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A Gosné, prés de Saint-Aubin du Cormier, entre Rennes et Fougères, il n'y a pas d'école Diwan ni même d'école bilingue, mais l'école publique s'appelle Nominöe. Ce nom interpelle et fait rêver les enfants… Aujourd'hui ou demain, ils vont peut-être chercher à connaître qui se cache derrière ce nom associé à leur enfance… et comme beaucoup de bretons avant eux, ils vont découvrir que la Bretagne a eu des Rois, des Ducs, un destin souverain de plus de sept siècles, avec des hauts et des bas, mais que chaque fois que la Bretagne a été laissée en paix par ses voisins envahisseurs, anglais, normands ou français, elle fut un pays riche et prospère.

Ces enfants découvriront que Nominöe fut le premier grand souverain de la Bretagne continentale, qu'il unifia sous son commandement, d'abord en vassal de Louis le Pieux, puis qu'il retrouva à la tête de son peuple, après avoir vaincu Charles Le Chauve et son armée dans les marécages de Ballon, prés de Redon, la liberté et l'indépendance vis à vis du royaume et de l'église des Francs. Il mourra de façon énigmatique (empoisonné par l'ennemi ?) prés de Vendôme, où il s'apprêtait à soumettre de façon plus définitive et radicale le pays des Francs… Son fils Erispöe reprendra son œuvre, pour affirmer par de nouvelles victoires la Royauté bretonne…

Oui, sans doute que plusieurs enfants de cette école apprendront cela, si ils sont curieux, et bien d'autres choses encore, qui composent l'Histoire de Bretagne, mais ils apprendront surtout que cette histoire de notre peuple a été interdite, et que l'histoire officielle que l'on veut leur inculquer est fausse et truffée de mensonges… De Clovis à Louis XI, aucun souverain Franc ou Français n'a été roi de nos ancêtres bretons, et qu'ensuite, à partir de Charles VIII, ils ne l'ont été que par la force et la ruse, la traîtrise ou la corruption… Mais ils apprendront surtout, que s'ils veulent connaître leur Histoire, ils devront s'armer de patience, rechercher par eux même les meilleurs livres : ceux écrit par des historiens de leur nation, et non pas les ouvrages officiels, arrangés ou révisés pour gommer toutes les pages les plus sombres et sinistres de l'histoire de France…

Mais, si ces enfants venaient à me demander comment leur école, dans un tel contexte a pu prendre ainsi le nom d'un tel héros de la Bretagne libre et souveraine, je leur répondrai que cela s'est fait en deux temps : d'abord il y avait l'ancienne et petite école publique de Gosné, construite en pierres en 1911. Quand en 2003 il a été question de lui donner un nom, j'y étais père d'élève. J'ai proposé celui de Nominöe, pour faire pendant à la bataille de Saint-Aubin du Cormier, dont les lieux historiques se trouvent à trois kilomètres à vol d'oiseau… L'alpha et l'oméga unis de la Bretagne souveraine médiévale, de 845 à 1488. J'accompagnai ma proposition d'un texte d'une page, pour expliquer qui était ce personnage exceptionnel de notre histoire bretonne, appelé à juste titre « Tad ar vro », père du pays et de la nation bretonne, même si il n'en fut pas le créateur bien sûr, mais au moins le « réveilleur », le restaurateur de cette antique nation bretonne réfugiée de l'Île de Bretagne, mais divisée et morcelée depuis quatre siècles en petits royaumes rivaux, à la merci des souverains ennemis…

Puis, le vendredi 16 janvier 2004 s'est tenu à la salle des fêtes de Gosné, un vote des parents d'élèves afin de choisir le nom de l'école, parmi ceux retenus par les enseignants et des représentants de la Mairie. La pré-sélection comprenaient six noms : Ecole Pierre Jakez Hélias, Ecole Louis Pergaud, Ecole Nominöe, Ecole de la Lande, Ecole Paul Emile Victor, Ecole Antoine de St Exupéry. Le premier tour de l'élection a fait émerger en tête les deux noms suivant : Antoine de St Exupéry et Nominöe. Ensuite, au second tour entre ces deux noms, c'est Nominöe qui l'a emporté avec environ deux tiers des voix. Il était d'ailleurs très amusant de constater que lors du dépouillement organisé par un enseignant et un représentant de la mairie, à chaque nouveau bulletin dépouillé au nom de Nominöe, une exclamation de joie fusait de la bouche des enfants !

Avant ce vote, il avait été convenu qu'en tant qu'artiste de Gosné, je serais intervenu dans l'école pour animer un atelier d'arts plastiques adapté au nom choisi. C'est donc avec grand plaisir que j'ai travaillé avec les enfants, sur ce nom historique de Nominöe… De nombreuses peintures ont été réalisées dans chaque classe, et à suivre j'ai façonné trois enseignes métalliques qui ont été placées sur le fronton de pierre de l'ancienne école. Un panneau officiel est venu achevé cette nomination. (Cf photos ci-jointes).

Cependant, placé en bordure d'autoroute, (l'A84 dite des estuaires), le village de Gosné a vu sa population augmenter rapidement : elle a doublé en dix ans, passant de huit cent habitants à plus de mille six cent habitants… La vieille école publique de Gosné, même s'il existe également une école privée dans le village, s'est donc trouvée très rapidement étriquée au vu des nouveaux arrivants et de l'augmentation des enfants scolarisés. Un projet plus ambitieux était nécessaire pour Gosné, qui a vu le jour après un an et demi de travaux : une nouvelle école publique avec un espace d'accueil périscolaire (garderie), une cantine municipale qui accueille les élèves des deux écoles (publique et privée), et un service d'accueil pour les espaces jeux et rencontres des touts petits… le tout pour un coût total de 1,845 M €, dont 1,065 M € de subventions. En matière d'énergie, des panneaux solaires chauffent l'eau du bâtiment, qui bénéficie également d'un système de récupération d'eau de pluie pour d'autres besoins. De mon côté, j'ai demandé que la nouvelle école conserve le nom de l'ancienne école : Nominöe. la Mairie a heureusement accepté sans difficulté de conserver ce nom. J'ai pu y replacer les trois enseignes métalliques, qui étaient bleues et que j'ai repeintes en doré (pour ne pas faire «Bleu Blanc Rouge» avec le bâtiment!).

L'inauguration de ce bâtiment flambant neuf par les élus, a eu lieu en novembre 2007, voici deux ans, devant plus de deux cent personnes présentes, adultes et enfants. J'y ai été très attentif aux discours des politiques en rapport à ce nom de Nominöe : Madame le maire le nomma naturellement dans son discours explicatif et exhaustif sur l'ouvrage inauguré. Bravo et merci ! Monsieur le sénateur fut assez maladroit, avouant que nous sommes tous bretons, mais dans le moule de la République, pour finir grâce à l'école par faire de bons petits français… Au garde à vous donc, devant Jules Ferry ! Plus-tard au buffet, je suis allé lui demander s'il pouvait soutenir une demande de panneau sur l'A84, indiquant la bataille européenne et franco-bretonne de Saint-Aubin du Cormier, dans l'intérêt du développement économique et touristique du canton : il s'est écrié qu'il y avait assez de panneaux comme cela! Il n'a pas été réélu depuis... Monsieur le conseiller général (PRG, qui bénéficia de la place grâce à notre combat de 2000 et 2001 contre l'ancien maire et conseiller général RPR de Saint-Aubin du Cormier, porteur du projet profanateur que l'on sait…) n'a pas dit, lui, un mot sur Nominöe… Il parla de l'école publique en général, et de cette nouvelle école en particulier, sans prononcer une seule fois son nom… Encore un hussard noir ressuscité de la troisième république ? Monsieur le député (fraîchement élu par les voix de gauche sous l'étiquette Modem contre une UMP, pour ensuite rejoindre le Nouveau Centre au sein de l'UMP) a fait encore plus fort, en se contentant de dire au micro que monsieur le sénateur avait parlé pour les deux parlementaires ! (rappelons qu'il était très virulent au sein du bureau politique du Sitcom de Fougères en 2000 et 2001, où il était secrétaire du président RPR porteur du projet profanateur, et du vice-président PS de Fougères… Il doit s'en rappeler encore !). Quant au Sous-Préfet, féru d'histoire et toujours en place, il fut presque dithyrambique, nommant également Erispöe, François II et Anne de Bretagne… Pour un peu, nous aurions presque cru entendre sonner les cloches de la reconnaissance ! Le brave homme mériterait la place de préfet de Bretagne, si nous pouvions l'y nommer …

Toujours est-il que les années passent, et avec elles les enfants des écoles, classes par classes… Combien se souviendront du nom de leur école ? Tous je pense. Combien seront curieux de parfaire leurs connaissances en Histoire de Bretagne ? Plus qu'une poignée je l'espère, et au vu de notre mémoire bafouée, quand tant de noms de rues de nos villes bretonnes aux patronymes jacobins, colonialistes anti-bretons, mériteraient d'être débaptisées, n'est-ce pas une petite victoire ? Que tous nos compatriotes bretons fassent de même dans leurs domaines et périmètres d'actions, et sans attendre la dévolution de l'enseignement de nos enfants et adolescents à la Bretagne à cinq départements, voilà que nous aiderions déjà la conscience bretonne des jeunes générations à s'éveiller enfin, cassant l'indigne chaîne de la soumission par ignorance imposée, pour un autre destin tissé de lumière : un deiz e vo sklaer an amzer !

JLLC

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En 2000-2001, notre collectif de défense s'est opposé avec succès au projet profanateur de site départemental d'enfouissement d'ordures ménagères sur la partie nord / nord-est du champ de l'importante bataille européenne et franco-bretonne de 1488, qui entraîna la perte d'indépendance de la Bretagne. Là reposent environ 8.000 hommes de dix nationalités différentes, Anglais, Germains, Français, Flamands, Suisses, Espagnols, Basques, Napolitains, Gascons et de nombreux Bretons…. Cette affaire a mis en lumière méconnaissance et irrespect pour l'Histoire Bretonne, qui n'est toujours pas enseignée dans les écoles des cinq départements de Bretagne.
Aujourd'hui, en pleine construction européenne, et avant que ne repoussent les ronces de l'oubli sur notre histoire plus que millénaire, nous voudri

Vos commentaires :

Prigent Michel
Mardi 31 août 2010

Félicitations à Jean-Loup Le Cuff pour son excellent travail et résultat en faveur de la Bretagne.

Et honte à tous ces élus, Conseiller Général, Sénateur, Député qui se sont vus donner une leçon d'Histoire de Bretagne par un...sous-préfet !

Voilà qui prouve que "nos" élus locaux investis par les partis parisiens sont plus préoccupés de leur situation personnelle que de l'intérèt de leurs électeurs.

Sachons nous en souvenir pour les prochaines élections, car le combat n'est ni de Droite ni de Gauche, mais entre jacobins et girondins pour atteindre le standard européen de gouvernance décentralisée.

Herve Calloc'h
Mardi 31 août 2010

Bravo et merci

Marcel Texier
Mardi 31 août 2010

Magnifique, Jean-Loup ! Comme tu le dis, à juste titre: "Un deiz e vo sklaer an amzer !" Et ce sera grâce au courage, à la ténacité et à l'intelligence de gens comme toi !

Lionel Chenevière
Mardi 31 août 2010

Tout simplement : mad tre ! Un exemple à suivre... "La Basse-Bretagne possède la langue, la Haute-Bretagne... l'Histoire"

michel jan
Mardi 31 août 2010

...encore Bravo !!!

...prochaine étape : un livre d'Histoire de la Bretagne pour être distribués aux élèves de votre école !

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