Muriel Jourda, sénatrice LR du Morbihan et présidente de la commission des lois du Sénat, à l'origine de l'amendement supprimant la reconnaissance d'une communauté corse dans le projet de révision constitutionnelle. Tout est devenu patrimoine.
Muriel Jourda, sénatrice LR du Morbihan et présidente de la commission des lois du Sénat, à l'origine de l'amendement supprimant la reconnaissance d'une communauté corse dans le projet de révision constitutionnelle. Tout est devenu patrimoine.

Tard, le lundi 26 octobre 2026, les représentants nationalistes corses ont quitté le Sénat et annoncé leur retrait du processus de négociation sur l'autonomie de l'île. En cause : les amendements adoptés qui remettent en question plusieurs éléments essentiels : une communauté distincte, le statut de résident ou la reconnaissance de la langue corse.

Le coup de théâtre s'est produit peu après 22 heures, lundi soir, au Palais du Luxembourg. Le sénateur nationaliste de Haute-Corse, Paul-Toussaint Parigi, a annoncé, au nom des élus autonomistes et indépendantistes, leur retrait du processus de Beauvau, engagé en mars 2022 entre le gouvernement français et les représentants de la Corse.

Cette décision intervient après l'adoption d'un amendement présenté par Muriel Jourda, sénatrice Les Républicains du Morbihan et présidente de la commission des lois, supprimant du projet constitutionnel la référence à une « communauté insulaire, historique, linguistique et culturelle ». L'amendement substitue la notion de patrimoine à la notion de communauté distincte.

Cette reconnaissance constituait l'un des éléments essentiels du compromis négocié entre Paris et les élus insulaires. « Depuis le début de l'examen de ce projet de loi sur la Corse, c'est une humiliation permanente », a dénoncé le sénateur Paul-Toussaint Parigi, avant d'ajouter : « On ne peut pas continuer comme ça à se faire humilier. »

Gilles Simeoni, ancien président du conseil exécutif de Corse, avait déjà mis en garde contre de nouvelles atrophies des accords de Beauvau lors de son passage à Pontivy le 4 octobre . « Ce soir, nous avons rencontré une volonté claire de mettre à bas tout cela », a-t-il déclaré à Corse Net Infos. Il estime que les conditions nécessaires à la poursuite du processus ne sont plus réunies et annonce une concertation des forces nationalistes dès leur retour en Corse.

Le pouvoir législatif remis en cause

Autre point majeur de désaccord : l'adoption d'un amendement du sénateur de Corse-du-Sud Jean-Jacques Panunzi, également membre des Républicains, qui écarte l'attribution d'un pouvoir législatif autonome à la Collectivité de Corse. Cette question est centrale pour les autonomistes. Sans capacité d'adopter des normes propres dans certains domaines de compétence, l'autonomie risquerait de se limiter à une décentralisation administrative renforcée. Les opposants à ce pouvoir législatif invoquent notamment l'indivisibilité de la République et la nécessité de préserver la compétence du Parlement national.

Quel avenir pour le processus ?

Le processus de Beauvau avait été lancé en 2022, après plusieurs semaines de tensions en Corse. Il avait abouti à un accord politique en mars 2024, ouvrant la voie à une révision constitutionnelle destinée à inscrire l'autonomie de l'île dans la République française. Le retrait annoncé par les nationalistes ne met pas juridiquement fin à la procédure parlementaire, mais il compromet l'accord politique sur lequel reposait la réforme.

Pour entrer en vigueur, une révision constitutionnelle doit être adoptée dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale et le Sénat, puis être approuvée par référendum ou, si le président de la République choisit cette voie pour un projet de loi constitutionnelle, par le Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Les événements du 26 octobre ouvrent ainsi une nouvelle période d'incertitude pour l'avenir institutionnel de la Corse et ajoute la crise Corse à la multitude de crises aux quelles fait face l'État ces derniers mois.