Une politique linguistique pour la Bretagne au XXIe siècle
Dépêche de Philippe Argouarch

Publié le 14/06/10 13:10 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

A l'occasion de son 20e anniversaire, Dihun, l'association de parents de l'enseignement catholique tenait ce week-end, à l'Institut de Locarn, un colloque sur le thème de la politique linguistique pour la Bretagne au XXIe siècle.

Du monolinguisme au plurilinguisme précoce

Le samedi, des linguistes et des spécialistes de l'enseignement des langues – comme les Basques Xaber Garragori et Itziar Elorza, venus d'au delà des Pyrénées, ou le Catalan José Maria Artigal – ont expliqué les méthodes les plus efficaces d'enseignement et les avantages du plurilinguisme précoce et de la bio-diversité linguistique.

La preuve est aujourd'hui faite que le bilinguisme précoce est une chance pour l'enfant et qu'il facilite ensuite l'apprentissage d'une troisième, voire d'une quatrième langue. Commencer par la langue de ses parents ou de ses grands-parent est capital à l'équilibre affectif car pour l'enfant c'est commencer par une langue qui lui est proche physiquement et affectivement. Cela aidera a mieux comprendre sa propre identité.

Henriette Walter, auteur de « Aventures et mésaventures des langues de France » (éditions du Temps) est intervenue pour présenter la diversité linguistique en Europe et l'incroyable gaspillage et méconnaissance du patrimoine linguistique en France.

L'incroyable don de la nature à l'espèce humaine

Un des moments forts du colloque fut l'explication par Gilbert Dalgalian de l'incroyable don de la nature à l'espèce humaine. La sortie des hominidés des forêts africaines il y a plusieurs millions d'années a provoqué son redressement à la verticale (homo erectus). Le rétrécissement du bassin qui suivit aurait empêché les femmes de garder les enfants à terme en limitant la durée de la grossesse à neuf mois. L'homo erectus engendre des bébés prématurés. "Nous sommes tous des prématurés" a déclaré Dalgalian. "Nous sommes nés avec 100 milliards de neurones qui ne servent à rien" mais qui peuvent apprendre tout, y compris plusieurs langues. Ce fait biologique serait à l'origine de l'incroyable diversification des cultures, des langues et des croyances des humains car l'environnement et l'apprentissage ont replacé le dictat des gènes.

Le témoignage des entrepreneurs

Dimanche, ce fut le tour des entrepreneurs et des élus de prendre position pour l'usage du breton dans et par l'entreprise. Malo Bouëssel du Bourg, directeur de Produit en Bretagne, a donné une liste d'avantages que l'entreprise ne perçoit pas toujours comme l'image de marque, l'esprit d'équipe et la proximité. "Des chefs d'entreprises pensaient qu'il était interdit de parler breton ou d'écrire en breton sur les labels !", a déploré celui qui officie à la direction de l'association de décideurs bretons depuis un peu moins d'un an.

Les élus d'accords pour une fois

Jean-Jacques Urvoas, député PS, avait fait le déplacement, ainsi que les Conseillers régionaux Lena Louarn (PS), Naïg Le Gars (UDB), Herri Goumelen (UDB), Françoise Louarn (UMP) et l'adjoint au maire de Redon, porte-parole du Parti Breton Émile Granville. Urvoas a déclaré qu'il finalisait avec le député Marc Le Fur (UMP), un projet de loi sur les langues régionales. On sait que la ministre de la Culture Albanel avait promis une loi consécutive à la modification de la Constitution en 2008 qui y intègre les langues régionales. Après le limogeage d'Albanel, son successeur Frédéric Mitterrand avait mis le projet au placard. Les Conseillers régionaux ont tous déclaré vouloir appuyer le projet de loi qui va être débattu à l'Assemblée.

À l'issue du week-end, les participants comme les intervenants avaient compris que la route serait longue, mais que les choses avançaient doucement mais sûrement.

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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