« Space 2012 », biodiversité, production intensive, Pac, taille des exploitations : où va l’agriculture bretonne ?

-- Cultures --

Chronique de
Porte-parole: Jean-Charles Perazzi

Publié le 15/09/12 16:19 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

« Space 2012 », biodiversité, production intensive, Pac, taille des exploitations : où va l'agriculture bretonne ?

Plomelin/Ploveilh.- Suite du journal de campagne de J.C.Perazzi

« Space 2012 », qui est à l'agriculture et à l'élevage de Bretagne ce qui est, toutes proportions gardées, le Salon agricole de la Porte de Versailles à la France, vient de fermer ses portes à Rennes. L'occasion de tenter de voir où va la production agricole chez nous. Avec ses ombres et ses lumières ; ses aspects positifs et ceux qui le sont moins.

Attention, cependant. Cette chronique n'a ni l'intention, ni la prétention de donner des solutions, de faire des propositions pour une agriculture « durable » que chacun souhaite ou veut pour la Bretagne de demain. Il s'agit tout juste de fournir quelques éléments de réflexion. Chacun d'entre nous ayant sur ce sujet difficile autant qu'épineux, des idées qui méritent examen ou débat.

De quoi impressionner Poutine

Sur une demi-page de pub d'un « tiré à part » annonçant l'évènement: la photo en couleur d'un semoir aux dimensions d'un char soviétique défilant sur la place Rouge lors du meeting annuel. Quatre roues géantes sous la machine ; quatre autres à l'avant sous le semoir. Au milieu de tout ça, le chauffeur, à l'image floutée, perché au sommet de la cabine.

L'image, pour les plus anciens d'entre nous, produit un choc.

Rappelez-vous les deux ou trois chevaux couverts d'écume, tractant une charrue. « Le geste auguste du semeur ». La faucheuse ou la faucheuse-lieuse au travail l'été suivant. La charrette débordant d'épis. La machine à battre ronronnant dans un nuage de poussière. Les sacs de blé, d'orge, d'avoine portés à dos, déversés dans le grenier…

Rappelez-vous encore, les champs trop petits dont il fallut abattre les talus pour agrandir le bocage et permettre le passage d'engins agricoles de plus en plus grands. Une destruction, soit dit en passant, souvent faite en dépit du bon sens -certains y trouvaient de l'intérêt !- ce qui fut à l'origine de bien des drames humains. Et de catastrophes (l'inondation de villes comme Morlaix, Quimper, Quimperlé, Châteaulin, etc.)

Rappelez-vous aussi le combat, le drame des petits paysans tentant dos au mur de sauver leur « exploitation » (néologisme révélateur !). Obligés de trouver n'importe quel emploi plus ou moins loin de la terre cultiver avec amour, talent et courage par leurs ancêtres.

Ne plus aller dans le mur

On est bien d'accord. Il n'est pas question de revenir cinquante ou soixante ans en arrière. De nier ce qu'il est convenu d'appeler le progrès. Et pourtant…

L'agriculture qualifiée de « productiviste » ou d'« intensive » a occupé peu à peu chez nous la place que l'on sait. Il s'agissait (slogans officiels ») : de « produire plus pour nourrir plus », de «gagner des parts de marché ». Chez nous ou « à l'international ». Jusqu'à aller durant plus d'un an à faire traverser l'Atlantique, à grands frais, d'avions gros porteurs pour écouler notre production ou notre surproduction de choux, de salades, d'artichauts !

L'industrie agro-alimentaire a suivi, aujourd'hui dans une tourmente aux conséquences dévastatrices.

Nul ne peut nier qu'agrandir sans cesse des élevages de porcs, de poulets… avec l'accord des pouvoirs publics, l'utilisation abusive de produits phytosanitaires et d'engrais chimiques n'a pas été, n'est pas, sans conséquences pour l'homme et la nature de Bretagne. Inutile d'insister.

Des solutions pour demain

Alors ? Revenir en arrière ? Amorcer un grand virage difficile mais indispensable ?

Les paysans, dans leur majorité, constatent aujourd'hui les dégâts et ont la volonté de produire et d'élever autrement ?

Certains d'entre eux ont choisi d'autres techniques d'élevage, de production, de commercialisation. Par exemple, le retour à l'herbe pour les bêtes, des pratiques dites « naturelles », « bios ou écologiques» ou « anciennes », pour la terre. Le développement de la biodiversité, le maintien du bocage sont aussi d'actualité. Comme les bons vieux marchés dits « de proximité ».

D'autres s'organisent pour instaurer une agriculture « écologiquement intensive » (?).

Il y a aussi les tenants d'une « agriculture raisonnée. » Terme séduisant, mais quand même imaginé il y a quelque dizaine d'années par… une grosse multinationale de produits phytosanitaires.

Chacun imaginera la solution la meilleure ou la plus judicieuse. Dans l'intérêt des producteur et des consommateurs.

L'essentiel, pour l'heure est d'en débattre. Avant de prendre les meilleures décisions possibles. Et l'on verra demain de quoi sera faite l'agriculture bretonne. Pour nous et nos enfants.

Jean-Charles Perazzi

©agence bretagne presse

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Journaliste.

Vos commentaires :

Emilie Le Berre
Dimanche 16 septembre 2012

A travers le discours du président des français on constate que l'orientation de l'agriculture bretonne est maintenue vers l'intensif, avec l'argument de "nourrir la planéte". Mais qui a bien pu leur mettre ça dans la tête ? Au nom de quelle révelation divine les bretons doivent nourrir la planete, au prix de la stérilisation chimique des terres ? La souillure de l'eau ? L'asphixie du littoral ? Les autres peuples sont-ils incapables de produire leur nourriture ? A moins que cela n'ait que pour but de permettre la spéculation sur les denrées alimentaires par l'oligarchie mondialiste au détriment des peuples, ainsi bien exportateurs qu'importateurs.

Jean Pierre LE MAT
Dimanche 16 septembre 2012

Les Hollandais ont su créer un dialogue autour des enjeux de leur agriculture, qui est aussi intensive que la nôtre. Le débat chez eux tourne autour des méga-élevages, alors que chez nous il tourne autour des algues vertes.

Au niveau mondial, les réflexions se font autour d'axes nouveaux:

- Le sky-farming, c'est-à-dire l'agriculture hors sol sur plusieurs niveaux, avec systèmes de récupération et de ré-utilisation des effluents. Tout cela sur des zones portuaires, pour l'approvisionnement en aliment du bétail. Le sky-farming vise, outre la production alimentaire, à libérer de l'espace rural pour créer des puits de carbone (forêts, harbages).

- L'agriculture écologiquement intensive, afin de nourrir la planète de façon durable. Différentes techniques sont mises au point, jouant sur la structure des sols, les assolements, la gestion du cycle de l'eau, les cultures sous couverture végétale. Le langage des défenseurs du bio a évolué sur ce point. Ainsi Marc Dufumier vient de publier "Famine au sud, malbouffe au nord" dont la thèse est que le bio peut nourrir le monde. Productivité et intensivité ne sont plus tabous, tout en conservant les objectifs de santé et d'environnement.

- Le passage d'une agriculture dominée par la chimie à une agriculture dominée par les biotech, avec tous les risques et toutes les opportunités que cette révolution comporte.

- Le droit pour les agriculteurs de produire autre chose que des matières premières alimentaires. Les agriculteurs allemands peuvent produire (et vendre localement) du gaz, de l'électricité, du lien social (accueild'enfants, etc.) sans tous les obstacles auxquels sont confrontés les agriculteurs bretons.

De tels débats (quelle qu'en soit l'issue, mais en espérant qu'il en sorte du nouveau) peuvent-ils être lancés en Bretagne ?

milena krebs
Dimanche 16 septembre 2012

En 2050, toute la planète sera végétarienne, car on peut nourrir dix végétariens pour un carnivore, et la planète sera trop peuplée pour que l'on mange de la viande. Alors remplacer les poulets et les cochons malades par des légumes de toutes sortes, inventer de nouvelles façons de cultiver, revenir à la terre pour mieux la protéger, c'est pas un plus joli projet que la mort annoncée de tous les cours d'eau à cause des cyanobactéries à l'intérieur, et l'empoisonnement de tous dans peu de temps ? Vite,faisons preuve d'innovation et d'intelligence !

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