Avec Le Voyage de mille lieues, Léonie Bloom signe un roman ambitieux qui mêle récit contemporain et fresque historique sur fond de Bretagne. À paraître le 20 mai chez HarperCollins, ce livre de 576 pages s’inscrit dans une veine à la fois intimiste et sociale, en tissant les destins de femmes séparées par un siècle mais unies par une même énergie de résistance.

Le point de départ est classique mais efficace : Colombe, jeune fleuriste parisienne de 26 ans, se sent en échec, enfermée dans une vie qui ne lui correspond pas. La perte de son emploi agit comme un déclencheur. Elle quitte Paris pour le cap Sizun, en Bretagne, où elle espère se reconstruire à la « ferme des Rêveurs ». Ce motif de la fuite salvatrice, bien connu dans la littérature contemporaine, prend ici une dimension plus profonde grâce à l’ancrage territorial breton, traité non comme un décor mais comme un espace de transformation.

En parallèle, le roman remonte un siècle en arrière pour suivre Yvonne, sardinière engagée dans les luttes des Penn Sardin. Ce second fil narratif apporte une densité historique bienvenue. L’évocation des grèves ouvrières des Années folles, puis de la période de la Résistance, donne au récit une portée collective qui dépasse la simple trajectoire individuelle. Léonie Bloom s’inscrit ainsi dans une tradition de saga familiale où les générations dialoguent, explicitement ou en filigrane.

L’un des intérêts majeurs du roman réside dans ce croisement des temporalités : la fragilité contemporaine de Colombe trouve un écho dans la rudesse et la détermination d’Yvonne. Le livre propose une réflexion implicite sur l’héritage, la transmission et la manière dont les combats passés continuent d’irriguer les existences présentes. Cette articulation entre quête personnelle et mémoire sociale constitue le cœur du projet romanesque.

L’écriture, annoncée comme « lumineuse et profondément humaine » par l’éditeur, semble privilégier l’accessibilité et l’émotion, sans renoncer à une certaine ambition narrative. Le choix d’une Bretagne à la fois historique et actuelle renforce l’identité du roman, qui pourrait trouver un écho particulier auprès d’un lectorat sensible aux questions de territoire, de culture et de transmission.

Une autrice en pleine ascension

Bretonne, Léonie Bloom a connu un parcours atypique et vie aujourd'hui en Bretagne à Donges. Après des études en sciences politiques, elle s’oriente vers l’hôtellerie de luxe avant de tout quitter à la suite d’un burn-out qu’elle décrit avec humour comme une « chance ». Ce tournant la ramène à l’écriture, sa passion d’enfance. Elle se lance alors dans l’autoédition avec Le Petit Vieux qui a fait le tour du monde (3 fois), un roman couronné par le prix des Plumes francophones et vendu à 25 000 exemplaires. Ce succès marque le début d’une carrière littéraire prometteuse, dont Le Voyage de mille lieues constitue une nouvelle étape, plus ample et plus structurée.