80% de résidences secondaires dans certaines communes du littoral breton

-- Territoire --

Chronique
Par Philippe Argouarch

Publié le 11/02/20 10:41 -- mis à jour le 12/02/20 22:46
Territoire, tourisme et agriculture (39 vues)

Le Comité régional du Tourisme en Bretagne a pour la première fois commandité une étude sur l'impact des résidences secondaires sur la région . L'étude a porté sur les communes d'Arzon, Carnac, Erquy, Pléneuf-Val-André, Plouguerneau, Roscoff, Saint-Quay-Portrieux, Perros-Guirec, Landéda et Trébeurden. Le drame de la résidentialisation du littoral breton a été traité par plusieurs géographes dont Pierre-Yves Le Rhun et Yves Lebahy dans Géographie et Aménagement de la Bretagne, éditions Skol Vreizh et en 2014 dans la Géographie numérique de la Bretagne . A noter aussi la carte du littoral breton de notre confrère NHU

Les chiffres du CRTB sont alarmants puisque le nombre de résidences secondaires extrapolé sur les 5 départements augmente régulièrement. Pour certaines communes du littoral du Morbihan, 80% des habitations sont des résidences secondaires. 60% à Erquy dans les Côtes d'Armor.

Le principal problème que ne semblent pas pourtant révéler les réponses aux questionnaires envoyés par Calaméo, est l'inaccessibilité à la propriété de jeunes Bretons dont les parents et grand-parents habitaient sur le littoral depuis la nuit des temps. On sait par exemple que des marins pêcheurs doivent faire plusieurs dizaines de kilomètres pour rentrer chez eux loin dans les terres.

La seule consolation pour les communes du littoral sont les retombées économiques. Ce sont, selon cette étude, 11 350 euros dépensés chaque année en moyenne par les heureux propriétaires de ces résidences. Il s'agit de travaux, de services d'entretien, de gardiennage, de l'alimentation et autres dépenses de séjour. Des séjours qui, malgré tout, sont bien plus qu'un mois par an. L'étude parle d'une moyenne d'occupation de 93 jours par an, 3 mois en moyenne. Les résidences sont aussi occupées par les amis, les enfants et parfois autres familles apparentées.

Cet apport fait vivre des milliers de petits artisans tout au long de l'année car les réparations et l'entretien se font souvent hors saison. Pour la restauration et l'alimentation c'est une autre histoire, elle a du s'adapter aux rythmes saisonniers. Beaucoup de petits commerçants ont dû fermer les portes au profit des grandes surfaces par manque de clientèle l'hiver.

Pour les populations locales, ces retombées ne sont que bien relatives. En fait, l’économie de villégiature introduit un système de société duale très déséquilibré où extrême richesse et extrême pauvreté se côtoient tout en s’excluant.__Yves Lebahy in Géographie numérique de la Bretagne

Peut-on parler de remplacement de population ? Apparemment oui puisque selon l'étude, seulement 28% des propriétaires de résidences secondaires sont Bretons (chiffre extrapolé sur les 5 départements). Mais ce chiffre n'est pas forcement exact si l'on observe que beaucoup de propriétaires de résidences secondaires en Bretagne venant de la région parisienne ont des origines bretonnes.

Cette économie de villégiature n’est donc bien que conjoncturelle, instable par nature, consommatrice d’un espace et destructrice d’un environnement. Rien ne peut donc être construit durablement à travers une telle activité. Il faut à la société bretonne remettre en cause un tel modèle de vie qui spécialise les espaces, leur attribuant une fonction unique et particulière, induisant une mobilité coûteuse et vibrionnante, déséquilibrante sur le plan social et économique. Un territoire équilibré doit avant tout être un lieu où l’on vit, travaille et habite conjointement. Cela suppose en conséquence, mixité des activités, des fonctions et des hommes, tant sociale que générationnelle. C’est à cette seule condition qu’un territoire peut être vivant, producteur d’identité et de culture. C’est aussi à cette seule condition qu’une société responsable peut se projeter sur le long terme.__Yves Lebahy in Geographie numérique de la Bretagne

Dans tous les cas, le groupe indépendantiste Dispach qui dénonce le phénomène des résidences secondaires organise demain 12 février une manifestation devant le TGI de Lorient où une militante passera devant la justice pour taggage de résidences.

©agence bretagne presse

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford. (voir le site) et (voir le site)

Vos commentaires :

jakez Lheritier
Mercredi 12 février 2020

Je crois que la ville du Pouliguen-Poulgwenn en Loire Atlantique est une des championnes, en nombre de résidences secondaire?

La Baule a très peu de logements sociaux et tous ces travailleurs doivent venir se loger sur St Nazer qui endure ainsi, les couts sociaux et d'équipements.?

La fracture territoriale,sociale est là entretenue depuis des décennies par les grands propriétaires fonciers et leurs complices élus.

il ne faut pas mélanger " les torchons et les serviettes" comme on dit.

Aller voir aussi,les prix de l'alimentation sur les marchés entre la Baule,Pornichet et ceux de St Nazer :+20 à 30 %, donc les petits salariés se déplacent en plus pour leurs achats.

Est ce normal?

Il serait intéréssant de connaitre le nombre de maisons,d'appartements qui sont inoccupés depuis au moins 5 années.sur ces communes.

Il faut rappeler que beaucoup de "travailleurs" de ces communes du littoral ont des difficultés pour se loger ,déjà en CDI,et encore plus difficilement pour des travailleurs saisonniers.

Et si l'on inventoriait les locations insalubres,dangereuses à des tarifs exorbitant,nous aurions un état plus précis du scandale du logement.

Sur St Nazer nous nous étonnons toujours, déjà depuis la dernière guerre,que ces logements inoccupés depuis plusieurs années ne soient pas réquisitionnés (loi 1948).

Naonedad
Mercredi 12 février 2020

Aux problèmes évoqués il faut aussi rajouter les coûts exorbitants d'infrastructures (assainissement, voirie, aménagement de parkings, etc...) surdimensionnées pour un fonctionnement sur la plus grande partie de l'année mais indispensables sur les quelques semaines d'occupation estivales.

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