Roman policier sur fond de drame social
Il est des romans qui s’ouvrent comme une plaie et ne se referment qu’après avoir profondément remué leurs lecteurs. Avec La Colline, Mathilde Beaussault confirme, dès son second livre, une voix singulière et puissante dans le paysage littéraire contemporain. Un roman noir, dense et choral, qui ausculte les silences d’une famille et les fractures d’un territoire.
Tout commence par un cri. Celui d’un nourrisson, découvert dans un conteneur à ordures, au cœur d’une ZUP de Rennes. Un fait brut, presque insoutenable. À l’hôpital, un vieil homme de 84 ans, Édouard Comaux, est conduit par les pompiers, tandis qu’un bébé, sauvé in extremis, devient le point de convergence d’une enquête aussi sociale qu’intime. Rapidement, les lecteurs comprennent qu’une jeune femme, Monroe, a accouché dans des conditions tragiques. Mais que fuit-elle ? Qui est-elle vraiment ? Et comment en est-on arrivé là ?
Loin de se contenter des ressorts classiques du polar, Mathilde Beaussault déploie une narration chorale d’une grande maîtrise. Les voix s’alternent : protagonistes, témoins, enquêteurs. Les procès-verbaux d’interrogatoire se mêlent aux confessions intérieures. Cette polyphonie donne au récit une tension constante, tout en ouvrant des perspectives multiples sur une même vérité. L’autrice ne cherche pas l’effet facile ; elle creuse, elle fouille, elle interroge.
Car La Colline n’est pas seulement un roman d’enquête. C’est un drame familial aux ramifications profondes, où les secrets se transmettent comme des héritages empoisonnés. Au fil des pages, le décor rural, apparemment paisible, révèle ses failles. Les racines, ici, ne nourrissent pas toujours : elles entravent, elles enferment, elles condamnent au silence.
Dans cette fresque sombre, la dimension sociale affleure sans didactisme. La précarité, l’isolement, la violence symbolique faite aux femmes traversent le texte avec une justesse rare. Féministe sans slogan, humaniste sans naïveté, Mathilde Beaussault scrute la complexité des êtres. Elle transforme quelques jours d’enquête en matière littéraire vibrante, où chaque détail compte et où la noirceur devient révélatrice d’humanité.
Son écriture, précise et habitée, cisèle les émotions avec une sobriété qui n’exclut ni la poésie ni la colère. Il y a, dans cette manière d’explorer l’intime et le collectif, quelque chose d’instinctif et de maîtrisé à la fois. Une plume qui ose regarder l’ombre en face pour mieux faire surgir la lumière fragile des mères, des enfants, des oubliés.
Avec La Colline, Mathilde Beaussault signe bien davantage qu’un roman noir : un texte choral et puissant, un « joyau noir » qui confirme l’émergence d’une autrice à suivre de près. Une plume qui, assurément, n’a pas fini de jeter l’encre.
L'autrice :
Née en Bretagne au début des années 1980, dans une famille d'agriculteurs, elle a grandi au coeur du monde rural. Cet environnement, fait de silence, de travail de la terre et de relations humaines parfois rugueuses, constitue la matière même de son univers littéraire. Une authenticité qui lui donne toute légitimité.
Professeur de lettres dans l'enseignement secondaire, Mathilde Beaussault mène d'abord une carrière discrète avant de se consacrer à l'écriture. Son premier roman "Les Saules" paraît en 2025 aux Editions du Seuil. Récompensée, elle a été très appréciée par l'équipe de la Maison Louis Guilloux de Saint-Brieuc.
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