretonne et même du pape (on se souvient de l'éviction de Mgr Le Vert, ou, avec les même la manifestation pro-gaillot des socialistes à Quimper en soutien à l'abbé Moysan curé de Kerfeuteun propulsé alors comme vicaire généfal de Brest c a d second personnage du diocèse de Quimper).

Pour moi il n'y a qu'un évêque qui tienne la route en Bretagne c'est celui de Vannes, sans doute parce qu'il est catalan. Tous les ans il invite tous ses séminaristes à faire le Tro Breizh avec lui et il a un 'jeune' vicaire général bretonnant. Mais je le répète ils n'ont pas beaucoup de marge de manoeuvre et c'est complètement illusoire d'imaginer que ces évêques pourraient, si tant est qu'ils le voudraient ce qui n'est pas le cas, tenir t^te de quelque manière que ce soit à lEtat français. Ils sont à la tête d'une entreprise aux soins palliatifs.

Je pense d'ailleurs que dans un proche avenir il y aura la disparition de diocèses en Bretagne : peut-être un seul diocèse pour la Bretagne B4 ?

Jacques
Lundi 11 novembre 2019

@ Yvon Ollivier

''en tant que chrétien, j'ai honte...''

Quelle est la relation entre votre position de Chrétien, et le fait que l'église romaine a toujours été conciliante avec les puissants?

Justement en tant que Breton, vous devriez savoir que le christianisme ne se limite pas à Rome...

Nous les Bretons sommes issus d'une des formes initiales du christianisme, tout comme les Arméniens, les Géorgies, les Coptes, les Araméens/Syriaques...

(il est vrai que la plupart de ces formes initiales du christianisme sont aujourd'hui percecutées/génocidées sans que cela ne soulève chez les autres chrétiens une vague de compassion, pas plus à Rome que chez le pape actuel).

Pour mémoire, c'est bien le christianisme qui nous est propre (christianisme celtique) qui a largement répandu le christianisme en Europe du nord après la chute de l'Empire (et cela sans violence par des moines pauvres)... notamment au travers du monachisme, pendant que Rome se perdait en bataille interne sur des questions de théologie.

Rome s'est accaparé l'Europe chrétienne du nord en partie par son soutien à expansionnisme de l'Empire Franc...

Nous Bretons devrions nous souvenir de l'entretien entre Matnonoc (l'Abbé de Landevenneg) et l'Empereur Louis 1er (suite à l’assassinat par décapitation du Roi Morvan) où il a été demandé aux Bretons de justifier leur prétention à se considérer comme chrétiens...

(Un fait qui n'est ni insignifiant, ni dénué de sens).

A l'époque Rome limitait la violence des guerres entre chrétiens, d'où la question de Louis 1er.

Du fait et pour éviter un autre niveau de violence : massacre des populations civiles, à l'image des glorieux exploits réaliser par le père de Louis 1er (un certain Charlemagne), envers les populations saxonnes, les abbayes de Bretagne ont du se rapprocher du christianisme romain.

Plus tard avec Charles VIII, Rome fidèle à elle-même n'as t-elle pas échangé la Romagne avec la France contre son regard détournée sur les agissements de cette dernière en Bretagne?

Aujourd'hui, Louis 1er est mort...

En tant que chrétien, en quoi sommes nous tenu de renier notre christianisme (qui par ses principes est bien plus originel que celui de Rome, donc possiblement plus proche du message de Jésus).

Il existe déjà un renouveau du christianisme celtique avec la présence d'un premier monastère.

La Vallée des Saints elle-même, nous évoque t-elle autre chose?

Sans même évoquer que tout pratiquant sérieux sait parfaitement que le christianisme actuel en Bretagne est imprégné du christianisme celtique (voir même de l'ancienne religion celtique).

Que les choix de Rome restent à Rome, aux Bretons d'assumer leur identité et leur foi en leur pays...!

Morvan aurait-il dit autre chose?

Naon-e-dad
Lundi 11 novembre 2019

Tout d'abord, merci à l'ABP pour son courage.

.1

« L'Église, comme l'Islam, comme la République, et comme autrefois l'Empire romain, se définissent eux-mêmes des nations de fidèles ou de citoyens » ??

Je laisse à l’Islam, et aussi à la République !, le soin de se définir.

Pour ce qui concerne l’Eglise, celle dite romaine et catholique, mais aussi les (assez nombreuses) Eglises orientales, orthodoxes (parfois c’est un peu plus complexe, car l’Histoire est passée par là), l’Eglise donc ne peut être, dans sa finalité, vue selon des critères organisationnels politiques. Laissons ce type d’éclairage (qui ne prend pas en considération la Foi dans sa réalité) aux sociologues et historiens, dont c’est le métier.

D’un point de vue chrétien, christique devrais-je dire, l’Eglise achevée (aujourd’hui en germe seulement) est la réunion de l’humanité autour de son divin créateur. Le terme technique est « communion ».

Que les Eglises terrestres doivent s’organiser ici-bas est assez évident, mais ce n’est pas le fond de la question.

.2

(Re)venons en à la Bretagne.

Mgr Gourves, prédécesseur de Mgr Centène actuel évêque de Vannes, avait publié – il y a une quinzaine d’années environ ? – une fort intéressante et audacieuse brochure bilingue (français / breton, en orthographe peurunvan) intitulée Foi et Culture bretonne / Feiz ha Sevenadur Breizh (ou un titre approchant ?), qui fut diffusée gratuitement. Ceux qui s’intéressent à la question seraient bien inspirés de la consulter (où ? peut-être dans les bibliothèques et archives…?). Mgr Gourvès avait tardé à la publier, parait-il, et s’y était résolu sur la demande insistante de chrétiens du diocèse, parait-il une fois encore.

Autre chose. Je ne sais si l’Eglise a eu l’occasion (au cours de l’Histoire royale, puis républicaine) de donner un avis sur les découpages administratifs, et surtout d’être entendue – ça m’étonnerait quelque peu au pays du gallicanisme… - , en tout cas elle maintient ici ou là, à travers les nommages actuels, le souvenirs d’anciens tracés. C’est ainsi qu’il existe un diocèse de Quimper et Léon (!) – le Finistère – dont Mgr Dognin est l’actuel titulaire.

Mgr Dognin justement a remarqué que le milieu bretonnant fournissait plus que sa part statistique pour ce qui concerne les nouveaux prêtres (sauf erreur, trois « jeunes » prêtres en Finistère). Peut-être pas un vivier, mais assurément un phénomène qui défie le simple hasard. La langue bretonne serait-elle hautement compatible avec les interrogations sur la profondeur de la vie ?

Petite suggestion de ma part : que les bretonnants (croyant ou pas) s’exercent à lire la page d’Evangile dominical en breton, en plus ou en regard du français. L’expérience est intéressante et hautement recommandable. Tout d’abord, c’est un moyen simple d’entretenir son niveau de langue écrite, ensuite le lecteur vérifiera de lui-même l’impact d’une langue qui vient de très loin (20 à 25 siècles) et qui s’est façonnée à l’usage immémorial de générations passées. Le français est intellectuel et académique, le breton a suivi un autre chemin. Ce n’est pas neutre.

.3

Enfin sur l’état de la Christianisation en Bretagne.

Comme ailleurs (un peu moins peut-être ?) l’état des lieux est à la réduction drastique de la voilure, pour ne pas dire à l’effondrement. Cela vient d’assez loin, je pense. Mais la condition humaine, l’existence n’ont pas changé pour autant. L’humanité se heurte à l’écran de la matière. Elle ignore (aujourd’hui plus qu’hier, au moins en France) ce qu’est sa propre condition.

Le discours commun semble mettre en opposition « science » et « foi ». Par un glissement sémantique récent et erroné, le vocable « laïcité » est devenu synonyme de «matérialisme » athée. On oublie juste que la laïcité est un cadre social organisationnel, pas un principe philosophique. On oublie aussi que « les sciences » éclairent la matière, par une investigation méthodique instrumentale, et achoppent sur la profondeur ultime du réel. On oublie que « la pensée » (réflexion ou philosophie) achoppe tout autant. On s’efforce de croire que l’ «intelligence artificielle » est autre chose qu’une forme de programmation, très ouverte ou souple, Or elle n’est qu’une technique, sophistiquée, mise en oeuvre dans des machines.

Enfin et surtout, on oublie enfin de prendre en considération un double fait historique remarquable : la trajectoire historique et géographique d’un petit peuple – celui d’Israël – dont l’expérience profonde est relatée dans les écrits bibliques (écrits stabilisés vers 300 avant notre ère). Puis, l’événement historique christique – il y a 2000 ans - . Or l’histoire est têtue, elle n’est pas facultative. Ce qui a eu lieu, a eu lieu. Dérangeant pour certains, ultra-confortable pour d’autres (les gens de foi).

On sait ce qu’il en résulte à diverses époques, dont la nôtre : aujourd’hui ce sont ceux qui rentrent dans une église qui prennent un risque personnel (y compris physique, on l’a vu même en France), pas ceux qui restent en dehors (bourgeoisement ou pas, peu importe).

« Quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Evangile, Luc 18,8)

«Mab an Den pa zeuio, daoust ha kavoud a raio feiz war an douar ? » (Lukaz 18,8)

Didier Lebars
Lundi 11 novembre 2019

Il semble que l Eglise du 19ieme siecle ait oeuvre pour l assimilisation de la Bretagne a la France. Logique, la separation date de 1905.

Le catholicisme culturel breton est mourant. Plus un sous pour entretenir les batiments.

Sur le long terme, peut on avoir une nation stable sans religion nationale ? Au gre de ce que j observe sur le globe je pense que non. Deja les megalithes etaient religieux. La laicite m apparait partout comme temporaire ou contre l histoire qui reprend son cours.

Les eglises d Icelande, Finlande, Norvege, Danemark, Ecosse, Pays de Galles ... sont les temoignages des nations. VVK, "= la Flandres pour le Christ" etait sur les tombes flamandes 14/18.

Cet article me fait penser a la scission en 2018 de l eglise Orthodoxe d Ukraine. Une communion qui datait de l empire romain Bizantin. Le patriarche de Moscou Kirill se separe de Constantinople et de Kiev.

Religion et geopolitique avancent ensemble. Si on revait, avec toutes les eglises a l abandon, les pretres qui disparaissent, il faudrait une eglise bretonne avec des pretres non celibataires.

P. Argouarch
Mardi 12 novembre 2019

@ Jacques :"les abbayes de Bretagne ont du se rapprocher du christianisme romain.". J'ai lu que les Francs entraient dans les monastères en Bretagne et que l'abbé devait signer un document comme quoi il passait à la règle bénédictine (et abandonnait le christianisme celtique) sinon le monastère était brulé. Même chose un peu plus tard en Irlande, d'abord les moines irlandais sont interdits de prêcher en Angleterre, puis la bulle du pape du nom de Laudabiliter, en 1152, donne la suzeraineté de l'Irlande au roi d'Angleterre Henry II qui s'empresse d'envahir la verte Erin. Il serait intéressant de retrouver la bulle papale ou le texte qui autorise Charlemagne à envahir et mettre au pas la Bretagne.

aime jean
Mardi 12 novembre 2019

que vient faire ce genre d'article sur ABP ?

que l'église catholique s'étende sur le grand ouest : et alors ?

ce n'est pas notre problème !

Déjà que les Bretons se rassemblent pour que la Bretagne

redevienne indépendante : ok …. c'est le minimum

que les Bretons puissent faire.

Le reste est de la sphère privée !

A galon, néanmoins.

Jacques
Mardi 12 novembre 2019

@ P.Argouarch,

Merci pour votre retour.

Je pense en effet que cet événement est l'un des GRANDs tournants de notre histoire, qu'il nous faut redécouvrir et replacer dans son importance.

La preuve de son importance, l'exposition des Rois de Bretagne à Landevennec y consacrait une part non négligeable. Et sans surprise, je ne partage pas l'approche explicative qui en fut donnée.

Je pense même que cet événement est plus important que la mort de Morvan... Morvan a été tué, ok... Mais l'important est de bien comprendre les raisons pour lesquels il se battait et qui ont rassemblées tous les bretons derrière lui (au delà du simple tribut/taxe que demandait l'Empereur des Francs)...

Que l'Empire franc fut le bras armé de l'église romaine ne fait aucun doute... mais y avait-il pour cela une bulle ou un texte, c'est peu probable... Les rois francs/français étaient "sacré'', ils avaient carte blanche tant que Rome y trouvait son compte.

De ma compréhension de chrétien, il y avait d'un coté des moines celtiques (pauvres mais érudits) qui ont répandu la parole de Jésus à pied, en soutane, en rencontrant les européens. Une conversion qui ne sait pas fait au détriment des autres croyances comme la part importante du celtisme dans la chrétienté bretonne 16 siècle plus tard le démontre amplement. Des moines dont les monastères étaient les universités européennes de l'époque.

Et de l'autre, l'autre il y avait Rome (dont la structure est l'héritière directe de la structure de l'Empire Romain) avec un Empire franc usant et abusant de l'épée comme argument.

Comme Yvon Ollivier se déclare chrétien et honteux par l'attitude de Rome, j'espère que cela sera un soulagement de savoir que la qualité de chrétien ne se limite pas à Rome, la chrétienté est bien un fait bien plus riche que cela et les Bretons (là encore, pour peu que l'on assume notre histoire/culture) ont joué un rôle majeur.

PS : Certes la Bretagne a été envahie par les Empereurs Francs, mais le passage à la règle de Saint-Benoit à probablement sauvé l'indépendance, en retirant la possibilité aux armées franques de s'acharner sur les populations pour mettre fin à la guérilla qui épuisait les troupes d'occupation. Nous n'avons donc pas été mis ''au pas'', car nous sommes resté indépendant 8 siècle de plus et 13 siècles plus tard notre christianisme possède encore une part importante d'éléments de sa forme originelle (en attendant une renaissance qui semble se dessiner)... ;-)

A galon,

Philippe LR
Mardi 12 novembre 2019

Beaucoup de commentaires commencent par "je suis chrétien...", "je suis catholique" etc puis continuent avec une vague critique du Vatican ou de l'organisation du clergé comme si en plus le sujet était nouveau ou récent. On critique vaguement, on fait des doléances mais sans réellement vouloir changer, sans remettre en cause/entrer en conflit. C'est typiquement breton...cela me fait penser à l'UDB qui soutient à toutes les élections les partisans de la partition de la Bretagne.

Sans remonter aux romains, sous l'Ancien Régime ou à l'époque du Duché, la Bretagne n'existait pas plus pour la hiérarchie ecclésiastique...c'était l'archevêché/Métropole de Tours. La création de la région catholique de Rennes sous Napoléon III c'était un progrès en fait !

Le catholicisme, c'est Rome et c'est le fondement même du jacobinisme.

Jacques
Mercredi 13 novembre 2019

@ Philippe LR

J'abonde en parti sauf dans l'idée de généraliser aux Bretons... à moins que vous ne vouliez évoquer uniquement les Bretons depuis 40 ans...

''Catholicisme'' signifie ''l'ensemble des chrétiens'' selon une compréhension commune issue du concile de nicée en 325. Depuis le 16ème siècle, il a été dévoyer pour qualifier l'église romaine suite à l’événement du protestantisme qui loin de vouloir une scission voulait revenir sur les dérives de la hiérarchie de l'église romaine.

Quand au christianisme celtique, sauf erreur, il s'agit d'une évolution ''catholique'' (dans la définition originelle) sur une base spécifique de l'identité celtique qui s'est développé hors de ses bases initiales suite aux conflits théologiques internes de Rome.

Depuis cette époque et jusqu'au 20ème siècle, même s'ils ont du faire des compromis, les Bretons ont maintenu le cap... D'où le fait qu'à l'heure d'aujourd'hui, nous sommes le dernier territoire celtique où les pratiques anciennes ont été maintenues de manière majeure (elles ont totalement disparues, en Irlande, Pays de Galles, Écosses).

Du fait, les héritiers/les résistants faces à la technostructure romaine, c'est nous...

Dans le monde chrétien ce n'est pas rien, et nous rejoignons en cela les coptes d’Égypte, les Syriaques d'Irak/Syrie, Arméniens et Géorgie...

Mais depuis 40 ans, il me semble que nous oublions et que notre spécificité nous gêne...

Et c'est depuis cette période (l’événement du ''progressisme'',même chez les Bretons pratiquants), qu'au nom de la Bretagne nous rêvons à des objectifs absurdes : Sauver Paris du jacobinisme (UDB), Sauvez Rome du centralisme (certains bretons pratiquants)...

Oui en effet l'église romaine est le fondement du jacobinisme, mais l'église romaine n'est pas la chrétienté.

Ce n'est pas à nous de changer cela, mais il nous appartient d'assumer qui nous sommes...!

@ aime jean,

''que vient faire ce genre d'article sur ABP ? ... Le reste est de la sphère privée !''

La religion qui serait de ''sphère privée'' est une notion issu du ''progressisme/républicanisme'' (religions modernes) pour s'imposer face aux religions historiques des peuples.

Selon ''Ciceron'', chaque ''cité'' aurait possiblement sa religion. La religion (qui vient du concept de ''relier'') est donc une question identitaire d'un groupe de personne sur un territoire donné, et par logique une question absolument publique.

Le christianisme a bouleversé cette approche, par le fait qu'il apportait un ''message'' qui lui pouvait être entendu par différents peuples... Et justement, le christianisme breton a conservé nombre de pratiques de l'ancienne religion tout en accueillant le message chrétien (ce qui contredit absolument tout ceux qui aujourd'hui prétendent à une religion imposée aux Bretons par la force).

Rome à l'inverse a rapidement dérivé vers une logique de pouvoir... reprenant le flambeau de l'Empire romain.

A l'inverse, le christianisme celtique est resté dans la logique du message commun et accepté librement... les ''pratiques'' pouvant rester de l'ordre des cités/nations...

L'Islam, à l'inverse, s'impose aux cités/nations de manière assumée par la force (le monde = pays de l'islam versus pays de la guerre, c'est dans le Coran)... Le message importe peu, la pratique est essentielle...

En Europe, le christianisme romain (par son centralisme) a réduit l'influence du christianisme celtique, puis le ''progressisme'' a en parti détruit le christianisme en occident... Aujourd'hui les progressistes (laïcs et chrétiens) se couchent face à l'Islam.

Aussi, il est peut être temps de revenir à la notion initiale et publique de ''relier'' les gens appartenant à une cité/nation.

Et là sauf à renier notre identité bretonne, il me semble que nous les Bretons avons un héritage à valoriser... (nous avons 2 religions historiques pacifiques vivant en symbiose au sein d'une même nation).

D'où sauf à renier l'identité bretonne, cet article à absolument sa place sur ABP.

J'espère que ce point de vu, vous sera profitable.

A galon,

Écrire un commentaire :

ANTI-SPAM : Combien font 7 multiplié par 6 ?

Note : Ce lieu est un lieu de débat. Les attaques personnelles ne sont pas autorisées. Le trolling est interdit. Les lois contre le racisme, le sexisme, et la diffamation doivent être respectées. Les pseudos sont tolérés mais ne sont pas encouragés. Par contre l'utilisation d'anonymiseurs pour modifier votre numéro ip entrainera la suspension de vos commentaires.