-- Economie --

Des mesures politiques fortes sont nécessaires pour sauver les centres-villes

Papier de Breizh Europa (porte parole Frank Darcel) publié le 6/03/18 7:47

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Si « les 60 projets bretons pour réinventer les centres des bourgs et des villes » pilotés par la Région Bretagne semblent être une bonne idée dont nous pourrons juger de la portée d’ici quatre ou cinq ans apparemment, il nous semble qu’il faudrait ajouter des mesures politiques fortes pour enrayer le déclin de certains centres-villes.

En effet, si ces projets proposent une approche plus conviviale des centres urbains, soutiennent des démarches concrètes dans le domaine de la création artistique et la transmission des savoirs (comme à Mellionnec par exemple) ou mettent en valeur un patrimoine, gage d’une plus grande visibilité touristique dans la lignée de la formidable épopée des Petites Cités de Caractère, ils ne seront sans doute pas suffisants à grande échelle (c’est-à-dire sur toute la région) pour sauver durablement tous les centres -villes. Car les échanges commerciaux, dans ces périmètres à redynamiser, resteront le passage obligé vers une revitalisation pérenne des quartiers centraux.

Il faut également noter que si cette désaffectation des centres des villes et leur corollaire, c’est-à-dire la disparition des commerces de proximité, ont des explications intimement liées aux nouveaux modes de consommation, il ne faut pas oublier l’extraordinaire exode rural et surtout l’exode vers d’autres régions qu’a subis la Bretagne après la première guerre mondiale. Celui-ci n’a jamais été totalement corrigé, et il a fallu attendre 1968 pour que le flux redevienne positif entre départs de la région et arrivées. Cela signifie que la désindustrialisation de la Bretagne et le recul de l’agriculture, pendant des décennies, ont aussi joué leur rôle dans la désertification de certains bourgs et petites villes.

Néanmoins, c’est l’arrivée des grands centres commerciaux - dont les premiers installés en Bretagne remontent à la fin des années 1960 - qui a profondément modifié les modes de consommation de nos concitoyens et impacté lourdement la vie des bourgs et des centres - villes. Ces grands centres commerciaux copiant le modèle des centres commerciaux américains dits « régionaux », qui furent les premiers à allier boutiques et centres de loisirs.

Mais ce phénomène de déplacement des enseignes vers des centres commerciaux situés à la périphérie des moyennes et grandes villes bretonnes tient, autant que le vain espoir de payer moins cher tout en consommant plus, beaucoup au mode de déplacement que ces surfaces commerciales favorisent, c’est-à-dire le véhicule individuel.

En effet, ces centres commerciaux ont pu s’étendre et prospérer en grande partie parce qu’ils ont donné une place centrale à la voiture. Le consommateur bénéficie ainsi de places de parkings innombrables et gratuites, avantage décisif par rapport aux centres - villes d’où on a essayé en parallèle de « chasser » les véhicules polluants. On notera d’ailleurs que la France est le premier pays d’Europe pour le ravitaillement en carburant dans les stations des GMS (grandes et moyennes surfaces). C’est dire si le lien entre consommation de masse et utilisation de la voiture est devenu fondamental.

Il serait bien sûr illusoire et incohérent de penser à faire revenir en nombre les véhicules utilisant les énergies fossiles dans nos cités bretonnes, mais il faut comprendre que la desserte massive par des voitures particulières des centres commerciaux péri urbains, voire situés en pleine campagne (Cap Malo entre Rennes et Saint-Malo par exemple), n’est pas non plus une solution viable.

Breizh Europa souhaite que le pouvoir politique prenne des mesures afin de maîtriser l’usage de transports individuels vers les centres commerciaux, pour des raisons de santé publique, mais aussi pour rééquilibrer la donne entre commerces périphériques et commerces de proximité.

Une première solution serait d’instituer une taxe à la place de parking pour les grandes surfaces et centres commerciaux. Ces places ont en effet le plus souvent été gagnées sur des terres agricoles ou des zones artisanales et plutôt que de taxer les grandes surfaces uniquement sur leur surface de vente (c’est le cas de la Tascom, cet impôt français aussi appelé taxe sur les surfaces commerciales), il conviendrait d’instituer en plus cette taxe sur la surface des parkings des grands centres commerciaux. Ce qui responsabiliserait ces structures quant à leur participation à la pollution ambiante et les inciterait à prendre les mesures qui s’imposent, comme s’installer en priorité sur des zones accessibles par transports en commun, ou à être en pointe sur l’installation des bornes de rechargement électrique, etc.

Si l’irrigation de ces centres commerciaux par les transports en commun progresse, en retour, le transport des marchandises vers les domiciles des consommateurs pourra se faire par le biais d’entreprises utilisant des véhicules électriques, comme nous l’avons déjà évoqué dans un communiqué précédent. La taxe sur les surfaces de parkings étant reversée directement aux villes qui abritent lesdits centres commerciaux, l’argent pouvant être réinvesti au cœur de ces communes.

Mais il y a d’autres manières pour le législateur d’infléchir le pouvoir de la grande distribution et ses effets pernicieux pour l’urbanisme et l’environnement : en changeant par exemple la législation sur la vente de certains produits psychotropes tel l’alcool.

Tous les alcools titrant plus de 8° pourraient en effet être interdits des rayons des grandes surfaces et supérettes, et réservés à des boutiques spécialisées, comme cela se pratique en Suède (pour tous les alcools, dans les magasins d’Etat ou systembolaget), ou aux USA dans les liquor stores. Cela limiterait les possibilités de vente des grandes surfaces à la bière et au cidre, et cela impacterait donc peu les producteurs locaux pour ce qui est de la Bretagne. Les alcools titrant entre 9° et 20 ° pouvant être l’apanage des cavistes situés en centre - ville quand les alcools plus titrés seraient vendus directement par des magasins gérés par l’État. Magasins qui seraient bien sûr interdits d’accès aux mineurs.

La mesure aura tout d’abord des avantages en termes de protection des mineurs avec une vente plus raisonnée des alcools forts, responsables de la plupart des comas éthyliques chez les jeunes. Mais surtout, ces boutiques, celles vendant des spiritueux et les cavistes, auraient obligation de s’installer dans un périmètre défini, au cœur des villes et des bourgs. Nul doute que cela aiderait sensiblement à la revivification des centres - villes, tout en permettant un meilleur contrôle de la vente de ces produits, loin d’être aussi anodins que leur présence en masse dans les rayons des grandes surfaces laisse supposer.

D’autres mesures pourraient être prises pour interdire l’ouverture de pharmacies dans les allées commerçantes des grandes surfaces et privilégier les pharmacies de centre -ville. Ce qui serait bon pour l’activité des centres villes, mais permettrait aussi de retirer aux médicaments l’image de produits de grande consommation qu’ils ne devraient pas être.

Il est clair que les législateurs doivent prendre des décisions de ce type pour atténuer puis éradiquer la sinistrose commerciale et spatiale des cœurs de villes, car il s’agit, pour le bien-être de tous, d’une nécessaire et urgente recomposition des territoires. Car harmoniser les relations entre centres commerciaux et centres-villes, leur trouver une complémentarité par certaines mesures évoquées ici doit permettre de contrer une tendance actuelle des plus absurdes, qui consiste à construire des lotissements autour des centres commerciaux, des sortes de villes hors-sol dédiées à la consommation de masse, gagnées sur les espaces naturels et où la voiture reste reine. Pour ce qui est de communes rurales, c’est autour d’un véritable « pacte rural » (que nous détaillerons plus avant dans notre projet) que doivent s’organiser les activités commerciales de demain et le maintien des services publics.

Ainsi c’est seulement au prix de mesures drastiques (mais déjà appliquées dans des pays tout à fait démocratiques), que l’on pourra favoriser de meilleures manières de consommer et instituer des rapports de complémentarité entre les différentes zones commerciales, tout en gardant des centres - villes et des bourgs actifs.

Vincent Fraval

Breizh Europa

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