Covid : Les Bretons sont-ils plus costauds ?

-- Bio & Santé --

Chronique de Philippe Argouarch

Publié le 31/12/21 9:09 -- mis à jour le 31/12/21 11:11

Alors que les cas de Covid-19 explosent un peu partout, la Bretagne reste moins touchée que le reste de la France et les hospitalisations en soins critiques sont très rares : environ 5 ou 6 par jour et souvent ce sont des malades provenant d’autres régions comme de la Corse mercredi dernier. La région administrative est la région la moins touchée et cela depuis le début de la pandémie si on omet les clusters en 2020 dans le Morbihan qui auraient été dus au retour d’un aviateur contaminé qui avait participé au rapatriement des Français du Wuhan en Chine. Même en incluant la Loire-Atlantique avec Nantes à plus de 800 cas par jour, on est loin en dessous de la moyenne en France.

La Bretagne et la façade ouest de l’hexagone bénéficient-elles d’une maritimité, d’un air pur renouvelé par le vent d’ouest ? Certes, ça ne peut-être que bénéfique mais au vu d’autres exemples de régions maritimes ou insulaires, ce ne peut pas être la raison principale de sa résistance à la pandémie. Des îles comme la Corse et surtout La Réunion ne sont pas épargnées du tout. Sans parler des îles britanniques où l’Angleterre est encore plus touchée que la France.

Il semblerait qu’il y ait trois facteurs importants qui préservent les Bretons de complications graves.

Le premier est le taux de vaccination qui est le plus élevé de toutes les régions en France. Voir ici

2. La dispersion de l’habitat ou la revanche des campagnes

Les grandes métropoles comme Paris ou Lyon ont deux fois plus de cas pour 100 000 habitants que la moyenne française et quatre fois plus que la région Bretagne. En Bretagne historique, il y a juste un peu plus 500 nouveaux cas par jour en moyenne et hier le 30 décembre il n’y a eu que cinq hospitalisations en soins critiques (source géodes-santé publique) . Même si les contaminations augmentent avec le nouveau variant Omicron, il n’y a que Nantes et Rennes qui viennent de passer les 800 cas par 100 000 au 30 décembre 2021.

Il est évident que les virus prospèrent parmi les concentrations de matières cellulaires. Les agglutinements comme dans le métro parisien, c’est l’eldorado pour des virus mutants capables de s’adapter aux récepteurs cellulaires. Pour un virus il n’y a aucune différence entre une grotte bourrée de milliers de chauve-souris dans le noir et une boîte de nuit bourrée d’hominidés, aussi dans le noir, collés les uns comme les autres comme des sardines ou des chauve-souris.

La population bretonne n’est pas du tout agglutinée dans de grands centres urbains. Même Nantes, Rennes et Brest ne sont pas de grandes métropoles à l’échelon national, encore moins à l’échelon mondial. Nous bénéficions d’un urbanisme de petites villes que tout le monde nous envie aujourd’hui et l’habitat breton est profondément dispersé dans les campagnes.

3. Les circuits courts ou la revanche des ploucs

Il a été prouvé scientifiquement que l’alimentation industrielle affaiblissait le système immunitaire ou voir ici . En cause ? les produits super-transformés, les pesticides, les conservateurs, les additions de substances douteuses ou addictives comme le sucre.

Alors justement, la Bretagne, première région agricole de France, est le pays des circuits courts. Encore beaucoup de Bretonnes et de Bretons s’approvisionnent chez le maraîcher du coin. Beaucoup font chaque semaine un tour au marché du bourg, d’autres passent commande en ligne chez de petits producteurs qui se sont regroupés pour vendre directement aux consommateurs. Invité sur un plateau TV, le géographe Jean Ollivro faisait remarquer que beaucoup d’ouvriers en Bretagne, comme à PSA à Rennes-La Janais, continuaient à faire un jardin potager. Le potager dans son jardin est bien le circuit le plus court et le plus biologique en ce qui concerne l’alimentation.

En Bretagne, on mange beaucoup plus frais et beaucoup plus sain que dans les banlieues, voire dans les Antilles ou à la Réunion où les produits alimentaires sont importés de France et où, de plus, sévit une pollution généralisée au pesticide chlordécone suite à son utilisation massive dans les plantations de bananes.

Les Parisiens ne s’y trompent pas. Pour les fêtes, on achète des fruits de mer bretons. Ça leur coûte une fortune mais c’est frais, bio et sain ou même encore vivant comme les huîtres ou les crustacés. Certains payent près de 200 euros pour une langouste royale pêchée au large du Finistère. Le homard bleu, le meilleur de tous, coûte aussi la peau des fesses.

Les Bretons ne sont pas plus costauds, ils ont la chance de vivre près des centres de production agricoles, près des lieux de pêche, et près de la nature.

Voir aussi :

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 15 commentaires
Killian Le Tréguer
Mercredi 19 janvier 2022
Vous analysez par rapport au début de la pandémie donc sur une période longue, mais il y a eu différents variants, différents confinements et surtout la vaccination ARN depuis globalement 8-9 mois.
Si l'on s'en tient aux chiffres récents, il y a par exemple cette semaine 61 personnes en réanimations COVID pour la Bretagne administrative, contre 2 seulement pour la Guadeloupe (donc un gap de 1 à 30) alors que la Région Bretagne n'est que 9 fois plus peuplée que la Guadeloupe.
La Région Bretagne est la plus vaccinée ARN avec 80 % alors que la Guadeloupe ne dépasse pas les 40 % de taux de vaccination ARN.
On a actuellement depuis plusieurs semaines plus de personnes en réanimations en Métropole qu'il n'y en avait à la même période en 2020.
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P. Argouarch
Mercredi 19 janvier 2022
@Killian Vous avez raison de mentionner la vaccination. le taux de vaccination en Bretagne est le plus haut en France. Quant aux Antilles j’ai modifié mon texte. Merci de vos remarques.
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Alan G
Mercredi 19 janvier 2022
Il semble que le groupe sanguin soit aussi un facteur pertinent.
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Rafig
Mercredi 19 janvier 2022
La vérité, c'est que l'Ouest de la France et la Bretagne historique ont un taux de vaccination supérieur à l'Est et au Sud de la France. D'après un ami qui voyage en Europe, nous serions plus respectueux des consignes en vigueurs pour parer à la pandémie. C'est plus sérieux et plus valorisant que des comparaisons futiles basées sur des fausses régions.
En tant que nantais, j'en ai marre de ces sondages ou "études" bidons sur la bretagne ou les bretons qui sont mieux que les autres, alors que l'on parle de la Région bretagne avec des limites administratives sur une carte de France. C'est folkloriste et biaiser ces découpages avec des conclusions "populistes" : Bretons costauds... Bretons fiers (B4)... en fait "bretons" qui sont chauvins comme des français.
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Killian Le Tréguer
Mercredi 19 janvier 2022
@Rafig, je partage votre sentiment. On a l'impression d'un chauvinisme de plus en plus poussé alors que nous n'existons en fait de moins en moins en tant que communauté, peuple spécifique. Cela ressemble beaucoup à un français en fait, vous avez tout à fait raison !
Pour les statistiques, nous sommes obligés de prendre la réalité existante. Le cadre politique et administratif qui est une réalité et s'éloigne le moins du cadre historique et communautaire breton est la Région du même nom actuellement. De mon point de vue, il est peut-être encore plus nocif d'additionner sans préavis le 44 statistiquement sans avoir fait la réunification. On induit l'idée hyper nocive que les les limites politiques et administratives ne comptent pas et n'ont aucun impact.
Donner les chiffres de la Région Bretagne et ceux du 44 (individuellement, sans les pdlL) constitue le meilleur compromis possible à mon avis et la réalité la plus objective sans altérer notre volonté d'une Bretagne politique respectant les limites historiques.
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Cardo
Mercredi 19 janvier 2022
Oui pour le 2ème argument "dispersion de l’habitat ou la revanche des campagnes"
Depuis de nombreuses années je suis "abonné", en décembre, à un rhume qui dégénère en bronchite gênante. En 2020 et 21 pas ce souci de ce côté. J'en ai parlé autour de moi : oui me dit-on moins d'infections ORL.
J'ai porté ce masque essentiellement dans les transports en commun et dans les commerces
J'en déduis que les lieux indiqués ci-dessus et par extension les fortes concentrations humaines sont des nids à microbes (et que le masque peut avoir une utilité au moins au creux de l'hiver.)
Nos élus obéissant à Paris pour conserver leur poste font et ont fait preuve d'une légèreté coupable en ce qui concerne la métropolisation à outrance.
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Cardo
Mercredi 19 janvier 2022
Précision : je ne suis pas vacciné.
Intéressant l''avis de Jean-Marc Sabatier , directeur de recherche au CNRS (voir le site)
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Krys 44
Mercredi 19 janvier 2022
Merci Cardo , pour et ces explications de Jean-Marc sabatier ! C'est ce que m'avait dit un médecin en privé au tout début de la vaccination en 2020 !
J'ai été vaccinée Janssen au printemps mais ne ferai de rappel que lorsque nous aurons les vaccins pasteur ...: (voir le site)
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Rafig 2
Mercredi 19 janvier 2022
@Killian Le Tréguer : Chauvisme des "bretons-B4" qui sont officiellement des français de part leurs cartes d'identité ! ... et qui sont fiers de la région bretagne B4 ! un signe de gens assimilés.
J'ai une idée de la bretonnité qui passe par plusieurs points spécifiques à notre peuple:
- ne pas reconnaître la région bretagne mais la Bretagne (B5)
- Sauver la langue
- Récupérer nos droits et libertés confisqués.
Pour la raison du COVID 19 moins fort chez nous, il faut regarder Arte sur l'histoire d'un perruquier en 1774 à Paris. L'on n'y apprends que les français ne se lavent pas à l'eau et ont donc développés les parfums et toute l'industrie du luxe à la Française. En plus ils doivent se rabaisser et faire des courbettes aux nobles de Versailles pour obtenir des faveurs ... ce qui a entraîner la culture de la soumission vis-à-vis des puissants du système d'État (parfois illégitimes).
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Emilie Le Berre
Mercredi 19 janvier 2022
"D'après un ami qui voyage en Europe, nous serions plus respectueux des consignes en vigueurs pour parer à la pandémie"
Ou alors c'est la docilité, la sujétion, bref le légitimiste breton qui tend à prendre pour parole d'évangile ce qui émane d'une voix d'autorité fusse t-elle contre ces intérêts ?
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Yannig Coraud
Mercredi 19 janvier 2022
Un nouveau variant français du covid républicain nationaliste évidemment plus fort que omicron vient de faire son apparition
La Bretagne devrait fermer sa frontière avec la république bananière ...
Franchement vous ne croyez pas que l'on nous prend pour des c..s ?
RE ZO RE 'vel e lavar e brezhoneg
Trop c'est trop
Les bretons combattent souvent pour la LIBERTE et respectent les consignes ...
Mais quand ils se rendent compte qu'ils se font manipuler la réaction peut être vive ...
Qui c'est on est peut être dans ce cadre ?
Chañs vat d'an holl evit ar vloaz a-zeu ...
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Rafig 3
Mercredi 19 janvier 2022
Pas vacciné : Attention, il y a des sites qui répertorient les personnalités qui se vantaient de ne pas être vaccinées ou qui niaient la dangerosité de ce virus ... et sont tous morts !
Des gens qui animaient un site "anti-vacc" et qui se sont brutalement retrouvé à l'hôpital en réanimation.
Ce ne sait pas si les bretons Bretagne (historique) sont plus dociles que les autres mais les chiffres sont clairs en 2022 : 200.000 contaminations par jour et 2 fois moins de morts qu'en janvier 2021
et 90 % de non-vaccinés en réanimation.
Ce faire vacciner, c'est du bon sens.
P.S. : le fait que la France, pays de Pasteur, n'ai toujours pas produit son vaccin prouve la déclin de cet Etat-nation. Kriss44 : Est-ce bien breton de ne faire confiance qu'au vaccin Pasteur = Français ?
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Emilie Le Berre
Mercredi 19 janvier 2022
90 % de non-vaccinés en réanimation ?
Seuls 15 % des services de soins critiques sont utilisés par des patients catalogués Covid-19, et parmi eux, la moitié sont non vaccinés (données octobre, novembre, décembre)
Pour 100 lits de soins critiques, 15 patients sont identifiés « Covid-19 », 3 ne sont pas venus à l’hôpital pour cette raison, 6 sont venus pour cela et sont vaccinés, 6 sont venus pour cela et sont non-vaccinés
Le ratio de la DREES de « 9 sur 10 » est un pur calcul théorique découlant de la part estimée du nombre de personnes vaccinées en France. Ce ratio ne reflète donc en rien la réalité observée en services de soins critiques.
Les hôpitaux et services d’urgences étaient en grève quasi-continue depuis plusieurs années et jusqu’en 2020 pour dénoncer le manque de moyen humain et la gestion inhumaine et uniquement financière de l’hôpital depuis la mise en place de la tarification à l’acte par Jean Castex en 2007.
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Cardo
Mercredi 19 janvier 2022
@krys 44 Oui j'attends de voir l'évolution : à la fois de omicron et du vaccin sanofi. J'apprends sur le site que vous indiquez -merci- la raison du retard de Sanofi : à savoir une étude sur son efficacité face à omicron. Cardo 44
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gégé
Mercredi 19 janvier 2022
@Emilie Le Berre
merci, je suis fatigué d'entendre toutes ces bêtises vaccinés/non vaccinés. il est plaisant de voir que certains savent encore s'informer, réflechir et surtout ont plus de 6 mois de mémoire.
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