Enquête sur l'Indépendance de l'Islande
enquete de Jean Pierre Le Mat et Philippe Argouarch

Publié le 5/12/03 19:56 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Une minorité nationale peut-elle se séparer légalement d’un état démocratique Bonne question. A ce jour le seul état dont la constitution prévoit cette éventualité est le Canada. L’Espagne est sur le point d’interdire les réferendum sur le sujet en anticipation des consultations populaires proposées par les partis nationalistes basques et catalans. La France en a proposé un en Algerie en 1962 après une guerre de 7 ans alors meme que sa constitution affirmait que son territoire était indivisible et que les départements algériens faisaient bien partis de la Republique.

Ce droit a pourtant été clairement reconnu par l’ONU dans sa déclaration sur les peuples colonisés (1960).(*), ce texte fondamental declare entre autre que :

« Tous les peuples ont le droit de libre détermination; en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et poursuivent librement leur développement économique, social et culturel. »

On ne peut pas dire que l’Islande, quand elle faisait partie du Danemak, etait une province opprimée ou colonisée. Les Islandais pouvaient difficilement se faire passer pour une minorité nationale bien que culturellement et linguistiquement ils se rapprochaient plus de la Norvege que du Danemark. Pourtant, l’Islande a proclamé la république en 1944. Les Islandais ont « profité » de l’occupation du Danemark par les Allemands pour se séparer d’un état démocratique par tradition mais toutefois sous la botte allemande. Le danemark etait alors en passe de devenir partie intégrante du nouvel empire allemand. C’est un peu comme si l’Algerie avait déclaré son indépendance en juin 1940 quand la France fut occupée et satellisée

L’autonomie de l’Islande par rapport à la couronne du Danemark avait été consacrée par un Acte d’Union en 1918. L’islande était autonome mais reconnaissait le roi du Danemark comme son souverain. L’ acte d’Union stipulait que le Danemark conservait la souveraineté sur les affaires de Défense et les Affaires Etrangères d’Islande. Il était prévu de ré-examiner cet Acte d’Union 25 ans après, en 1943.

Le 9 avril 1940, le Danemark est envahi, et tombe sous le contrôle de l’Allemagne nazie. Cette invasion fut ressentie en Grande Bretagne comme un risque majeur de contrôle de l’Atlantique Nord par les Allemands. En effet, si les sous-marins allemands, les fameux U-boats, se ravitaillaient dans les possessions danoises, les îles Feroë, l’Islande, ou le Groënland, ils pourraient acquérir une supériorité particulièrement redoutable dans les opérations navales et seraient devenus encore plus menaçant pour les convois de ravitaillement en route vers l’URSS.

Pour pallier ce danger, un mois après l’invasion allemande du Danemark, les troupes britanniques envahissent l’Islande et s’installent d’autorité sur l’aéroport de Keflavik, à 45 kilomètres au sud de la capitale Reykjavik, et dans le fjord de Hvalfjordur, un site portuaire à 50 kilomètres au nord de la ville. Ils seront 25 000 hommes, pour une population d’environ 120 000 Islandais. Les premiers éléments de l’armée américaine arrivèrent en Islande en Août 1941. Ils s’installèrent dans les camps de l’armée britannique.

Le traité d’Union entre l’Islande et le Danemark devait se renégocier en 1943, mais le Danemark était dans l’impossibilité d’intervenir. Les Islandais décidèrent d’agir unilatéralement. Ils organisèrent un référendum en début de 1944, pour savoir si la population approuvait la sécession. Il y eut 98,6% de votants, et 97,3% d’entre eux se prononcèrent pour le oui.

Le 17 juin 1944, jour anniversaire de la naissance du nationaliste islandais Jon Sigursson (1811-1879), le parlement islandais proclama la République à Thingvöllur. Sveinn Björnsson en fut le premier Président.

Il était difficile de contester le verdict des urnes. De la part des Britanniques ou des Américains, compte tenu de la façon cavalière dont ils s’étaient comportés dans l’île, il aurait été inconvenant de donner aux Islandais des leçons de démocratie. La nouvelle république fut reconnue par les puissances Alliées et l’Union soviétique. Le roi Christian X, souverain du Danemark occupé par les Allemands, envoya un télégramme pour souhaiter le maintien de l’Union, mais aussi pour s’incliner devant le fait accompli.

L’Islande était libre, mais toujours occupée par les troupes américaines. Contrairement aux obligations contractuelles, le gouvernement US, qui voyait venir la guerre froide et comprenait la position stratégique de l’Islande, ne voulut pas rapatrier ses troupes à la fin de la guerre, et réclama même des bases permanentes dans le pays. Le gouvernement islandais refusa. Un compromis fut signé en 1946 : Les Etats-Unis garderaient le contrôle de l’aéroport de Keflavik pendant 6 ans et demi. En 1951, pendant la guerre de Corée, les Etats-Unis obtinrent la permission de faire stationner des troupes en Islande, mais cette fois sous la bannière de l’OTAN. En 1985, le Parlement islandais a interdit tout passage d’arme atomique sur son sol.

Une autre question de souveraineté nationale a agité les premières décennies de la République Islandaise : c’est le droit de gérer les stocks de poisson autour de l’île. En 1964, pour lutter contre la surpêche des bateaux britanniques, le gouvernement islandais étend ses limites territoriales de 4 à 12 miles autour de ses côtes. Puis, en 1972, il étend ses limites à 50 miles nautiques. La Grande Bretagne envoya des bateaux de guerre pour protéger ses chalutiers. En 1975, l’Islande remet ça et étend ses limites territoriales à 200 miles, provoquant la troisième « guerre de la morue ». En 1976, après la rupture diplomatique entre les deux pays (le premier cas entre deux pays de l’OTAN), puis le retour à la table des négociations, la Grande-Bretagne accepta les nouvelles limites. On notera que la population de l’Islande est d’environ 265 000 habitants et celle du Royaume-Uni d’environ 60 millions.

(*) (voir le site)

Philippe Argouarch


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