Eviction d'Olivier Nora des Editions Grasset

C’est qui l’patron ?

Dans le petit théâtre feutré de l’édition, les rideaux ne se lèvent jamais tout à fait sur la même pièce. On parle littérature, mais on compte surtout les positions, les catalogues, les noms qui font vendre et les silences qui arrangent.

Chez Grasset, l’actualité récente a fait l’effet d’un courant d’air dans un salon trop chauffé. Des tensions, des départs, des prises de position. Et, comme toujours, des auteurs qui s’indignent, d’autres qui se taisent, et beaucoup qui observent en serrant les dents.

On entend des chiffres, des rumeurs, des listes. On parle d’auteurs mécontents, de signatures qui s’éloignent, de fidélités qui vacillent. Mais derrière les polémiques, une question revient, simple, presque brutale dans sa franchise :

qui décide ?

Qui décide des lignes éditoriales, des choix de direction, des publications, des carrières qui décollent et de celles qui restent au bord du quai ? Qui tient le gouvernail quand la maison d’édition devient aussi une entreprise, un symbole, un enjeu d’influence ?

Certains crient à la rupture, d’autres à la normalisation, d’autres encore à la trahison. Mais le monde littéraire n’a jamais été un espace d’égalité parfaite : il est fait de portes ouvertes et de portes fermées, de manuscrits lus ou ignorés, de talents reconnus parfois trop tard mais en ce qui concerne Grasset, avec la centaine d'auteurs démissionnaires, ce n'est pas une mauvaise nouvelle cela laisse une chance pour ceux qui espèrent être édités depuis plusieurs décennies et qui aimeraient, eux aussi, pouvoir vivre de leur métier d'écrivain ! Car pendant ce temps, une autre réalité demeure, plus discrète : celle des auteurs invisibles, de ceux qui écrivent depuis des années sans trouver d’éditeur, pas forcément faute de talent, mais faute de place dans un système saturé, déjà structuré, déjà fidèle à ses noms installés.

Alors oui, certains changements bousculent les habitudes. Oui, ils dérangent des équilibres anciens. Et oui, ils réveillent des susceptibilités.

Mais réduire cela à une simple querelle de personnes serait passer à côté de l’essentiel : la littérature n’est pas seulement un cercle, c’est aussi un passage. Et tout passage suppose des choix.

On peut les contester. On peut les débattre. On peut les juger injustes ou nécessaires. Mais on ne peut pas faire comme si la question du pouvoir dans l’édition n’existait pas.

Alors la question revient, plus nue encore, débarrassée du bruit :

C’est qui l’patron de Grasset ? c'est Vincent Bolloré et c'est lui qui décide et pas de quoi l'effrayer avec le départ de ceux qui ont été "bien nourris" auparavant. D'autres auteurs sont à découvrir !

Et surtout : que fait-on de la littérature quand elle cesse d’être seulement une affaire de livres pour devenir aussi une affaire de rapports de force ?