Zèle judiciaire contre le « dangereux » gang des crêpiers

-- Justice et injustices --

Dépêche
Par Christian Rogel

Publié le 23/02/15 17:43 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le 28 juin 2014, un petit groupe de Bonnets rouges, revenant de la manifestation pour la Réunification, voulut faire une action dans le genre « happening » pour se moquer de l'ancien premier ministre, Jean-Marc Ayrault, en jetant sur sa résidence nantaise de la farine et des oeufs.

L'incroyable est que 6 d'entre eux furent interpellés et mis en garde à vue tout à fait excessive pour le week-end entier. Une fois les bornes franchies, il n'y a plus de limites et c'est ainsi que le « gang des crêpiers » se voit gratifié d'une accusation de dégradations volontaires, d'autant plus disproportionnée que les services municipaux, agités d'une autre forme de zèle vis-à-vis de leur ancien maire, s'empressent de faire disparaître en un temps record les traces du prétendu délit (voir notre article).

Pour faire bon poids et couvrir les décisions précédentes, les dégradations étaient prétendues graves, donc punissables pénalement avec l'appui d'une facture municipale, qui disparaîtra de la procédure, sans doute par peur du ridicule. Faisant feu de tout bois, les canifs portés par cinq des Bonnets rouges sont devenus des armes par destination, même pour celui qui l'avait laissé dans sa voiture !

Grâce à une très habile question prioritaire de constitutionnalité, les avocats ont fait écarter l'accusation de dégradations graves, mais, il est resté une, plutôt piteuse accusation de dégradation légère. Impossible de ne pas se poser la question de l'ombre portée d'un puissant qui n'en demandait, peut-être, pas tant.

Pour l'anecdote, une femme policière se faisait représenter pour dire qu'elle aurait été menacée, alors qu'au contraire, il lui avait été précisé qu'elle n'était pas concernée par l'action. Cette accusation a été levée.

Après passage devant le tribunal le 29 janvier dernier (Vidéo sur article précédent (voir notre article)), le jugement vient d'être publié dans le détail :

Yoran (29) : Dégradations contraventionnelles : 250 ¤ Amende - Port d'arme lors d'une manifestation et transport d'arme : 1 mois sursis - Relaxe pour les violences à policiers - Confiscation de l'arme

Kévin (35) : Dégradations contraventionnelles : 250 ¤ Amende - Transport d'arme 250 ¤ d'amende (non poursuivi pour le part d'arme lors d'une manifestation) - Confiscation de l'arme.

Gonzague (35) : Dégradations contraventionnelles : 250 ¤ Amende - Port d'arme lors d'une manifestation et transport d'arme : 1 mois sursis - Relaxe pour les violences à policiers confiscation de l'arme.

Pierre (44) : Dégradations contraventionnelles : 250 ¤ Amende - transport d'arme : 250 ¤ Amende - Relaxe pour les violences à policiers - Pas poursuivi pour le port d'arme en manif - Confiscation arme.

Thomas (35) : Dégradations contraventionnelles : 250 ¤ Amende - Port d'arme en manif et transport d'arme 1 mois sursis - Relaxe pour les violences à policiers - Confiscation de l'arme.

Julien (56) : Port d'arme en manif et transport d'arme 1 mois sursis - Relaxe pour les violences à policiers - Confiscation de l'arme (non poursuivi pour les dégradations).

Visiblement, ces condamnations résiduelles veulent aider à «calmer» les Bonnets rouges qui continuent d'effrayer les cercles du pouvoir, mais la simulation parodique d'«attaques» à coup de l'arme de dérision massive qu'est la farine semble être restée au programme (voir notre article).

Ni le parquet, ni la partie civile (l'avocate représentant les deux policiers en faction devant le domicile de Ayrault), n'ont fait appel et, interrogé par l'Agence Bretagne Presse, l'un des six condamnés a indiqué qu'aucun d'entre eux ne le fera.

Grâce à la générosité spontanée, toutes les dépenses ne seront pas à la charge des incriminés.

Il est donc recommandé de ne jamais porter sur soi quelque chose qui puisse être assimilé à une arme, quand on va à une manifestation pacifique, car, les juges pourraient vous accuser de « participer à un attroupement armé ».

Christian Rogel

Licence pour reproduction intégrale, sous condition de mention de l'auteur et l'Agence Bretagne Presse

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